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Recension parue dans le N°467 de novembre 2008

Don Quichotte en banlieue, les combats d’une enseignante

Sophie Audoubert, éditions Philippe Rey, 2008.

1er novembre 2008

Il est toujours délicat de parler des « jeunes de banlieue » sans prétendre le faire à leur place, sans verser dans un certain dédain de celui qui manie la plume et le verbe pour évoquer ceux qui sont démunis de ce genre de talent. Mais que tant d’enseignants de lettres recourent à l’expression écrite pour évoquer leur expérience de pédagogue en milieu populaire montre aussi la force de l’écriture pour prendre de la distance par rapport à cette épreuve, la force du langage pour analyser ces situations. C’est très appréciable pour le lecteur quand ce travail est mené, comme c’est le cas dans ce livre, le plus lucidement possible, à la juste distance de la réalité de la classe, et lorsque les élèves occupent autant de place dans les pages que les préoccupations de celui qui les observe, qui tâche de leur enseigner quelques savoirs. Sophie Audoubert ne cache rien des difficultés, des souffrances qu’il peut même y avoir à « tenir une classe », mais sans s’attarder, pour rapidement parler avec justesse des jeunes qui lui font face. Il y a beaucoup de pudeur, de finesse dans ces observations, dans ces instants de classe, dans ces portraits d’élèves, et c’est quand il s’éloigne de ses réalités de classe pour tenter quelques excursions dans les analyses sociologiques que le livre est moins convaincant. Au final, le dialogue qui se noue autour de Victor Hugo est plein d’optimisme : la médiation culturelle n’est pas un vain mot !

Patrice Bride