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Diffuser, échanger ? Chiche....

Parole du CRAP

23 octobre 2005

Le ministre de l’Education nationale, en visite le lundi 5 septembre dans un lycée de Vire innovant en matière d’enseignement des langues, a souligné l’importance de la diffusion des pratiques et méthodes entre établissements « Il faut vraiment échanger entre tous ces établissements - ils sont des milliers à prendre des initiatives - pour qu’ils puissent échanger entre eux les réussites de ces expérimentations", a indiqué à la presse M. de Robien au terme de sa visite dans le cadre d’une tournée nationale des établissements innovants.
"De ces expérimentations, on tirera forcément une méthode ou plusieurs méthodes qu’on pourra largement diffuser", a-t-il ajouté.
Voilà un discours qui nous change des airs nostalgiques et qui met en avant l’innovation comme positive ! Même si on peut émettre des réserves sur l’idée naïve de la tache d’huile, même s’il ne faut surtout pas oublier la nécessité d’éclairages plus théoriques, on peut se réjouir ...à condition que des moyens de mise en œuvre effective accompagnent les belles déclarations.
Or, les outils qui permettent la diffusion des pratiques existent depuis longtemps.
Il y a eu hier le CNIRS (Conseil de l’innovation pour la réussite scolaire), sabordé de façon honteuse (dans tous les sens du terme) par un des prédécesseurs de Gilles de Robien, Luc Ferry. Il y a les équipes de formation continue travaillant dans l’esprit des ex-MAFPEN, dont il ne reste hélas que peu de chose. Et puis il y a les mouvements pédagogiques, les revues comme la nôtre, le Café pédagogique, les autres associations d’éducation nouvelle, etc.. S’il est vrai que l’institution doit faire son travail et contribuer à faire connaître l’innovation, en diffusant bien mieux, par exemple, les travaux de l’INRP, le rôle d’associations indépendantes est indispensable.
Pour notre part, nous disons chiche : oui, nous pouvons amplifier encore la diffusion de ce qui se fait ici ou là dans les établissements. Le présent dossier, coordonné par le groupe CRAP de Nantes, en est un exemple : il se propose de contribuer à la mise en place d’ « aides » mieux pensées, qui évitent des gaspillages en heures de « remédiation » où on fait faire aux élèves du « plus de la même chose »...

Pour tout cela, il nous faut un minimum de moyens ; l’énergie militante énorme de notre équipe ne peut suffire à elle seule à faire fonctionner chaque jour notre site, de plus en plus consulté, à éditer un numéro de la revue chaque mois, en faisant écrire chaque année des dizaines et des dizaines d’enseignants. Depuis 1982,des moyens nous ont été attribués qui, s’ils restent insuffisants, n’ont jamais été remis en cause par les différents ministères. Mieux, nous avons pu, jusqu’en 2000, organiser chaque année, financées par le ministère, des universités d’été très appréciées qui ont permis elles aussi ces échanges sur les pratiques, innovantes ou pas. Malheureusement, ce dispositif a disparu complètement.
Notre mouvement continue à organiser chaque été, des Rencontres, mais financées à la fois par les participants et par nous-mêmes : elles contribuent à former des professionnels mieux organisés, mieux à même de mener des pratiques « réflexives » dans leur établissement, auprès des élèves comme auprès de professeurs en formation initiale ou continue.
Et pourtant, au même moment, il est question de supprimer les moyens qui sont attribués à des mouvements comme le nôtre (mises à disposition permettant de décharger en partie quelques personnes de leur service) ; à aucun moment d’ailleurs la loi d’orientation ne mentionne le rôle de ces mouvements.
Les menaces qui pèsent sur ces moyens, le très faible appel fait aux compétences et aux énergies des mouvements pédagogiques, tout cela entre en contradiction avec la volonté affichée du ministre de faire mieux connaître « ce qui marche ». C’est l’existence même des mouvements qui est en jeu autour des mises à disposition d’enseignants. Il est essentiel que tous ceux qui sont précisément attachés aux échanges de pratiques, à la circulation d’écrits qui outillent et font réfléchir, fassent pression sur les élus notamment, mais aussi sur tous ceux qui peuvent influer sur les décideurs, pour que les menaces soient écartées et que nous puissions, avec d’autres, pleinement jouer notre rôle. Un bon moyen peut-être de contrebalancer les tentations du découragement, de la démotivation ou de la résignation qui guettent le corps enseignant et sont, on le sait, autant d’obstacles à la réussite de tous les élèves,

Le bureau du CRAP, le 10 septembre 2005


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