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N°484 - Au lycée professionnel

Des lycées en effervescence

Par Sabine Coste


Depuis la parution du précédent dossier des Cahiers pédagogiques sur le sujet, en 2000, les changements successifs de la « voie professionnelle », souvent passés sous silence, ont largement modifié le travail des enseignants. La rénovation de la voie professionnelle prévoit, à la rentrée 2009, la généralisation du baccalauréat professionnel en trois ans et du dispositif d’aide et d’accompagnement. Le LP rénové offre, désormais, deux cycles de formation distincts : un cycle court (deux ans) prépare au certificat d’aptitude professionnelle (CAP) et quelques rares brevets d’études professionnelles (BEP), en parallèle d’un cycle de trois ans conduisant au bac pro, avec la possibilité d’obtenir un diplôme intermédiaire.
Afin de répondre à une politique d’élévation du niveau général de qualification des élèves, les LP ouvrent, encore plus aujourd’hui, leurs portes à des élèves dont les parcours sont divers : issus d’une classe de 3e Segpa, de collège, ayant suivis, ou non, l’enseignement de découverte professionnelle, de trois ou six heures (DP3, DP6), d’une UPI ou d’une classe-relai, ou encore réorientés après un passage au lycée général ou technologique.
Variété du public, qui se conjugue à la variété des spécialités professionnelles. Certaines sections sont plus attractives et retiennent les meilleures candidatures à l’entrée, alors que d’autres peinent à remplir leurs effectifs en accueillant des élèves subissant leur orientation.
Variété enfin des organisations. Le « lycée des métiers » a vocation à regrouper des élèves en formation initiale comme des adultes en formation en Greta ou des élèves de la voie technologique. Structures mixtes, établissements à petite dimension regroupant peu de spécialités, ou encore de l’enseignement agricole : autant de conditions d’enseignement qui influencent aussi le travail des enseignants.
Les professeurs de LP, déjà amenés à modifier leurs pratiques par des enseignements transdisciplinaires (les projets pluridisciplinaires à caractère professionnel, PPCP) ou de nouvelles modalités d’évaluation (le contrôle en cours de formation, CCF), sont les expérimentateurs de nouveaux dispositifs. Ce dossier interroge les différentes facettes du travail : comment les enseignants ajustent leur travail pour intégrer les dernières prescriptions ? Quelles ressources mobilisent-ils ?
Dans ce dossier, les très nombreux témoignages d’enseignants et des personnels avec lesquels ils travaillent montrent que le LP est un réservoir de nouvelles façons d’exercer le métier, lieu d’une véritable effervescence professionnelle.
Comment font les enseignants pour intéresser les élèves des LP dans toute leur diversité, souvent fâchés avec les activités scolaires au sortir du collège ? Les articles regroupés dans la première partie décrivent des pratiques et des dispositifs d’une grande inventivité pour leur redonner l’envie d’apprendre en se centrant sur les contenus disciplinaires ambitieux, en proposant des formes pédagogiques originales.
Cela passe aussi par un travail spécifique sur le parcours de ces élèves, qui fait l’objet de notre deuxième partie, et d’abord par une collaboration en amont avec les collègues de collège pour donner à l’orientation vers la voie professionnelle un réel statut de sujet d’enseignement. Le souci de prévenir le décrochage et son antichambre, l’absentéisme, est également constant, justifiant la mobilisation de tout un établissement dans différents dispositifs à coordonner. Tout cela implique, là aussi, un élargissement des compétences professionnelles des enseignants.
Enfin, troisième partie, comment les enseignants s’adaptent-ils aux nouvelles prescriptions, le bac pro en trois ans, les nouveaux programmes disciplinaires, etc. ? Des réserves, mais pas de refus, des traductions dans les pratiques, mais qui passent toujours par des réappropriations spécifiques selon l’existant, le contexte, avec comme constante le souci d’un « bon travail », utile aux élèves.
L’ensemble des témoignages, réflexions et analyses, publiés dans ce numéro de la revue ou mis à disposition sur notre site Internet, montre que le LP est un véritable terreau d’innovations, que le métier ne cesse de s’ajuster, de se transformer aux rythmes des politiques éducatives. Si nul ne nie les difficultés et les inquiétudes, c’est bien l’optimisme de l’action qui domine, comme le souligne Aziz Jellab dans son plaidoyer au terme de ce dossier.

Sabine Coste
Chargée d’études et de recherche, INRP, Lyon