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Des restrictions budgétaires qui portent aussi un déni de la pédagogie

Communiqué du CRAP-Cahiers pédagogiques

7 décembre 2009

Le CRAP-Cahiers pédagogiques a participé ce lundi 7 décembre à la conférence de presse du collectif Un pays, une école, notre avenir qui s’est tenue au siège de la FCPE. Il s’agissait de présenter les résultats de la campagne de « cartes de doléances » pour dénoncer les 50 000 suppressions de postes qui touchent l’Éducation nationale depuis 5 ans, dont 16 000 prévus dans le projet de budget présenté à l’Assemblée nationale le jeudi 10.


Le collectif regroupe des organisations syndicales, mais aussi de parents, de lycéens, d’étudiants et des mouvements pédagogiques et d’éducation populaire, pour protester de concert contre une mesure qui n’est pas qu’une question d’arithmétique budgétaire. Attribuer aux enseignants des « services partagés », c’est-à-dire des cours à assurer dans deux, voire trois établissements différents, de nombreuses heures supplémentaires, recruter des contractuels envoyés devant les élèves sans aucune formation, autant de procédés administratifs qui permettent peut-être de maintenir le taux d’encadrement des élèves malgré les suppressions de postes, comme le soutient le gouvernement, mais qui sont dans les faits un déni de la pédagogie. Enseigner aujourd’hui, c’est plus que jamais travailler en équipes dans son établissement, avoir du temps pour accompagner les élèves, pour entretenir des relations avec les familles, pour se former, pour innover dans les approches des apprentissages. Les suppressions de postes signifient l’amoindrissement de tout ce travail hors de la classe et pourtant indispensable.

Le modèle de l’enseignement auquel aboutit cette politique, c’est un professeur seul devant une classe, qui « transmet » des savoirs au sens le plus étroit du terme, c’est-à-dire qui se contente de les présenter avec plus ou moins de brio aux élèves, à charge pour eux de comprendre et retenir ce qu’ils peuvent. Nul besoin alors de beaucoup de temps pour préparer des leçons à dicter, sans se soucier de vaines questions comme la motivation des élèves ou les difficultés d’apprentissage : les plus « méritants » s’en sortiront toujours. Nul besoin de temps pour se concerter avec les autres enseignants, s’impliquer dans la vie de l’établissement, se soucier de l’éducation au sens large de tous les élèves : on enverra les « équipes mobiles d’intervention » pour maintenir l’ordre. Nul besoin de formation professionnelle, s’il suffit de répéter les mêmes cours d’année en année à des élèves anonymes à qui on ne demande que d’écouter et de répéter. Et on retrouve là la logique des mesures dites de « masterisation » dans la formation initiale des enseignants, réduisant l’apprentissage du métier à la maitrise d’une discipline universitaire, comme si l’enseignement n’était qu’affaire de talent personnel.

C’est une logique d’ensemble qui tourne le dos à des années de réflexion et d’efforts pour faire évoluer le métier enseignant, qui va aboutir à une école rabougrie, laissant sur le bord du chemin bien des élèves et surtout les moins à l’aise à l’école. Un déni de la pédagogie qui signifie aussi un abandon de l’objectif de la réussite de tous les jeunes.


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