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Désespérance... ou résistance


Quoi de plus désespérant que les discours sur la "baisse du niveau" des élèves et les attaques incessantes contre la pédagogie mais aussi contre des enseignants qui n’auraient rien compris ? À entendre notre ministre sûr de son "bon sens", à encaisser les mesures prises, à subir le matraquage médiatique sur une "école en faillite", à recevoir des parents de plus en plus angoissés, la tentation pourrait être grande de renoncer. Renoncer à nos convictions et à nos valeurs. Renoncer à notre idéal démocratique. Renoncer à notre liberté pédagogique. Renoncer à expérimenter, à tâtonner, à errer, à réussir plus souvent qu’on le croit, chaque jour dans nos classes.
Mais ne nous y trompons pas, le renoncement ne doit pas être de notre côté. ll caractérise la politique menée aujourd’hui par le gouvernement. Ce renoncement est celui d’éduquer les enfants pour les rendre majeurs et en faire des citoyens, de substituer un "savoir de base" conçu comme une idéologie à des savoirs construits. Il est le ferment des violences mises en scène et en images. Il est enfin celui de l’autoritarisme comme réponse aux maux de notre société au lieu d’une recherche d’une autorité reconstruite à la fois d’un État aujourd’hui déliquescent et du citoyen de plus en plus défait de sa responsabilité.
Nous reste alors le choix de la résistance, d’abord celle du quotidien quand nous continuons face à nos élèves à croire à leur éducabilité et à une humanité en marche. Mais aussi celle qui s’est exprimée lors du mouvement contre le CPE, non pas tant du fait d’une "victoire" sociale mais de l’éclosion d’une jeunesse qui réfléchit, qui débat, qui s’affirme. Peut-être pouvons-nous croire, alors que ces lycéens et étudiants ont traversé nos classes, que nous y sommes un peu pour quelque chose. Alors continuons...

François Malliet