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Recension parue dans le N°451 de mars 2007

Débattre à partir des mythes - À l’école et ailleurs

Michel Tozzi, Chronique sociale, Juin 2006.

7 mars 2007

La pratique du débat en classe s’est largement développée depuis quelques années, encouragée à l’école primaire par les programmes de 2002 qui la préconisent notamment en éducation civique et en littérature, et qui donnent une importance particulière à la réflexion sur les valeurs. Elle se nourrit aussi des « nouvelles pratiques philosophiques » qui, dans ou hors l’école, répondent au besoin de réfléchir collectivement sur des problèmes existentiels. À l’école, ces pratiques s’appuient souvent sur des ouvrages de littérature de jeunesse, ce qui pose parfois aux maîtres la question de savoir quand ils font du français et quand ils font de la philosophie.
Au croisement de ces deux ensembles, cet ouvrage s’appuie sur un travail collectif auquel ont participé une vingtaine des classes et des professeurs de philosophie. Il s’adresse d’abord aux maîtres de l’école primaire, des Segpa et à leurs formateurs, mais on ira faire un détour en lycée professionnel et au collège, et la démarche envisagée est transposable à tous les niveaux. Comme le dit le titre, il s’agit de « débattre à partir des mythes » et plus particulièrement des mythes grecs, notamment ceux qui ont été transmis ou inventés par Platon. La richesse culturelle du mythe, qui s’adresse à l’imagination et à la sensibilité, ainsi que sa portée symbolique, qui exige un travail rationnel d’interprétation, en font en effet un support privilégié. Ce sont aussi des textes authentiquement philosophiques qui, loin d’avoir été écrits à l’usage des enfants, font partie du patrimoine de nos sociétés.
Un premier chapitre est centré sur la méthode du débat à visée philosophique - ou réflexif - (DVP) indépendamment du support utilisé. Les objectifs de cette pratique encore innovante sont détaillés, à l’aide d’exemples.
Le corps de l’ouvrage propose une analyse de plusieurs mythes, tels l’allégorie de la caverne ou le mythe de Gygès... Le lecteur croisera ensuite Sisyphe, Antigone, le bateau de Thésée... Autant dire que l’auteur met la barre très haut et que la question qui se pose est « quelle version de ces textes lire et faire lire à de jeunes enfants ? » L’auteur et l’équipe qui l’entoure ont fait un choix clair et parfaitement assumé : ils ont réécrit les textes en cherchant à être fidèles à l’original (pour ne pas lui faire perdre de sa portée philosophique) et compréhensibles. Le livre fournit ces adaptations, qu’on peut discuter, mais en le replaçant dans le cadre plus large de l’adaptation pour la jeunesse d’œuvres classiques.
Les mythes sont analysés et les principaux éléments d’interprétation sont indiqués. On cite les questions qui ont émergé dans des classes, on se centre sur la mise en œuvre pédagogique à travers des témoignages d’enseignants qui rendent compte de leur pratique en l’analysant ou des scripts de débats. L’articulation entre l’écrit et l’oral n’est pas oubliée : tantôt l’écrit sert de support à la pensée, tantôt il intervient au moment de la synthèse et du bilan du débat.
Apports théoriques (l’histoire et le sens du mythe, les questions qu’il soulève) et apports méthodologiques s’enrichissent mutuellement, mais ce que j’ai personnellement trouvé le plus précieux, c’est la façon dont l’élève est mis au centre du livre, avec ses questions sur les textes, la façon dont il s’approprie le dispositif (où il peut, à côté du rôle de discutant, être président de séance, synthétiseur, etc.), la façon dont la pensée du groupe se construit et progresse dans l’échange. On « voit » les élèves, on les entend... Tout cela est concret, incarné.
Citée dans l’ouvrage, une élève, Sonia (9 ans) disait, lors d’un bilan de fin d’année : « Un DVP ça sert à être plus intelligent parce que quand tu vois l’intelligence des autres, t’as envie d’être plus intelligent ». Un programme que cet ouvrage peut nous aider à mettre en œuvre avec nos élèves.

Élisabeth Bussienne