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N°495 - Maitrise de la langue. Compétence 1 du socle commun

Contrepartie

par Patrice Bride


Mesure-t-on la dose de mépris, ou tout au moins de méprise, que véhicule l’emploi du terme « contrepartie », souvent employé dans les prises de position sur l’évolution du métier enseignant ? « Mesdames et Messieurs les professeurs, réjouissez-vous, nous allons revaloriser votre profession, mais, n’est-ce pas, tout de même, il vous faudra accepter en contrepartie... », au choix : l’intégration de nouvelles missions dans les services, une augmentation du temps de présence dans les établissements, voire des suppressions de postes.
Mépris de ceux qui considèrent le pilotage du système éducatif comme un marchandage de cour de récréation, les enseignants comme de grands enfants un peu fainéants et récalcitrants, qu’il faudrait appâter d’une sucrerie pour les inciter à « faire un effort ».
Méprise si l’on croit que les professeurs ne font qu’enseigner et ne sont jamais présents dans les établissements au-delà des heures de cours prévues dans leur statut. La réalité du métier est d’ores et déjà très différente. La prendre en compte en adaptant la définition des services n’est pas une pilule amère à enrober de quelque confiture : c’est un besoin pour donner aux enseignants la maitrise de leur métier ; c’est une nécessité pour favoriser une prise en charge collective des élèves par les adultes qui les encadrent ; c’est une urgence pour sortir du modèle « un maitre, une classe, un cours », confrontation lourde de souffrances et d’échecs dans les situations les plus difficiles.
Ces questions reviennent fortement dans les propositions que nous présentons dans notre rubrique « Actualités éducatives ». Elles sont en filigrane dans le dossier sur « la maitrise de la langue » : celle-ci est moins que jamais la seule affaire des professeurs de français, elle ne peut pas en rester à un vœu pieux, « l’affaire de tous » : c’est désormais un objectif clairement défini par le socle commun. Enseigner une telle « compétence » est bien un nouveau métier, qu’il faut pouvoir exercer autrement que dans un système cloisonné en heures d’enseignements disciplinaires. Sortir du statuquo est dans l’intérêt de tous.