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N° 508 Apprendre à chercher, chercher à apprendre

De l’accès à l’information à des savoirs intégrés

Lydie Heurdier-Deschamps et Jean-Michel Zakhartchouk


Comment nos élèves agissent-ils lorsqu’ils sont confrontés à une tâche de recherche, de tri et d’exploitation d’informations ? Comment procèdent-ils, selon les supports, les objectifs, leurs habitudes sociales et culturelles ? Comment peut-on les aider à se construire ces compétences info-documentaires, si essentielles dans le monde d’aujourd’hui où l’information est omniprésente, mais aussi instable et mouvante ? Et surtout lorsqu’il s’agit d’élèves ne disposant pas des ressources matérielles et culturelles attendues.

Avec les supports numériques, nous sommes passés de l’ère de la rareté des ressources documentaires à l’ère de la profusion. Mais s’il s’agit bien de prendre en compte les pratiques réelles des élèves, à l’école et en dehors, il faut déconstruire le mythe des digital natives, faire la part des usages ludiques et de ce qui relève de la recherche documentaire. Loin de se réduire à la maitrise des outils et des technologies, les compétences informationnelles requièrent de mobiliser des savoirs, de pratiquer une lecture efficiente et adaptée, d’élaborer des inférences. Analyser un sujet, choisir des mots clés, définir une stratégie de recherche, problématiser ce qu’on lit, classer, catégoriser, reformuler à l’écrit ou à l’oral, un grand nombre d’opérations cognitives sont en jeu une fois que les documents sont là. Toute recherche documentaire a un cout cognitif. L’adulte présent doit guider, accompagner, encourager, il doit créer les conditions de la mobilisation de l’élève. Il doit organiser des parcours, développer une pédagogie du questionnement, sensibiliser aux procédures et aux démarches. Valider le B2i et le socle commun, certes, mais, plus largement, former des citoyens critiques, capables de chercher et d’apprendre en cherchant.

Ce dossier est centré sur les situations de recherche d’informations construites et vécues pendant le temps scolaire, et, avant tout, pendant les heures de cours. Comment s’appuyer sur la pratique du copier-coller pour la dépasser, prendre en compte le recours systématique à Google et Wikipédia pour en faire un usage adapté aux élèves, à la consigne, à l’objectif d’apprentissage ? Démarches mises en œuvre de la maternelle au lycée, voire au supérieur, en France ou à l’étranger. Notre dossier présente également des outils qui se diffusent et circulent, à tous les niveaux et dans tous les types d’établissements : cartes mentales ou heuristiques, tableaux, outils d’évaluation de l’information, etc.

Les compétences à construire et à mettre en œuvre au quotidien concernent l’ensemble de l’équipe pédagogique, professeurs documentalistes ou non, littéraires et scientifiques. Les stratégies d’apprentissage, les dispositifs pédagogiques varient, s’adaptent au public, à son âge, au contexte local, mais il y a unanimité sur l’importance d’une formation précoce, transversale, progressive et systématique.

À travers une grande diversité de pratiques, d’analyses, de propositions, apparait ici ce qui se fait réellement dans les classes ou les CDI (centre de documentation et d’information), loin des diatribes virulentes contre les moteurs de recherche, mais loin aussi des hymnes aux saintes TICE (technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement) qui régénèreraient l’école. Il est surtout question de pédagogie, et de pédagogie active, indispensable pour former un citoyen critique, pour mettre fin à la fracture numérique grandissante, pour mettre vraiment en œuvre le socle commun qui doit intégrer davantage, y compris dans sa réécriture en cours, cette dimension essentielle du travail sur les compétences info-documentaires.