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L’actualité éducative du N°451 de mars 2007

Des lycéens moins égaux que d’autres

Dans le cadre d’une vaste campagne, l’Union nationale des lycéens a publié en décembre 2006 les résultats d’une enquête CSA sur le salariat lycéen. Questions à Floréale Mangin, présidente de l’UNL.

Quelle est la part des lycéens qui paient leurs études avec les « petits boulots » qu’ils exercent ?

Il y a environ 20 % des lycéens qui sont salariés. Parmi ces lycéens, 13 % déclarent en avoir besoin pour vivre, c’est-à-dire pour payer leurs études mais également dans leur vie quotidienne. Ces lycéens se salarient donc pour aider leurs parents à acheter à manger, payer leur loyer, etc. Même si c’est la première étude nationale qui est menée, des enquêtes régionales avaient été réalisées et l’on constate que la part des lycéens qui travaillent est en augmentation, et avec elle, la part des lycéens qui en ont besoin pour vivre.

Comment se fait-il que les lycéens du xxie siècle soient plus dépourvus d’argent que ceux des années quatre-vingt ? Paupérisation des familles modestes ? Changements des mentalités : pour un jeune, la vie sans (assez) d’argent n’est pas la vie ?

Depuis les années quatre-vingt, il y a eu une forte inflation qui n’a pas été suivie d’une augmentation des salaires des familles. La conséquence directe est une baisse de pouvoir d’achat, entraînant une baisse du niveau de vie. Le nombre de familles « en difficulté » n’a donc pu qu’augmenter. C’est en partie ce phénomène qui pousse les lycéens à se salarier.
Parallèlement, nous sommes dans une société de consommation, où de nouveaux produits se commercialisent chaque jour. Afin de pouvoir les acheter, les lycéens qui ont peu de moyens ont une raison supplémentaire de travailler.
Enfin les lycéens sont de plus en plus désireux d’être autonomes de leurs parents. Au lieu de demander toujours de l’argent de poche ou une certaine somme chaque fois qu’ils ont une envie, certains préfèrent travailler. C’est pour eux une forme d’indépendance.
C’est la rencontre de ces phénomènes qui poussent les lycéens à se salarier en dehors des cours.

Dans le cadre de votre campagne, vous parlez aussi de « révolution pédagogique » et de « réforme de la démocratie lycéenne » ; que demandez-vous ?

Aujourd’hui, tout au long de sa formation, l’élève est plutôt passif. Les cours sont souvent magistraux et une faible place est donnée à l’initiative personnelle. En première, deux heures par semaine, durant un peu plus d’un trimestre, sont consacrées à la réalisation de travaux personnels sur un sujet choisi par l’élève et couplant deux matières (les TPE) ; de telles pratiques doivent, selon nous, se multiplier et la mise en relation de plusieurs matières doit être plus fréquente. On doit pouvoir remettre les lycéens au cœur de leur apprentissage, favoriser les initiatives et la réflexion personnelle dans les établissements.
De la même manière, il existe des conseils de la vie lycéenne qui permettent aux lycéens de s’exprimer et de participer à la vie de leur établissement. Malheureusement, leur avis n’est que consultatif, laissant alors penser aux lycéens que ces instances ne sont pas utiles. L’élection des représentants est alors souvent « boudée », l’abstention étant très forte. Nous voulons donc qu’une place plus grande soit donnée à la voix des lycéens en renforçant notamment le poids des instances démocratiques lycéennes dans les décisions prises, mais aussi en sensibilisant les lycéens aux actions qu’il est possible de mener dans ce cadre.

Propos recueillis par Florence Castincaud.


Site de l’UNL : http://unlyceens.jexiste.fr/