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L’actualité éducative du N°392 - Mars 2001

Écho du débat A. Prost - J.L.Derouet

Les 11e Entretiens de La Villette : l’école en mutations - Par Françoise Colsaët


L’agréable, chez Antoine Prost, c’est ce recul qu’il nous permet de prendre : au lieu de ramer au ras de l’océan, chahuté par les vagues, on a l’impression de voir arriver les anticyclones comme sur l’image satellite de la météo. Par exemple, face au tableau quelque peu effrayant qui transparaissait à travers de nombreuses interventions de ces Entretiens de la Villette, tableau d’une école éclatée, tiraillée entre la « pluralité des logiques d’acteurs », Prost relativise nos visions étriquées par un retour sur l’histoire : cet éclatement n’est qu’un juste retour du balancier après une uniformisation considérable, excessive, depuis la fin du xix e siècle.

Quel réconfort, aussi, d’entendre le discours direct, sans langue de bois, que les deux intervenants (A. Prost et J.-L. Derouet) emploient pour évoquer certains problèmes trop souvent étouffés parce que personne ne sait quoi en faire. Ainsi, sur le rôle des chefs d’établissements, dont le recrutement et la formation ne sont pas du tout à la hauteur des compétences qu’on devrait attendre d’eux : « il va bientôt être plus difficile d’être chef d’établissement que ministre » dit Jean-Louis Derouet. Antoine Prost, encore, sait ouvrir des portes auxquelles on ne pensait pas : il rappelle par exemple que le conseil de classe peut et doit être, aussi, un lieu de dialogue pour organiser le travail des élèves, et que c’est un bon moyen pour réguler l’ouverture de l’école aux parents.

Mais pourquoi, me demandait le lendemain une amie à qui je racontais tout cela, pourquoi les politiques n’écoutent-ils pas ces gens qui les éclairent sur le rôle qu’ils doivent jouer : injecter de la matière grise dans le système, organiser le débat, définir les finalités d’une école démocratique. Serait-ce, comme le disait F. Dubet la veille (pour moi le moment le plus fort de ce colloque), parce qu’il est moins risqué politiquement de fermer les yeux, de se boucher les oreilles et de continuer à « laisser la demande commander l’offre » ?

Françoise Colsaet