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Harcèlement à l’école

Dire non à l’homophobie

Harcèlement, discriminations : des luttes soeurs et d’actualité - Soutien au SNUipp

26 novembre 2013

La campagne contre le harcèlement à l’école lancée aujourd’hui par Vincent Peillon, et des actions menées par des personnes se réclamant du "Printemps français" contre des locaux du SNUipp, historiquement très engagé dans la lutte contre les discriminations : ces deux évènements nous conduisent à remettre en lumière cet article du mois de juin 2013 et de réaffirmer notre soutien au SNUipp. Harcèlement, discriminations : des luttes soeurs et d’actualité.


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L’homophobie à l’école ? Nous en avions parlé. Avec Alexandre d’abord, lycéen aujourd’hui, qui avait accepté de raconter ce qu’il avait connu.
Nous en avions parlé ensuite avec Daniel Labaquère, secrétaire national du SNUipp, alors que le SNUipp-FSU organisait en mai un colloque sur l’éducation contre l’homophobie à l’école primaire.
Nous avions enfin parlé de ces luttes au quotidien par les enseignants, dans leurs classes, contre ce qui exclut l’autre, le différent.


" Tout a commencé au collège . Je me suis assumé dès mes 13 ans, et dans ce milieu-là, l’ouverture d’esprit et le respect de l’autre ne sont pas des notions mises en valeur. J’ai été insulté, on m’a craché dessus à plusieurs reprises, je ne m’appelais plus Alexandre, mais plutôt "pédé", "tapette", "le gay" et j’en passe...

J’ai donc demandé à redoubler ma 5ème dans un premier temps, car j’avais trop de mal à supporter les remarques incessantes des personnes de mon age, mais aussi leur rejet. Puis, les insultes sont revenues malgré tout. J’ai fugué de mon collège à deux reprises tant mes camarades me poussaient à bout.
J’ai alors changé d’établissement pour mon année de 3ème afin de prendre un nouveau départ. Là, je n’ai avoué à personne que j’étais homosexuel, et mes résultats scolaires ont monté, autant vous dire que l’homophobie avait un impact considérable sur mes résultats (j’ai eu la meilleure moyenne de mon parcours collégien en 3ème).

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Photo : Mathilde Bernos

Ensuite est venu le lycée. J’avais même un petit ami dans mon lycée, et nous vivions notre amour comme le vivrait un couple hétéro. Au début, nous avons eu droit à des insultes, venant de garçons majoritairement, puis je me suis fait cracher dessus une fois.
La tolérance était quand-même bien plus présente dans le milieu lycéen. Beaucoup d’ami(e)s nous défendaient, et j’ai beaucoup d’amis garçons hétérosexuels qui acceptent sans problème mon homosexualité.

Je fais parti du Conseil de vie lycéenne de mon lycée, et nous avons tourné des vidéos dans lesquelles nous dénonçons les discriminations dont l’homophobie. Je trouve que le système pédagogique lycéen favorise bien plus l’idée de tolérance vis-à-vis des homosexuels."
Alexandre, 18 ans

Merci de ton témoignage, Alexandre. Merci d’avoir accepté de nous dire l’insupportable, ce que l’on espère ne plus lire bientôt.
La bonne nouvelle, c’est que tu vis de mieux en mieux dans ton lycée, et que d’autres élèves sont à tes côtés, tranquillement.
L’autre bonne nouvelle Alexandre, c’est que l’école et ceux qui la font se mobilisent pour dire "non", simplement.
Lis ce qui suit. Tes amis du conseil de vie lycéenne et toi, vous n’êtes pas seuls, tu vas voir.

Bien à toi,
Christine Vallin


Jeudi 16 mai, le SNUipp-FSU (Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles) organisait un colloque intitulé «  Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire  ». Daniel Labaquère, secrétaire national, nous en parlait dans notre numéro 505 "mieux apprendre avec la coopération".

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Daniel Labaquère, secrétaire national du SNUipp

Un colloque qui sonne comme un signe fort : le signe que quelque chose se passe, dans l’école, mais dans la société plus largement. Bien sûr, Freud et son «  pervers polymorphe  » avaient profondément, et depuis un siècle déjà, écorné nos historiettes de choux et de roses. Bien sûr, les discriminations ne sont pas un sujet neuf. Bien sûr aussi, dans les syndicats enseignants, on se penche depuis des décennies sur la question des droits, droits des femmes, droits des homosexuels. Mais rapprocher éducation, homophobie et école primaire dans l’intitulé d’un colloque, sur fond sociétal de mariage pour tous, voilà qui est significatif.

Significatifs aussi les invités. Avec d’une part des experts en la présence, entre autres, de Serge Héfez, Nicole Mosconi, Réjane Sénac, Cendrine Marro. Et, d’autre part, des professeurs des écoles dans l’expérimentation en classe, et des représentants de l’institution. On parlera du problème. On le pensera. Mais on le prend donc déjà en compte dans les pratiques, avec les élèves, par la littérature jeunesse, les discussions.

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Photo : Mathilde Bernos

Pour Daniel Labaquère, secrétaire national du SNUipp, la circulaire de 2003 était bien faite : «  La sexualité n’était pas vue seulement selon l’angle de la reproduction, mais aussi selon l’angle des relations amoureuses, du respect de l’autre. L’homophobie pouvait donc être abordée aisément dans ce cadre. Ce texte est bien souvent resté lettre morte. Mais aucune circulaire ne peut, ne doit, faire oublier les sensibilités des parents. Le travail par rapport à eux doit être continu, avec des informations régulières en conseil d’école de ce qui se fait en classe sur ces sujets. Prévenir, c’est préparer.  »

Pour Daniel Labaquère, il existe une manière d’approcher laïquement le problème, en faisant exprimer aux élèves ce qu’ils pensent et leur permettre d’entendre que d’autres ne pensent pas comme eux. «  L’enseignant n’a pas à trancher, sauf s’il s’agit d’une infraction à la loi.  »

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La loi. La rappeler alors, partout, pas seulement dans la classe au moment où l’on parle du problème, mais aussi dans la cour. L’insulte «  pédé !  » est surement une des plus répandues. Si elle ne fait pas réagir aussi fortement qu’une insulte raciste, cela continuera d’entretenir chez les jeunes la représentation qu’être homosexuel, ce n’est pas bien, et le malêtre, le taux de suicide même qui vont avec. Aucune moquerie, aucune mise à l’écart ne doivent être tolérées non plus, pas plus qu’une jupe soulevée sous prétexte de jeu. Une enquête d’Éric Debarbieux a d’ailleurs montré qu’il est nécessaire de mettre en place une surveillance forte dans les toilettes en primaire.

Cependant, selon Daniel Labaquère, l’école évolue lentement, même si la société bouge : «  On parle un peu plus des enfants qui ont deux papas ou deux mamans. Signe que l’idée de normalité va s’étendre.  » De cela aussi, il sera sans doute question lors du colloque.


Témoignages

Des pratiques contre les discriminations

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Je fais partie depuis trois ans d’une commission de lutte contre l’homophobie à l’école qui existe depuis neuf ans au sein de la FSU (Fédération syndicale unitaire). À ce titre, j’expérimente des séquences pédagogiques avec des élèves de grande section de maternelle. Ces séquences sont principalement axées autour du langage (type atelier philo) et le support est majoritairement un album de littérature jeunesse.

Le principe du travail n’est pas de parler d’homosexualité mais de relation amoureuse, de diversité ; c’est mettre aussi l’accent sur ce qui rapproche, ce que l’on a en commun ; c’est, enfin, montrer que d’autres types de couples ou de familles existent et ont autant de légitimité que les couples hétérosexuels.

Les difficultés rencontrées proviennent uniquement de la résistance des parents à aborder un sujet «  qui n’est pas de leur âge  » ; sans parler d’une famille catholique intégriste qui a retiré son enfant de la classe ! Les limites à ce travail sont liées aussi à la tranche d’âge des enfants qui ne permet pas de prolonger les échanges, mais c’est déjà beaucoup de travailler en amont, avant que les préjugés et les stéréotypes ne soient installés.

Édith Boivin-Broussolle
Professeure des écoles en maternelle


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Les occasions sont nombreuses chaque année pour parler de l’égalité entre filles et garçons, au gré des réflexions perçues dans la classe. Les stéréotypes intégrés sur les filles (femmes) et les garçons (hommes) sont encore très partagés, répétés aux enfants comme une vérité. Ils produisent une vision du monde figée, binaire et hétérocentrée qui laisse aux filles une place encore réduite. Cela reste un sujet délicat à aborder, dépendant beaucoup de la composition du groupe d’enfants lors des débats, mais évoquer ces questions sur les apparences, les jeux et jouets, les métiers, les familles permet de donner à entendre des paroles assez peu entendues. Comme les stéréotypes sont déjà bien ancrés pour certains, la plupart des enfants éprouvent des difficultés à cet âge à se démarquer des idées reçues. Aussi ce travail de «  bain égalitaire de lectures et des mots  » au niveau du CP devrait à mon avis être commencé plus tôt, dès la maternelle.

Karine Dorvaux
Professeure des écoles en CP


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Nous travaillons à partir du livre Grosse Patate. Derrière ce drôle de nom, se cache une petite fille rondouillette qui tient un journal intime. Elle nous fait partager ses émotions, ses rêves et le quotidien de sa classe de CM2, avec les conflits et les amitiés qui s’y nouent.

Ce support, très riche, donne l’occasion d’aborder des thèmes comme la stigmatisation et le harcèlement, l’empathie, l’homosexualité, le deuil, les loisirs et leur aspect genré. On n’est pas loin des débats philo. La discussion s’esquisse à partir de l’évolution des personnages et de leurs relations, et s’enrichit des apports des élèves et de la confrontation de leurs points de vue. On assiste à des prises de conscience, on entend les argumentations très convaincantes de certains élèves ! Des résistances s’expriment aussi, notamment en faveur des rôles sexués traditionnels. Lutter contre les discriminations passe par des activités spécifiques en littérature, éducation civique, histoire, éducation physique et sportive, mais aussi par une vigilance de tous les instants et la mise en place d’un climat inclusif dans la classe et l’école.

Cécile Ropiteaux
Professeure des écoles en CM2


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Je conduis, pour les écoles depuis environ dix ans, pour le collège depuis cinq ans, les séances d’éducation à la sexualité en co-intervention avec des professeurs d’école ou de collège, dans le cadre du CESC (comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté) du réseau Eclair (écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) dans lequel je travaille. Ces activités se déclinent selon les classes et selon le niveau de développement psychosexuel des élèves. Elles sont programmées systématiquement pour les CM2, les 6e et les 3e, et peuvent avoir lieu à la demande pour d’autres niveaux. Les parents et l’ensemble des personnels sont informés de ces actions.

Elles peuvent permettre d’aborder, dans un dispositif et avec un langage adapté à l’âge des élèves, les questions relatives à l’égalité ou aux relations entre filles et garçons, les stéréotypes de sexe, la reproduction humaine, la puberté ou d’autres questions que les élèves peuvent se poser sur ce sujet : parentalité, familles, prévention, orientation sexuelle, discriminations, etc. Le principe est de toujours partir d’où en sont les élèves et de se situer dans un espace d’élaboration de la pensée et de construction de savoirs.

Les principaux bénéfices sont à la fois l’amélioration de l’estime de soi des élèves, une meilleure connaissance de soi et donc un meilleur respect des autres. Je constate souvent que les relations au sein de la classe s’améliorent et que les représentations initiales des élèves se décalent. D’ailleurs, après plusieurs années, les enseignants me sollicitent régulièrement pour mettre en place ces séances. Il faut parfois rassurer les parents, en mettant en place une information qui explicite les contenus abordés et les dispositifs utilisés.

Le point principal à développer est la formation, initiale et continue, de tous les personnels sur ces thématiques.

Didier Genty
Professeur d’école, enseignant interdegrés, réseau Eclair

Propos recueillis par Christine Vallin