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Découverte culturelle

Des bacs pro à la rencontre de la culture palestinienne

Cécile Raczynski et Clémence Boiteux

15 mai 2019

Grâce à un partenariat avec l’association Banlieues bleues, des élèves en terminale « Métiers de la mode » du lycée professionnel d’Alembert, à Aubervilliers (93), sont allés à la découverte de la culture palestinienne. Au cœur de ce projet mené par deux enseignantes, la chanteuse Kamilya Jubran et le poète Mahmoud Darwich.


Le lycée professionnel d’Alembert à Aubervilliers (93) et l’association Banlieues bleues, à Pantin (93), ont un partenariat qui se renouvelle année après année. Dans ce cadre, au cours de l’année 2018-2019, la professeure documentaliste et une enseignante de lettres et histoire-géographie ont monté un projet qui s’appuyait sur la présence de Kamilya Jubran, chanteuse et oudiste d’origine palestinienne, en résidence pour un an à La Dynamo. Cette ancienne fabrique industrielle, où Banlieues bleues tient sa permanence, a en effet été réhabilitée en un lieu de création et de diffusion musicale. 

Tout d’abord, les élèves ont travaillé sur un de leurs objets d’étude au programme de terminale, « Identité et diversité ». Ils ont commencé par interroger les notions centrales de cet objet d’étude, puis ils ont resserré leurs questionnements autour des identités et de la culture palestinienne aujourd’hui, au regard de l’histoire.

Ils ont pour cela réalisé des affiches au CDI (centre de documentation et d’information) sur les caractéristiques de la culture palestinienne : recherches sur l’histoire politique, la cuisine, la danse, la musique, les vêtements palestiniens, sans oublier une affiche « carte d’identité » de la Palestine (langue, religion, drapeau). Ils se sont posé les questions suivantes : « En quoi l’autre est-il semblable et différent ? » ; « Comment transmettre son histoire, sa culture, son passé ? » et « Doit-on renoncer aux spécificités de sa culture pour s’intégrer dans la société ? ».

Poèmes et documentaire

La deuxième séance a été consacrée à l’étude du poème Identité, de l’écrivain et poète palestinien Mahmoud Darwich, tiré du recueil Chroniques de la tristesse ordinaire, suivi de Poèmes palestiniens, paru en 1989 et traduit en français par Olivier Carré.

La troisième séance a été consacrée à la projection au CDI du documentaire Telling Strings sur la chanteuse et musicienne Kamilya Jubran (film communiqué par Hélène Vigny de l’association Banlieues bleues, avec l’autorisation de l’artiste et du réalisateur). Ce documentaire a permis aux élèves de mieux cerner l’histoire de la famille de cette artiste, les liens ténus et les identités multiples qui la traversent.

Les arts comme armes de résistance

Lors de la quatrième séance, Hélène Vigny a présenté aux élèves le festival de jazz et de musiques improvisées « Banlieues bleues », les différents espaces de La Dynamo (salle de concerts, jardin, studios de répétitions, cafétéria, etc.), l’artiste Kamilya Jubran et le projet Sodassi (qui signifie en arabe « hexagone » et « sextet »).

La séance suivante a été consacrée à la poésie, au chant et à la musique, avec la question de savoir comment ces arts peuvent constituer des armes de résistance. Cette séance s’appuyait sur un corpus de trois documents, afin de préparer les élèves à l’épreuve terminale du baccalauréat. Les élèves ont ensuite réfléchi sur les choix poétiques de Kamilya Jubran : ils ont travaillé sur trois de ses chansons, dont l’une a pour paroles un poème grec de Dimitri Amalis. Ils ont dégagé les principales caractéristiques de l’écriture poétique (images, figures de style et champs lexicaux).

Kamilya Jubran au CDI

Le 18 octobre 2018, les élèves ont rencontré Kamilya Jubran au CDI pendant une heure et demie. Ils se sont montrés très attentifs, ont posé de bonnes questions et ont réagi avec intérêt aux chansons interprétées par l’artiste. Cet échange a été riche d’interactions et a stimulé l’intérêt des élèves.

La séance suivante a été consacrée au projet Sodassi et aux influences des six jeunes artistes à l’origine de ce projet. Le soir du 16 novembre, les élèves ont ensuite fait l’expérience d’un concert de ces artistes à La Dynamo. Bien que surpris que tous les spectateurs ne soient pas assis, et regrettant que la DJ ait été peu mise en avant lors du concert, les lycéens d’Alembert ont apprécié le concert -et notamment le surtitrage qui permettait de comprendre la portée des paroles- et ont été particulièrement sensibles au slam d’un jeune chanteur israélo-palestinien.

Un projet prolongé

Devant ce succès s’est rajoutée au projet initial une rencontre-concert de Yom, un musicien d’origine juive et influencé par la musique klezmer, et deux musiciens associés, au CDI. Ces rencontres ont concerné les élèves de terminale mode et un groupe d’élèves relevant du dispositif MLDS (Mission de lutte contre le décrochage scolaire).

En amont, deux rencontres entre Hélène Vigny et les élèves ont eu lieu, occasions de faire un retour sur le concert de Sodassi, de présenter les instruments de Yom et d’écouter des morceaux de jazz. Cette écoute a permis à Hélène Vigny de faire un rapide historique et d’échanger avec les élèves sur ce qu’ils écoutent et sur ce que ces morceaux de jazz éveillent en eux.

Ce fut un contrepoint stimulant que d’écouter Yom au CDI. Ce concert a réuni dix-huit élèves qui ont fait montre d’une excellente écoute, soulignée par les musiciens. Ces derniers ont échangé avec les élèves sur leurs impressions et ont répondu à leurs questions sur les instruments. Cet échange, dans un cadre restreint, a effectivement permis aux élèves de faire part de leur ressenti, de ce qu’éveille ou réveille en eux une musique sans parole, où des mélodies lentes succèdent à des mélodies plus rapides : « J’ai reconsidéré ma vie », a même affirmé un élève à la fin d’un de leur long morceau.

Une expérience culturelle collective

Enfin, le 25 janvier dernier, une douzaine d’élèves s’est rendue, sur la base du volontariat, au concert de Yom à La Dynamo. Si certains des élèves ont regretté qu’il n’y ait pas eu de pause pendant les quatre-vingts minutes du concert, ayant été davantage surpris par les variations de rythme que lors de la rencontre et trouvant le concert peut-être un peu trop long, la plupart d’entre eux ont apprécié cette expérience culturelle collective.

Tant Hélène Vigny et les artistes que les enseignants ont été heureux de ce projet qui a enchanté les élèves et leur a permis de découvrir de nouveaux horizons poétiques et musicaux.

Cécile Raczynski et Clémence Boiteux
Enseignantes au lycée professionnel d’Alembert à Aubervilliers (93).

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Arts et culture : quels parcours ?
Pour donner aux jeunes un égal accès à l’art et à la culture, les derniers textes officiels concernant l’Éducation artistique et culturelle mettent l’accent sur la notion de «  parcours  », qui doit permettre à l’élève de se constituer une culture personnelle, développer son habileté artistique et rencontrer des artistes, des œuvres, des lieux.

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