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Dans le futur débat sur l’école, le problème des rythmes scolaires

par François Testu, Professeur des Universités en psychologie, Université de Tours

13 octobre 2003

Tous les ans, à la fin des vacances d’été, la question des rythmes scolaires est posée sous des formes différentes, mais le temps passant ces velléités de changement disparaissent.

Que veulent donc les adultes en souhaitant modifier ainsi les emplois du temps scolaire qu’ils avaient imposés à leurs jeunes, il y a bon nombre d’années ? Auraient-ils des remords ? Auraient-ils décidé de ne plus imposer que leur seule loi, de ne plus satisfaire que leurs seuls intérêts, de considérer enfin le jeune et de respecter ses rythmes ? Plus généralement, auraient-ils admis que l’expression « rythmes scolaires » est elle-même ambiguë et qu’elle peut être comprise d’au moins deux manières ? Soit, les rythmes scolaires sont assimilés aux emplois du temps scolaire, soit, ils sont définis comme des variations périodiques de processus physiologiques, physiques et psychologiques des jeunes en situation scolaire. D’une part, nous sommes en présence d’une rythmicité environnementale, et d’autre part, d’une rythmicité propre aux élèves, aux êtres humains. Tout le problème consiste alors à concilier ces deux types de rythmicité, à proposer des emplois du temps scolaire, mais également périscolaires, qui soient en harmonie avec les rythmes de vie du jeune.

Mais, lorsqu’il est projeté de réaménager en premier la semaine alors que les rythmes annuels et journaliers, les plus nombreux, sont ceux qu’il faut d’abord respecter, on peut en douter. Il n’est pas possible de considérer la semaine sans prendre en compte l’année et la journée. Or, quelques adultes ont seulement porté leur réflexion sur la seule période hebdomadaire, adultes qui, par ailleurs préconisent la semaine de 4 jours ! Dans l’intérêt du jeune ? Certainement pas ! Parents, enseignants, décideurs, il faut que vous sachiez que les scientifiques spécialistes des rythmes biologiques et psychologiques ont montré que la semaine de 4 jours « secs » sans politique d’accompagnement péri et extra-scolaire, sans Contrat Éducatif Local (C.E.L.) par exemple, ne fait qu’accentuer et allonger les effets perturbateurs du week-end sur l’adaptation à la situation scolaire. Habituellement ressentis chez certains jeunes le lundi, ils perdurent jusqu’au mardi midi.

Il faut également savoir que si le volume horaire d’enseignement hebdomadaire demeure le même, la répartition de l’enseignement sur 4 jours engendre une réduction des « petites vacances » et/ou un allongement du premier trimestre. Qui peut résister à un premier trimestre débutant fin août et représentant environ 45 % du temps scolaire annuel, coupé à la Toussaint jusqu’à cette année, par une seule petite semaine de congé, insuffisante pour la récupération ? Pour que le jeune se sente vraiment en vacances et en profite pleinement, il faut environ une semaine. C’est seulement après cette période de transition qu’il oublie le réveil provoqué, l’école, les soucis quotidiens, le stress environnemental et qu’il se réveille plus tard, dort mieux, se repose et se détend. Il semblait que nous avions été entendus puisque dans la première proposition de calendrier scolaire de 2004 à 2007 les vacances de la Toussaint devaient durer 2 semaines. Mais cette écoute ne fut qu’éphémère puisque le ministère de l’Éducation nationale a décidé de revenir à 10 jours. Quelle reculade ! Que d’arguments fallacieux pour la justifier ! Une fois de plus, les intérêts adultes l’ont emporté ! Il faut alors avoir le courage de dire qu’à cette période de l’année, la mer est froide, la neige absente et la campagne jaunissante !

De plus, toujours à propos de la semaine de 4 jours, accorder une demi-journée supplémentaire de congé n’est pas profitable à tous les jeunes. La libération du temps n’est pas forcément synonyme d’épanouissement, d’éveil et d’intégration. Au contraire ! Elle peut accentuer les différences. Certains profitent pleinement de la libération du temps parce que le milieu culturel environnant, le tissu associatif le permettent. D’autres, faute d’encadrement familial, faute d’une politique socioculturelle accessible à tous, subissent le temps libéré. L’école républicaine ne peut être inégalitaire, ni à deux vitesses.

Alors comment des défenseurs de l’école laïque, gratuite et obligatoire, comment des responsables syndicaux peuvent-ils réclamer une telle organisation du temps scolaire ?

En attendant les résultats de futures recherches encore plus centrées sur les rythmes de vie des jeunes, je rappellerai toutefois que les recherches en chronobiologie et chronopsychologie permettent de constater que les rythmes de l’élève ont sur tout été mis en évidence sur la période journalière et que ce sont principalement les élèves confrontés aux difficultés scolaires, ne maîtrisant pas la tâche qui présente les fluctuations les plus marquées. L’aménagement du temps peut alors constituer l’un des moyens de lutte contre l’échec scolaire. Fort heureusement, les élèves en situation d’échec scolaire, sont minoritaires, mais évitons d’opter pour des emplois du temps, des calendriers scolaires qui les rendraient majoritaires !

Comment ?
- En interdisant la semaine de 4 jours (première proposition)
- En respectant les rythmes journaliers du jeune (deuxième proposition). C’est principalement dans la journée qu’est mise en évidence la rythmicité. Alors pourquoi vouloir d’abord modifier la semaine de 4 jours de classe ?
- En allégeant le temps scolaire journalier, notamment pour les plus jeune (troisième proposition). Il est aberrant que des enfants de 4/5 ans soient autant présents à l’école que des jeunes de 12/13 ans ! Des structures « sas » doivent permettre d’accueillir les élèves avant et après la classe, structures où les activités non scolaires seraient encadrées par des animateurs qui interviendraient également à la pause de midi. Quel que soit l’aménagement du temps scolaire choisi, celui-ci doit obligatoirement être accompagné d’activités péri et extra-scolaires.
- En répartissant judicieusement dans la journée les activités scolaires (quatrième proposition)
- En proposant un calendrier annuel équilibré, où les périodes de classe de 6 à 8 semaines alterneraient avec deux semaines de vacances (cinquième proposition). Cela implique que le premier et le troisième trimestres scolaires soient remaniés, quitte à réduire les grandes vacances. Aussi, je ne peux que regretter, que le ministère de l’Éducation nationale n’ait pas voulu proposer un calendrier scolaire de 2004 à 2007 plus novateur et plus respectueux des rythmes des jeunes. Quel jeune de la zone A supportera, en 2007, les 11 semaines et demie de classes programmées pour le troisième trimestre sans fatigue tout en étant attentif ? Et pourtant, il est possible de répartir autrement sur l’année les périodes d’enseignement et de repos.

De telles propositions exigent une réelle concertation qui souhaitons-le se fera à l’occasion du débat sur l’école. Car vouloir reconsidérer les emplois du temps des écoles maternelles et élémentaires, c’est ni plus ni moins déterminer le devenir de l’école, répondre aux questions : Qui fait quoi ? Comment ? Quand et pourquoi ? Quels savoirs transmettre ? Qui éduque ? Quel est le rôle de l’enseignant ? Celui d’un pédagogue, d’un animateur, d’un distributeur de connaissances ? Autant de questions qui fixent les oppositions et qui, sans réponse, plongent l’école dans l’immobilisme.

Il a fallu plus de dix ans pour se persuader que la priorité dans les aménagements du temps se situe au niveau de la journée, pour que l’on ne dissocie pas le temps scolaire des temps péri et extra-scolaires, pour que l’ampleur du problème des rythmes scolaires soit perçue par les décideurs. Le futur et indispensable débat sur l’école doit renforcer cette prise de conscience, il doit être mené à son terme avec tous les partenaires concernés et conduire rapidement à des mesures concrètes pour une école du XXIe siècle conçue dans l’intérêt de l’enfant