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Avant-propos du n° 552 - Les dys dans la classe

Dys % des élèves

Nicole Bouin, Émilie Pradel


Ce qu’on appelle communément «  les troubles dys  » sont des pathologies neurodéveloppementales qui touchent tel ou tel aspect de la cognition. Ils entrainent des problèmes spécifiques dans le développement du langage, du geste, des fonctions exécutives et des apprentissages scolaires. En effet, si l’on considère qu’environ 15 % des élèves français sont en échec scolaire, c’est le cas de la moitié des porteurs de troubles dys. Selon les études, ces troubles touchent 8 à 15 % de la population mondiale, d’où le chiffre symbolique de 10 % le plus souvent avancé, chiffre forcément approximatif en raison des surdiagnostics et des sous-diagnostics impossibles à évaluer avec précision.

Toutes les difficultés scolaires ne sont pas dues aux troubles du développement, d’où l’importance de diagnostics fiables posés par des spécialistes chargés de distinguer retards, problèmes psychoaffectifs, spécificités socioculturelles ou linguistiques et troubles spécifiques des apprentissages. La précision du diagnostic détermine la qualité de la prise en charge, l’adéquation des compensations, contournements, adaptations et aménagements nécessaires à l’insertion scolaire, professionnelle et sociale. On pourrait dire qu’il y a autant de cas que d’enfants et cela selon les fonctions cognitives spécifiquement touchées, les conséquences des déficits liées à l’intensité et aux associations possibles des troubles, les ressources propres à l’enfant, les compensations qu’il met spontanément en œuvre, l’accompagnement familial, médical, scolaire, social dont il bénéficie, etc.

Pour nous, les enseignants ne peuvent plus ignorer cette réalité ni faire l’économie de la réflexion et de la formation. C’est pourquoi nous avons souhaité que ce dossier, après avoir posé que c’était «  dysficile  » pour tout le monde (partie 1), apporte des informations précises sur ces troubles aux professionnels (partie 2), mais surtout fournisse des pistes pédagogiques, propose des dispositifs, des outils, des témoignages sur des expérimentations et des structures qui peuvent améliorer la situation actuelle (parties 3 et 4).

Nous rappelons que ces déficits cognitifs ne sont pas des déficiences intellectuelles. Au contraire, 20 à 25 % des porteurs de troubles dys seraient aussi à haut potentiel. Repérés, diagnostiqués, traités et accompagnés au plus tôt, avant l’engrenage du découragement, ces jeunes peuvent réussir. Le cas du docteur en linguistique dyslexique dont nous avons recueilli le témoignage est de moins en moins exceptionnel. Notons d’ailleurs que nous côtoyons de plus en plus de collègues dys, mais que nous ne le savons pas toujours, parce que cette révélation relève encore du coming out.

Actuellement, le niveau socioculturel de la famille détermine encore énormément la prise en charge et donc l’avenir de ces enfants trop souvent orientés dans des filières spécialisées, qui ne correspondent pas à leur situation de handicap. Pour se lancer dans le parcours du combattant qui épuise les familles, mais permet finalement à ces enfants de trouver leur place, il faut disposer de ressources, en termes de connaissances, de disponibilité et de moyens financiers. Les associations pourraient jouer un rôle capital dans la réduction de ces inégalités de moyens, car elles proposent, pour une somme modique, une multitude de services et un accompagnement des jeunes et de leur famille.

Le cursus scolaire, le parcours de vie ne sont pas distincts, on n’est pas dys qu’à l’école et il y a une interaction entre ce qui se passe dans et en dehors de la classe. L’amélioration des conditions de vie passe par l’information de tous concernant cette situation de handicap scolaire et social.

Nicole Bouin
Professeure de LP à la retraite et formatrice

Émilie Pradel
Professeure des écoles et mère d’une enfant dys

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