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École : est-ce vraiment mieux ailleurs ?

Jean Cassou, Les impliqués, 2015.

30 mai 2016

Un ouvrage modeste, mais qui ne manque pas d’intérêt. L’auteur, professeur de mathématiques, a pu durant sa carrière pratiquer de nombreux échanges internationaux avec des établissements d’autres pays européens et nous livre quelques enseignements qu’il a pu tirer de ses observations, avec toutefois une prudence qui l’honore. La réponse à la question du titre est, on s’en doute, «  normande  » : oui, il y a du mieux ailleurs en matière d’évaluation, de bienveillance envers les élèves, de préoccupation pour le bien-être, oui, il y a parfois moins de rigidité et plus de collectif. Des pays où n’existent ni le redoublement, sauf de façon marginale, où l’inspection à la française n’existe pas ne s’en portent pas plus mal ! Mais bien des étrangers peuvent envier la qualité de notre école en matière d’exigence, dans les domaines cognitif et culturel.

L’auteur évoque la Finlande, partageant l’enthousiasme de beaucoup de visiteurs, tout en notant, comme ses interlocuteurs locaux, la nécessité de réformer un lycée trop sélectif et en décalage avec la scolarité antérieure. Mais aussi l’Angleterre où de nombreux changements sont intervenus ces dernières années, avec une recherche de performance qui peut conduire à des dérives, mais pousse aussi les établissements à s’améliorer. L’Allemagne où continue à régner, malgré quelques aménagements post-Pisa, une sélection précoce, mais dans une société où l’ascenseur social existe davantage et où le travail manuel est sans doute mieux considéré. Une Allemagne d’ailleurs difficile à analyser dans sa globalité, vu les différences entre lander. Et la République tchèque : Jean Cassou montre comment elle est sortie du système communiste, ce qui a entrainé des mutations profondes. Il note aussi l’importance du travail sur les «  bons comportements  » et un apprentissage systématique des traditions nationales. Enfin, l’Espagne, comme exemple de «  pays du sud  », où on note l’importance de la décentralisation.

L’auteur fait aussi le point sur la durée du temps d’école dans ces pays, les manières d’orienter les élèves, avec ou sans examen style bac, la place du privé, sur la formation – et les conditions de vie- des enseignants. Malgré une mise en pages quelque peu brouillonne, le livre nous donne donc des précieuses indications de façon synthétique et les témoignages vécus en rendent la lecture moins ardue que ce qu’on peut voir parfois dans des revues spécialisées dans les comparaisons internationales.

Une anecdote rapportée par l’auteur révèle bien les difficultés, mais aussi l’intérêt de confronter les systèmes scolaires entre eux. Un petit français se rend dans une école anglaise lors d’un échange scolaire. (il assiste à des cours). Quand il revient en France, il rend son verdict : «  ils ne travaillent pas, ils sont toujours en groupes en train de discuter.  » Puis le correspondant anglais fait la même chose, observe des cours en France et déclare : «  En France, ils ne font qu’écouter.  »

Et en conclusion, Jean Cassou remet aussi dans un contexte plus vaste nos problèmes scolaires, en évoquant des actions associatives qu’il a menées au Guatemala où une jeune fille répond à la question si elle aime l’école : «  me encanta  ». Une prise de distance salutaire qui pourrait faire l’objet d’un autre livre.

Jean-Michel Zakhartchouk