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Remise du rapport à la ministre des Droits des femmes

«  Des filles, des garçons et des stéréotypes.  »

Genièviève Pezeu

22 janvier 2014

«  Lutter contre les stéréotypes filles-garçons, un enjeu d’égalité et de mixité dès l’enfance  » : c’est le rapport remis à la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, par le Commissariat général à la stratégie et la prospective (CGSP), mercredi 15 janvier. Le CRAP-Cahiers pédagogiques était invité. Ce rapport est un travail conséquent qui s’appuie sur les dernières données et recherches pour, à la fois révéler les effets cumulatifs des contraintes fermant les choix des possibles des garçons et des filles, et présenter trente propositions de réponses et solutions.


Jean Pisani-Ferry, économiste et commissaire général du CGSP depuis sa création en avril 2013, a très sobrement remis l’ouvrage à la Ministre avant de laisser la parole aux coordinatrices du rapport. http://www.strategie.gouv.fr/blog/w...

Marie-Cécile Naves et Vanessa Wisnia-Weil présentent alors les deux volets de leurs analyses portant sur l’orientation, les métiers et sur l’enseignement, pour couvrir l’ensemble de la vie quotidienne des enfants et des adolescents. C’est une réflexion transversale aux problèmes des stéréotypes qui a le mérite de montrer tous les interstices dans lesquels ils se construisent. L’objectif assumé est de se départir de la neutralité effective des institutions publiques pour inciter des politiques volontaristes qui font leurs preuves, ici, comme ailleurs en Europe. Un exemple : le nouveau chiffre de la part des femmes ingénieures françaises est désormais de 34 % (27 % en 2009) alors qu’en 1982 on l’estimait à 3 %.

Des inégalités au nom des différences

Les inégalités socio-économiques significatives entre hommes et femmes perdurent. C’est encore plus prégnant dans les milieux populaires et défavorisés. L’épanouissement, les choix de vie sont influencés par une multitude de micro-incitations du milieu familial, du milieu scolaire, de l’institution éducative qui accompagnent toutes les représentations stéréotypées nourries depuis la petite enfance.

Changer les regards pour un changement global des mentalités doit viser aussi bien les garçons que les filles. Assurer des approches systémiques doit permettre de lutter contre l’effet de circularité des inégalités sexuées, qui se perpétuent au nom des différences.

Ainsi ce rapport s’articule autour de six thèmes et chapitres. Dans le premier, la socialisation des jeunes enfants mérite davantage d’implication des pères et de la mixité dans les métiers de la petite enfance. Dans le second chapitre, c’est l’insuffisante mixité des métiers qui pénalise surtout les jeunes moins qualifiés. On retrouve bien cette insuffisance dans les lycées professionnels et technologique où l’équilibrage ne se fait pas et ne bouge plus depuis trente ans ! «  Un verrou clé et un problème de justice sociale  ». Une voie pour faire évoluer les visions sexuées des métiers serait à exploiter en visant les jeunes adultes lorsqu’ils sont en situation de réorientation ou reconversion pour leur offrir d’autres voies moins marquées sexuellement et ainsi transgresser les normes professionnelles masculine à l’âge adulte.

Vers des sports qui valorisent les filles

Évidemment il est question de réviser ou de revisiter les outils pédagogiques, les pratiques et la socialisation scolaire pour lutter contre inégalités et discriminations filles-garçons. D’ailleurs, la quatrième partie interroge plus spécifiquement les pratiques sportives et culturelles. Par le biais de la médiatisation et de campagnes de sensibilisation, il faudrait réussir à changer les regards sur les pratiques sportives, peu ou pas mixtes, et dont les valeurs viriles de compétition, force, vitesse défavorisent les filles. Un autre levier est celui de la santé à travers le sport. Plus largement, l’analyse du cinquième chapitre sur la santé des jeunes est une des stratégies à exploiter pour combler les inégalités. Enfin le rapport interroge la segmentation par sexe qui s’est particulièrement développée ces dernières années dans les industries de l’enfance (fabriquant de jouets, littérature, presse et DVD).

L’objectif de ce rapport, commandé par le ministère des Droits des femmes, est d’apporter les éléments permettant de déterminer les grandes orientations à moyen et long terme. Mais il est certain que sans une volonté forte et bien affichée des décideurs publics les visions n’évolueront pas rapidement. Comme le conclut le commissaire, «  ce programme n’est pas des plus aisés à mettre en œuvre  ». Espérons toutefois qu’il soit lu et entendu… Nous pouvons espérer puisque, finalement, beaucoup plus d’invités que prévu ont assisté à cette manifestation, la salle était vraiment trop petite !

Geneviève Pezeu
Le rapport est consultable et téléchargeable sur : http://www.strategie.gouv.fr

N°487 - Filles et garçons à l’école

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Comment vont les filles et les garçons à l’école ? Les anciens débats sont loin d’être clos et de nouvelles questions apparaissent. L’école mixte est régulièrement mise en cause, accusée de desservir tour à tour les filles ou les garçons. La question des violences sexistes et homophobes préoccupe tous les acteurs de l’école. Les garçons ne sont plus des élèves génériques exemplaires sur lesquels il faudrait aligner les filles : ils ont eux aussi un sexe et subissent eux aussi l’influence délétère des stéréotypes sexistes.
À travers ce dossier, nous désirons rendre compte des débats actuels, et aussi mettre en lumière l’inventivité et la créativité de tous celles et ceux qui agissent en faveur de l’égalité entre garçons et filles.