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N°447 - Dossier "École, milieux et territoire"

Développement durable, territoire et pédagogie au Lycée Agricole de Sées

Par Emmanuel Bossis, Thierry Plu et Jean-Robert Moronval


Le Lycée Agricole de Sées, à travers un des objectifs de son projet d’établissement, est engagé dans une démarche de développement durable. Dans le cadre du Plan National d’Actions Développement Durable du ministère de l’agriculture, notre établissement est l’une des 22 structures pilotes de l’enseignement agricole en matière de développement durable. Parmi toutes les actions conduites (amélioration du cadre de vie, alimentation, énergie,...) certaines s’inscrivent dans une démarche forte en lien avec le territoire. C’est notamment le cas pour les actions liées à l’aménagement d’espaces (cf. encarts) et de toutes les réflexions et les actions sur le devenir des déchets.

Dans le cadre de la réflexion sur les déchets il est très vite apparu que le compostage s’avérait être la solution la plus pertinente pour les déchets organiques (déchets de repas et déchets verts). La création d’une société privée de compostage (la SEP) sur le territoire de la commune a été l’opportunité de créer des liens de partenariats forts.
Les efforts consacrés à la gestion des déchets ont permis leur valorisation ou leur réduction à la source. Élèves et personnels ont été sensibilisés par rapport à ces enjeux et motivé pour changer leurs pratiques. Les actions autour de ce thème sont le support de projets pédagogiques.

Déchets organiques et fonctionnement du self

En 2004-2005, un groupe de personnels volontaires s’est formé autour de la thématique « déchets » afin d’optimiser la prise en compte de l’environnement dans le fonctionnement de l’établissement. Une étude rapide du devenir de nos déchets montre très vite qu’ils sont globalement bien gérés et que le gros « point noir » se situe au niveau des restes de repas et de leur préparation. Nous nous orientons alors vers le tri des matières fermentescibles afin de les composter sur l’exploitation du lycée.

Mais début 2005, une entreprise privée de compostage se crée sur la commune et après quelques rencontres, nous signons une convention de partenariat ; nous apportons désormais nos déchets fermentescibles sur cette plate-forme où ils sont mélangés aux déchets verts et compostés.

Du point de vue pédagogique, l’intérêt de cette action réside dans l’acte de tri quotidien que chacun des usagers doit réaliser avant de quitter le self : deux poubelles sont à disposition, l’une pour les déchets fermentescibles (100 à 200 kg/jour sont compostés) et l’autre pour les plastiques et autres matières (nous ne jetons plus que 30 à 50 kg/jour aux ordures ménagères).
Pour que chacun soit incité à effectuer ce tri et sache comment le réaliser, différents moyens de communication sont utilisés à chaque rentrée scolaire :

  • Un panneau d’information, juste avant la desserte, précise la répartition des différents types de déchets.
  • Présentation du projet dans le journal de l’établissement.
  • Lecture dans chaque classe, par les professeurs principaux, d’une note d’information précisant les deux types de déchets à séparer : les fermentescibles (recyclables) et les autres.
  • Présentation à chaque classe de l’ensemble de la démarche « développement durable » mise en place au lycée, le tri y est à nouveau présenté.
  • Présence d’un des membres du groupe déchets, en soutien à l’équipe des cuisines sur l’ensemble des repas, pendant une semaine, pour informer et veiller au respect des consignes de tri.

Après une année de fonctionnement, les résultats sont très satisfaisants :
- Une grosse majorité des déchets du self est valorisée, la qualité du tri est bonne,
- Les usagers du self s’approprient et adhèrent facilement à la démarche. La proximité de la plate-forme rend le compost visible et renforce le sentiment d’utilité du tri.
- Le lycée renforce son image d’acteur local et participe ainsi à une expérimentation qui pourra peut-être s’élargir à d’autres établissements ou collectivités locales.

Compost, pédagogie et expérimentations techniques

La pauvreté des sols agricoles en matière organique, qui induit obligatoirement une activité biologique réduite, nous amène à réfléchir sur ce problème de renouvellement de la fertilité.
Le constat de départ est le suivant : les surfaces agricoles déficitaires en matière organique sont de 7,7 millions d’ha de terres arables sur un total de 19,5 millions d’ha cultivés. Le besoin en matière organique humifiée serait de l’ordre de 3,5 à 5 millions de tonnes.
Deux problèmes se posent alors : comment satisfaire à un tel besoin et comment sensibiliser les agriculteurs à ce problème ?
Il nous faut donc montrer le rôle des matières organiques sur l’activité biologique des sols et l’impact sur les récoltes.

À cet effet, le Lycée Agricole de Sées, en partenariat avec la chambre d’Agriculture de l’Orne, l’exploitation agricole du lycée, le centre équestre de Sées et la société de compostage SEP, a mis en place une expérimentation de terrain sur le site de l’exploitation du lycée. La SEP fabrique et nous fournit le compost (la matière organique humifiée), issus en grande partie de la fermentation de mélange de déchets verts et des déchets organiques du self du lycée.
Sur une parcelle expérimentale de 2 ha, cultivée de façon conventionnelle, différentes doses de ce compost sont épandues et les effets sur les récoltes et sur l’activité biologique des sols sont mesurés. Ce projet est financé avec l’aide de l’ANVAR.
Les effets sur les récoltes sont analysés par la Chambre d’Agriculture de l’Orne. Les effets sur l’activité biologique des sols sont évalués par les étudiants de BTS ACSE selon trois méthodes complémentaires :
- dénombrement et mesure de la biomasse lombricienne,
- inventaire des arthropodes épigés,
- mesure du carbone microbien.

Ces travaux permettront d’évaluer la valeur agronomique du compost : contribution à la nutrition minérale des plantes, d’où moins de consommation d’engrais de synthèse, effet sur la dynamique de l’eau dans le sol, dans la mesure où une bonne activité biologique facilite l’infiltration de l’eau.
Une première action de communication vers le grand public a eu lieu les 12 et 13 mai à Caen lors de la participation du groupe d’étudiants à Expo-Sciences.
Les résultats feront l’objet d’une diffusion par les étudiants de BTS ACSE auprès des partenaires et du public professionnel.
Cette démarche permet de « boucler le cycle de la matière ». Inscrite sur le territoire, elle correspond bien à l’adage « le développement durable consiste à penser globalement et agir localement ».

Déchets, pédagogie, communication et transfert de compétence

Les élèves d’une classe de seconde ont participé au concours « Chroniques Électroniques » sur le développement durable. Il s’agissait de concevoir un magazine pour Internet en développant un projet ainsi que la thématique de ce projet.
Les élèves ont axé leur projet sur le thème des déchets avec la volonté de réfléchir sur le transfert de nos compétences en matière de gestion des déchets, en particulier organiques. Pour cela, ils ont choisi de contacter le collège de la ville de Sées : ils souhaitaient que se mette en place le même système que celui éprouvé dans leur lycée.
Le projet de leur magazine Internet (accessible sur le site Internet du lycée : www.eplsees.educagri.fr) consiste donc à « inciter à la mise en place du tri sélectif du papier et des déchets du self au collège J-N. Conté, d’une part en sensibilisant les collégiens, d’autre part en présentant des conseils et une méthodologie au regard de l’expérience de notre lycée ».
La page Internet réalisée par les élèves, développe également, à travers reportages et enquêtes, la thématique de gestion et recyclage des déchets sur le territoire la commune de Sées et sur le lycée agricole. Plusieurs séances (une vingtaine d’heures environ) du module EATC (Écologie, Agronomie, Territoire et citoyenneté), enseignement de détermination spécifique aux secondes générales et technologiques de l’enseignement Agricole ont été consacrées à l’étude de cette thématique et au montage du projet.

En animant des ateliers pour les classes de 6°, les élèves de secondes ont commencé à sensibiliser des collégiens. Lauréats du concours, avec le 3° prix, ainsi motivés, la plupart des élèves de cette classe de seconde ont à cœur de mettre en œuvre leur projet en 2006/2007. Pour cela ils souhaitent rejoindre le club développement durable du lycée.

Une des 5 missions de l’enseignement agricole est de participer à l’animation du territoire. Ces actions et projets menés par, pour et avec les élèves sont un bon support pédagogique pour les sensibiliser au DD et les rendre acteur de la société. Ainsi, notre établissement participe activement à la dynamique de son territoire.

Emmanuel Bossis, Thierry Plu et Jean-Robert Moronval, lycée agricole de Sées (Orne).


L’exemple de la station d’épuration de la ville de Sées



Dans le cadre du module M10 de la filière STAE option Technologies des Aménagements, la promotion 2005 2006 s’est investie dans le projet d’aménagement de la nouvelle station d’épuration de la ville de Sées.

En 2005 la mairie propose au LEGTA de Sées un partenariat pour réaliser l’aménagement paysager d’une station d’épuration novatrice : cette station devra accueillir les eaux industrielles, agricoles et urbaines et s’insérer au mieux dans le paysage.

Les élèves ont été chargés par la mairie et la société STEREAU de réaliser un aménagement paysager évoquant le parcours de l’eau et les différentes ambiances de la station.

Après avoir participé à la réunion publique d’information, les élèves ont réalisé les plans et choisi des espèces locales demandant peu d’entretien. Les élèves ont réalisé l’aménagement en mars 2006.

Plusieurs ambiances ont été crées : des haies champêtres (sur paillage biodégradable) évoquant le bocage normand, un paysage urbain avec des essences plus » urbaines », un paysage industriel avec des espèces représentant aux mieux les friches industrielles, un verger conservatoire, rappelant l’activité cidricole de l’Orne et enfin un étang planté de végétaux aquatiques sauvages.

Le projet réalisé a permis d’investir les élèves dans une démarche de démocratie participative, d’améliorer l’environnement et le paysage et enfin de réaliser des économies d’entretien pour la commune puisque les espèces choisies sont rustiques et demandent peu de traitement et d’entretien.

Diagnostic de l’Orne au Vivier à Sées



Dans le cadre des enseignements du module EATC (Écologie, Agronomie, Territoire, Citoyenneté), les élèves de seconde 2 ont réalisé le diagnostic du cours l’Orne au lieu-dit le Vivier situé au cœur de la ville de Sées. Sur un linéaire de 200 mètres ils ont relevé par tronçon et par groupe un certain nombre d’informations sur les différentes composantes du cours d’eau (les berges, la ripisylve, l’écoulement, le lit du cours d’eau, la nature des parcelles qui le bordent). Après analyse, le cadre paysager (vue sur la cathédrale) et la richesse biologique de la ripisylve sont apparus comme les principaux atouts de cette portion de cours d’eau. L’eutrophisation, la pollution visuelle et physico-chimique (liées aux déchets) sont les principaux problèmes rencontrés. À l’issue de ce diagnostic, les élèves ont formulé des propositions de gestion : mise en valeur de la parcelle sur le thème des jardins de Brousseau, gestion de la ripisylve, aménagement des abords de l’Orne, opération de sensibilisation auprès de la population locale... Première proposition suivie d’action : le chantier de nettoyage des berges et du lit du cours d’eau qui a finalisé le travail des élèves. Assistés des services techniques de la ville de Sées, les élèves ont récolté pas moins de 500 g de déchets divers, composés principalement de bouteilles de verre. Au terme de ce travail, qui a fait l’objet d’une restitution orale en mairie de Sées et d’un rapport écrit, les élèves ont vivement souhaité que leur action soit prolongée par d’autres pour que l’Orne soit plus encore un lieu de promenade prisée par les Sagiens et les touristes. Ils ont été relayés en ce sens par les élus de la commune.

Inventaire écologique communal et inventaire des mares



Depuis 3 ans, les étudiants de première année de BTS Gestion et Protection de la Nature évaluent chaque année le patrimoine écologique d’une commune. Le travail s’appuie en premier lieu sur la caractérisation des milieux qui composent la commune, complétée par des inventaires floristiques et faunistiques. Des enquêtes, réalisées auprès de la population locale et ayant pour but de mieux connaître leur perception de leur commune, complètent la démarche. L’un des objectifs de ce travail est de sensibiliser les habitants et les différents acteurs de la commune (élus, agriculteurs notamment) à la plus ou moins grande richesse et de l’état de conservation du patrimoine naturel de leur commune. Un rapport écrit et une restitution orale publique sont assurés à cet effet.
Au cours de la même année et en collaboration avec le PNR Normandie-Maine, une partie de la classe effectue dans le cadre des enseignements de cartographie informatique l’inventaire des mares des communes du Parc. 3 à 4 communes sont étudiées chaque année. Des éléments descriptifs permettent de dégager les principales caractéristiques (taille, ombrage, environnement...) de ces mares et d’enrichir un peu plus tous les ans un atlas des mares communiqué à chaque commune étudiée.

Chantiers et BTSA GEN



Le référentiel du BTSA « Gestion des espaces naturels » prévoit la participation des étudiants à des chantiers réels. Les étudiants sont évalués sur leurs compétences à concevoir, encadrer et évaluer des actions de génie écologique.

Depuis dix ans, une cinquantaine de chantiers ont été menés à travers la Basse-Normandie en partenariat avec les acteurs de la conservation des espaces naturels : Conseil général, Office national des forêts, Conservatoire fédératif, Conservatoire du Littoral, etc.

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Restauration de la tourbière du tapis vert (Orne)



Ces chantiers contribuent à la formation de professionnels. Rencontre des acteurs, choix des techniques, financement du projet et communication sont autant d’aspects que les étudiants mènent en autonomie et qui se révèlent être des atouts pour la recherche d’emploi. La convivialité lors de ces sorties en fait des moments appréciés des étudiants.

En 2006, les étudiants ont restauré un pierrier en cours de boisement, des tourbières, une prairie enfrichée, deux mares atterries, des dépressions dunaires humides... Ils participent ainsi à la richesse et à la diversité des espaces naturels bas-normands.


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