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Avant-propos du n° 539 - Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée

De la machine au cœur

Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével


Dans les établissements scolaires (ces machines bien huilées, pensées à l’identiques d’un bout à l’autre du pays), l’organisation du travail et des relations professionnelles a-t-elle évolué ? En 1985 naissaient les EPLE (établissements publics locaux d’enseignement) et avec eux, la promesse de plus d’autonomie. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Est-ce un mirage qui s’éloigne dès qu’on s’en approche ? Une construction dangereuse pour le système dont il menace l’unité et pour les individus puisqu’il empiète sur leur liberté ?

De nombreux articles témoignent de la recherche d’une plus grande autonomie de décision au sein des établissements. Elle concerne le leadeurship. Quelle en serait l’image pour le directeur ou le principal ? Le guide éclairé, le chef d’orchestre, le commandant de bord ? Elle met en évidence la patiente construction des équipes pédagogiques et éducatives pour faire évoluer l’organisation du travail, en réunion, en équipe, en classe. Elle insiste sur l’indispensable professionnalisation des personnels dans un système de plus en plus complexe.

Tous les auteurs, de manière plus ou moins explicite, soulèvent la dimension politique : l’autonomie, le pouvoir d’agir, pour quoi faire ? Un projet conservateur, libéral ou accueillant la diversité sociale ? Une liberté pour rester seul ou travailler ensemble sur les pratiques professionnelles ? Continuer à avancer dans le brouillard ou évaluer ensemble les avancées et en rendre compte ? S’éviter, se déchirer dans des conflits de personnes ou élaborer ensemble et avec rigueur des réponses ? Autant de questions qui montrent le besoin de nouveaux outils, de nouvelles règles du jeu.

De nouveaux modèles sont en train d’émerger et peuvent s’appliquer aux écoles et aux établissements du second degré. Ils conçoivent nos organisations comme des organismes vivants à part entière, avec chacun leur raison d’être. Des systèmes évolutifs nourris par l’énergie que les humains viennent y mettre. Les tensions n’y sont plus des problèmes, mais des signaux pour s’ajuster, comme lorsque notre corps nous envoie une douleur, un état d’âme ou une émotion. Les organes de ce système jouent alors des rôles en fonction des besoins de l’ensemble. Chaque rôle est indispensable à la totalité, comme la cellule est indispensable au cœur, et le cœur au corps. L’ensemble est supérieur à la somme de ses parties, à l’image de la complexité du vivant. Chacun et chacune est alors invité à dissocier sa fonction de sa personne, permettant ainsi de se dégager des parasitages affectifs. La gouvernance est distribuée : heureusement, le cœur et les autres organes n’attendent pas chaque matin les instructions pour se mettre au travail et assumer leur part de responsabilité.

Les auteurs de ce dossier vous invitent à entrer progressivement dans cette nouvelle configuration, en questionnant la notion d’autonomie, en traquant les inconvénients pour mieux les retourner en avantages. Ils vous invitent à repérer les maitres mots qui reviennent dans les textes : construire la confiance, accompagner les élèves et les professionnels, libérer l’initiative, assumer ses responsabilités, proposer des réponses cohérentes, des organisations libérées et efficaces, des institutions dynamiques, etc. Ils vous proposent de nouvelles pistes pour une meilleure qualité de vie et l’accomplissement tant des individus que du collectif.

Sur la librairie

 

Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels.

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