Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Données-moi


La chronique de Nipédu du n° 549

Données-moi

Régis Forgione, Fabien Hobart, Jean-Philippe Maitre


Le 21 aout 2018, lors de sa présentation du plan de charge d’un «  numérique au service de l’école de la confiance  », Jean-Michel Blanquer expose ses ambitions pour une école numérique placée sous le signe de la protection et du discernement.

Côté protection, le récent Règlement européen sur la protection des données (RGPD) et la première de ses conséquences sur l’Éducation nationale, à savoir la nomination d’un Délégué à la protection des données (DPD), donnaient la mesure d’un double mouvement fait d’obligations et de formation pour les professionnels.

Ce tout nouveau «  cadre de confiance  » légal et opératoire vise à former à l’utilisation des données l’ensemble des acteurs du monde éducatif, ceux-là mêmes qui avaient été épinglés dans un récent rapport de l’inspection générale comme «  souvent peu conscients de la réutilisation susceptible d’être faite de leurs activités numériques  » [1]. Protection rime alors avec acculturation, formation et discernement. Entendez ici la capacité de chaque professionnel d’agir sur les territoires numériques en fonctionnaire éclairé.

Un mois plus tard, alors que les évaluations nationales occupaient depuis quelques heures élèves, enseignants, directeurs, ERUN (enseignants référents des usages du numérique) et personnels des DSI (directions des systèmes d’information), Alain Michel, directeur d’école, découvre que les résultats de ces évaluations sont stockés en Irlande sur des serveurs appartenant à une grande compagnie américaine du très sélect Gafam Social Club.

Le message d’alerte, à l’éditorialisation aussi factuelle que laconique, devient viral sur les réseaux sociaux. La presse spécialisée en fait ses gorges chaudes, relayée par la presse nationale, un tantinet moins approximative et partisane que la première. La profession s’indigne. La réaction institutionnelle ne se fera pas attendre, avec l’ajout d’un paragraphe détaillé et didactique sur la page Éduscol des évaluations nationales.

Déjà, de nombreux éclairages avaient, sur les réseaux sociaux notamment, tenté de dépassionner le débat : «  Le fait que l’hébergement des données soit localisé en Irlande, et chez un service américain, n’est en rien contraire au respect du #RGPD.  » [2]
Praticiens, allez donc faire un tour sur Éduscol [3], qui vous donnera quelques éléments de calibrage pour vos interventions pédagogiques et numériques.

Au-delà des considérations légales, nous laissons au lecteur juger des autres dimensions, notamment idéologiques, qu’implique le choix d’une solution plutôt qu’une autre (vous avez dit souveraineté numérique ?). Finalement, la question demeure : l’enseignant peut-il s’offrir le luxe d’utiliser des solutions pédagogiques fléchées par son administration, lorsque d’autres services, dont l’utilisation ne lui jouera pas de mauvais tour, répondent au RGPD en parfaite conformité avec la loi ?

Entre confusion, déchainement des passions et boulets rouges, cet épisode relève l’importance de l’action des futurs DPD académiques. Ils auront pour mission d’accompagner les personnels dans une meilleure connaissance des enjeux, des devoirs et des droits en termes de manipulation de données. Parmi d’autres, le devoir de respecter la loi et protéger les données de nos élèves, le droit de choisir, de manière éclairée, au regard des contraintes matérielles et pédagogiques, les outils qui leur permettront de répondre à leurs besoins d’enseignement.


L’épisode 98 de Nipédu, «  Pédagogues, psychanalyse et hygiène numérique  » :


[1Rapport «  Données numériques à caractère personnel au sein de l’Éducation nationale  », https://m-url.eu/r-1r6r

Sur la librairie

Cet article vous a plu ? Poursuivez votre lecture avec ce dossier sur le même thème...

 

Usages des livres jeunesse
L’enseignant est un intermédiaire entre le monde des livres et le jeune lecteur, mais quelle place occupe aujourd’hui le livre jeunesse dans l’enseignement ? Parler du «  livre jeunesse  » et non de «  littérature jeunesse  » permet d’évoquer des pratiques pédagogiques variées dans de nombreuses disciplines.

Voir le sommaire et les articles en ligne