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Deux témoignages sur mai 68, dans les Cahiers pédagogiques de 68...

2 mai 2007

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Je viens d’évoquer les récentes journées du mois de mai. Je tiens à vous dire avec quelle émotion je les ai saluées, lorsque j’en ai compris le sens : ici et là c’était la jeunesse elle-même qui prenait en charge son destin professionnel et qui n’acceptait plus de le soumettre à un conformisme dépassé. En utilisant les grenades à gaz pour se maintenir les forces traditionnelles ont admirablement symbolisé le traitement qu’elles réservaient à ces foules de jeunes gens. Celles-ci ont réagi avec turbulence, parfois avec violence, mais elles ont par ailleurs marqué qu’elles pourraient désormais devenir les maîtresses de leur avenir.
Dans tout ceci, je crois retrouver l’esprit de Paul Langevin. Puisse-t-il inspirer les réformateurs d’aujourd’hui.

Gustave Monod
(Cahiers pédagogiques, n°78, novembre 1968)

Gustave Monod, mort en décembre 68, a eu des responsabilités ministérielles notamment au moment du Front populaire. En 1940, il est démis de son grade d’inspecteur général pour avoir refusé d’appliquer les mesures anti-juives décidées par le gouvernement de Vichy. À la Libération, il crée la commission qui rédigera le plan Langevin-Wallon. Il encourage en 1945 la création des Cahiers pédagogiques, dont il sera un temps président du comité de rédaction. Il ouvre dès 1945 les classes nouvelles du premier cycle.


Aujourd’hui, on assiste à une revendication générale de responsabilité. Tous demandent une autorité accrue. Chacun veut que l’on reconnaisse ce qu’il s’engage à faire, chacun veut être responsable à la fois devant lui-même et devant les autres. Cette revendication de liberté va de pair avec celle de faire aboutir ce que l’on fait. On arrive à une plus grande solidarité, responsabilité de tout le monde. Car il s’agit de ne pas faire retomber la faute sur un bouc émissaire, mais de reconnaître les erreurs commises.
Il faudra révolutionner l’attitude de routine des élèves. Toute la nation est concernée par cette mentalité, et c’est elle aussi qu’il faudra révolutionner. Même faire de la politique, c’est être un spectateur. L’esprit civique demande une participation active. Nous vivons avec des habitudes dont certains adultes peuvent ne plus être conscients, dans un malaise général dont la jeunesse se rend compte ; elle pousse un cri d’alarme car elle sent que nous roulons à l’abîme. Le phénomène des hippies, par exemple, est une réaction, peut-être infantile, mais réaction tout de même provoquée par une conscience confuse mais juste de la situation.
La société actuelle, face à cet état de fait, n’a pas d’autre but que de produire et de consommer ; elle nous mène à la catastrophe, car les seuls rapports entre les membres de cette société sont des rapports matériels, d’échanges, de trocs en quelque sorte. De cette société nous ne voulons plus.

Un lycéen du Lycée Mignet, à Aix-en-Provence
(Cahiers pédagogiques, n° 76, septembre 1968, « des lycéens vous parlent »)


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