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N°485 - Dossier "La vie scolaire : l’affaire de tous ?"

De l’intérêt pour la documentaliste de participer à la formation des délégués

Par Carole Lepelletier

Une professeure-documentaliste fait part de son expérience de membre de l’équipe de formation des délégués de son lycée : une occasion d’expérimentation pédagogique, une possibilité aussi de travailler dans un groupe de projet multidisciplinaire, avec en particulier les CPE.

Notre lycée dispose d’un CDI important et de deux postes de professeurs documentalistes, ce qui permet de nombreuses coopérations. Sur le volet de la formation des délégués, l’équipe de formateurs attend beaucoup du dynamisme du CDI, même si la formation est impulsée depuis de nombreuses années par l’équipe de la Vie scolaire et donc les CPE. Conscients que des délégués de 2de, nouveaux lycéens, pouvaient être désemparés par une fonction dont ils ne maitrisent pas les attendus, et soutenus par une direction qui reconnait l’intérêt de délégués conscients de leur rôle, ils ont mis en place une formation des délégués de 2de sur trois demi-journées. Sollicitée par les CPE, j’ai rejoint l’équipe de formation lors de mon année de PLC2, et découvert l’importance de ces modules pour les nouveaux élus.
L’idée est avant tout d’éviter d’avoir des délégués passifs ou encore des « partenaires qui s’esquivent » [1] et cette nécessité de formation des délégués s’appuie sur le projet d’établissement : les axes évoquent l’autonomie dans le travail ainsi que le développement de la solidarité, avec un accent mis sur l’aide aux élèves en difficulté. Pour ces deux points, des délégués formés sont un atout et un support de toute première importance. Lors de ces heures d’animation pédagogique, j’ai apprécié les relations particulières créées non seulement avec les élèves délégués de 2de, mais aussi avec les élèves élus du Conseil des délégués pour la vie lycéenne (CVL), les enseignants ou les CPE faisant partie de l’équipe de formation. C’est aussi pour cela que je me suis beaucoup investie dans le projet, au point de mener une véritable réflexion sur la coopération vie scolaire/CDI, et sur la place du documentaliste dans une telle formation.
Le contenu de la formation a fait l’objet d’un questionnaire-diagnostic, distribué aux professeurs puis aux anciens délégués-élèves.

Des contenus de formation élaborés en commun

Les différentes réponses laissent penser que, si la formation semble globalement intéressante aux élèves concernés, leurs attentes sont très précises. Si on veut pouvoir y répondre, il faut construire un projet pertinent. La formation des délégués ne peut pas s’improviser. Pour assurer son succès, il faut proposer des séquences motivantes avec de véritables savoirs mis en jeu, s’appuyer sur une équipe de formateurs, véritable groupe de projet où chacun peut mettre en avant sa spécificité.
Trois séances de quatre heures permettent de faire progresser les délégués élèves dans leur pratique au fur et à mesure de l’année. Le programme de cette formation est élaboré en étroite collaboration avec le CVL qui délègue chaque année plusieurs de ses membres pour participer à ces formations en tant que formateurs : c’est une véritable richesse de l’équipe que de voir des professeurs et des élèves travailler ensemble pour organiser ces séances. La dynamique pédagogique n’en est que plus riche, et la diversité également, puisque chaque année les exercices sont réactualisés, les dispositifs réinventés. Les élus du CVL se révèlent souvent une force de proposition constructive à canaliser et formaliser, ce qui est d’ailleurs très stimulant pour toute l’équipe !
Sans surprise, on constate à chaque fois que les séances ayant retenu le plus l’attention des élèves sont celles utilisant une pédagogie innovante : l’année passée, pour 56 % des délégués, la séance la plus marquante a été celle où ils ont dû réaliser une vidéo sur leur rôle de délégué aujourd’hui et... en 2050.
La première séance a lieu avant les premiers conseils de classe. Y sont présentés le rôle du délégué (interlocuteur privilégié parmi ses pairs, il est informateur, animateur, mais aussi évaluateur), la place de leur parole et de leur écoute, puis le déroulement d’un conseil de classe au lycée. Pour les deux séances suivantes, le programme est élaboré à l’aide de questionnaires proposés aux délégués élèves : ils peuvent ainsi être acteurs de leur formation, même si leur choix porte sur des propositions listées et provient rarement de propositions spontanées. Ces propositions permettent, par le biais de modalités variées, d’aborder des thèmes divers : la communication orale ou écrite, mais aussi la citoyenneté ou encore la gestion des situations extrêmes et conflictuelles.

Une formation en situation

L’équipe des formateurs s’autorise aussi à imposer un exercice si le besoin s’en fait sentir. Le compte-rendu du conseil de classe aux autres élèves est par exemple un exercice qui demande un peu de préparation puisque ces informations, communiquées parfois maladroitement à leurs camarades remontent ensuite aux parents, avant de revenir éventuellement aux oreilles des CPE… Nous avons construit cette année un exercice « maison » qui permettait de mettre en évidence les travers de ces comptes-rendus par un jeu de rôle : un conseil de classe fictif d’une dizaine de minutes était joué devant deux « couples » de délégués. Un des binômes pouvait prendre des notes, l’autre pas. Ces binômes étaient ensuite chargés chacun de faire le compte-rendu successivement à six paires de délégués. La sixième équipe faisait ensuite un compte-rendu devant le groupe des délégués élèves au complet, et on visionnait ensuite le film du conseil de classe fictif. Les conclusions de l’exercice permettaient de mettre en lumière la pauvreté des notes prises par les élèves, mais aussi le biais que l’on donnait forcément à tout compte-rendu, et l’importance du choix des mots.
Saynètes, brainstorming, travail en groupe, vidéo, débats, diaporamas : autant de supports différents que l’on peut utiliser dans ce genre de formation regroupant des élèves de même niveau. D’autres séances sont bien sûr possibles, qui permettent de mutualiser ensuite à tous les élèves du lycée – ou au moins à toutes les 2des – le travail effectué pendant ces demi-journées. Nous préparons actuellement pour la fin de l’année une séance pendant laquelle les délégués de 2de seraient sensibilisés au problème de l’alcool et prépareraient ensuite une campagne visant à modérer son usage en utilisant les moyens mis à leur disposition au sein du lycée (télévision de l’établissement, affichage, site Internet, mais aussi plaquette à destination des parents ou encore vidéoreportage pouvant servir de base à un débat).

Le CDI, lieu de formation

Dans ce genre de séance, le CDI peut prendre toute sa place de lieu de documentation et d’information pour les élèves, qui construisent leur rôle de porte-parole et le mettent au service de la communauté de l’établissement tout entière. On peut ainsi promouvoir le lieu CDI, lieu de connaissance, de culture et de travail, mais aussi lieu de services, « carrefour, […] forum [...] prêt à de multiples utilisations. » [2] Il peut permettre de rendre plus visibles le travail des délégués et leur formation, et être exploité comme lieu d’affichage ou d’expositions. Le CDI véhicule une image forte en tant que « fiche d’identité de l’établissement » [3]. Lors de ces formations, le professeur documentaliste peut donc transmettre une image et un message identitaires construits et validés avec la direction à travers le projet d’établissement. Les délégués, retranscrivant ensuite le message à leurs camarades deviennent vecteurs des valeurs de leur lycée. La présence du professeur documentaliste, acteur dans l’écriture du projet, aux côtés des autres formateurs, permet plus de vigilance dans les propos et les dynamiques.

Apprendre à communiquer

« L’école est une entreprise de communication » et il faut que les élèves, et en particulier leurs délégués, soient des communicants efficaces, nouant des relations fondées sur « un respect mutuel et sur des propositions de collaboration entre les enseignants et les jeunes » [4]. Dans le questionnaire proposé en début d’année, on pouvait déjà pointer de nombreux items laissant transparaitre un besoin de formaliser la communication, de gérer l’information : le statut et le rôle des délégués sont d’ailleurs fondés sur la gestion et la transmission de l’information et donc sur la relation aux autres. « C’est en cela que les professeurs documentalistes sont pratiquement indispensables à la formation. C’est sur cette compétence au niveau de toutes les techniques qui peuvent être mises en œuvre sur les modes, la recherche, le choix, l’évaluation et les formes de l’information et de la communication que l’enseignant documentaliste trouve une place légitime et essentielle dans l’équipe. »
Cette fonction de « communication » et celle de « mise à disposition » sont d’ailleurs les deux premières fonctions du professeur documentaliste citées par Françoise Chapron lors de son intervention au séminaire de la FADBEN en 1990 [5]. La troisième fonction citée dans ce document est celle du « transfert d’information » : apprentissage de la prise de notes, de la synthèse et de la communication des informations. On voit bien alors les intérêts de se rencontrer, et la place du professeur documentaliste se dessiner comme une évidence au sein de cette équipe.
De plus, nous avons évidemment une mission d’éducation, que je vois aujourd’hui comme un moyen et non comme un but : l’enseignant documentaliste peut y trouver matière à travailler des compétences importantes ensuite dans la vie du CDI, mais aussi dans le rapport des élèves à l’information et à la documentation. Et c’est aussi parce que notre expertise dans ces domaines n’est pas toujours reconnue que l’on peut gagner beaucoup à participer à cette formation.
Damien Durand, inspecteur d’Académie et inspecteur pédagogique régional vie scolaire qui a longtemps coordonné la rédaction du manuel Délégué Flash, dit que « la place du professeur documentaliste au sein de l’équipe de formateurs est naturelle : un professeur parmi ses collègues... Cela va de soi, mais mérite peut-être d’être rappelé [...] ! Avec sa spécificité de documentaliste, ce professeur devient une ressource très utile, à divers degrés. Proposer une documentation aux formateurs de l’équipe, et proposer des ressources aux délégués sont deux tâches prioritaires. Mais il en existe d’autres ; apporter des compétences en matière de formation est également nécessaire : prise de parole, synthèse de dossier, animation de réunion, jeu de rôle, etc. » [6]
De plus, la formation des délégués est un formidable lieu d’expérimentation pédagogique et une possibilité de dynamiser nos pratiques en travaillant dans un véritable groupe de projet multidisciplinaire. Elle est aussi un moyen de « faire passer l’apprentissage d’une logique de programme à une logique de projet » [7]. Enfin, elle nous permet de développer nos rapports avec les CPE, qui en sont le pilier, et qui sont nos partenaires naturels dans cette problématique de concertation.

Carole Lepelletier
Professeure-documentaliste en lycée à Meylan (Isère)


[1Robert Ballion, Le lycée, une cité à construire, Hachette Éducation, 1993.

[2Michel Poupelin, Marie Monthus, Guide à l’usage des documentalistes : et de leurs partenaires dans l’établissement, Hachette Éducation, 1993.

[3Françoise Leblond, Les nouveaux documentalistes, Ellipses, 1994.

[4Colette Crémieux, La Citoyenneté à l’école, nouvelle édition actualisée, Syros, 2001.

[5Quel profil professionnel pour les documentalistes des CDI des établissements scolaires du second degré ? : Séminaire des 9 et 10 novembre 1990. FADBEN, 1990.

[6Extrait d’un mail de Damien Durand reçu dans le cadre de mes recherches pour mon mémoire PLC2, 01/12/2009

[7Rôle et enjeux des centres de documentations et d’information dans l’innovation pédagogique en Région Rhône-Alpes (Académie de Lyon), janvier 1998. Disponible en ligne.


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