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Construire des situations pour apprendre, vers une pédagogie de l’étayage

Laurent Lescouarch, ESF, 2018

19 avril 2018

Face au constat du « dérèglement pédagogique » et partant du fait que la difficulté scolaire résulte le plus souvent de problématiques de structuration de rapport à l’apprendre, Laurent Lescouarch développe l’idée qu’un changement de regard et de pratiques est nécessaire. Regardant du côté des apprentissages informels et de la coéducation, il plaide pour la construction d’un milieu d’apprentissage différencié et étayant, fondé sur l’interaction. Pour cela, il file tout au long de l’ouvrage la métaphore marine de l’étai et construit l’image d’un enseignant bâtisseur – l’étai étant, sur un bateau, une pièce de charpente servant de soutien.

Mais qu’est-ce qui fait appui aux apprentissages ? L’auteur propose de voir les différents éléments de la situation pédagogique comme autant d’étais à la dynamique d’apprentissage de l’élève et donc de (re)penser les pratiques de classe afin qu’elles participent à construire ce milieu étayant. Entre interactions et guidage, cadrage et accompagnement, tutelle et autonomisation, Laurent Lescouarch envisage une complémentarité réfléchie des postures de l’enseignant.

Dans une troisième partie plus pratique, il donne des pistes pour « concevoir un espace scolaire mieux étayant », en s’appuyant notamment sur une modélisation, sous de forme de tableau, des orientations des étayages, mais surtout en interrogeant le concept de réussite. Réussite scolaire et réussite éducative ne doivent pas être opposées, bien au contraire, il faut construire les apprentissages avec ces deux visées concomitantes. Il propose alors de penser le cadre scolaire selon des modalités d’organisation de l’espace classe différentes, mais également de penser les temps scolaires comme différents espaces à réguler. Pour cela, c’est la posture de l’enseignant qui doit être modifiée : suit donc une réflexion sur l’autorité, la coopération, le travail de groupe et entre pairs. Une dernière sous-partie est consacrée à la différenciation, dont le contenu doit être réenvisagé afin d’être rendu plus efficace. Laurent Lescouarch distingue remédiation hors la classe et différenciation dans la classe et passe en revue les dispositifs efficients : différenciation successive, simultanée, individualisation et plans de travail, personnalisation, développement d’étayages différenciés, cointervention, parce qu’il faut passer d’une « pensée du “sur-mesure” au “prêt-à-porter adapté” ».

Une dernière partie propose d’élargir la focale afin de faire évoluer le milieu d’apprentissage : repenser les formes de l’évaluation, conscientiser des interventions dans les interactions avec les élèves, favoriser la conceptualisation des enfants et clarifier le contrat pédagogique, car « il faut sortir de l’illusion sclérosante d’une pédagogie parfaite pour penser une pédagogie plus ouverte ». L’auteur balaie d’abord les différentes théories de l’erreur et de l’évaluation, avant d’aborder l’autoévaluation et la coévaluation, vers un évaluation positive. Entre directivité et non-directivité, il s’agit bien de s’adapter aux besoins des élèves. Cela passe également par un contrat plus clair, soutenant le compréhension des implicites des savoirs scolaires et par l’acquisition de stratégies propres à construire la réflexivité des apprenants. Beaucoup d’exemples et de pistes de réflexion jalonnent cette partie, très dense et profitable pour tout enseignant lui même engagé dans une démarche réflexive. Enfin l’auteur envisage une troisième voie éducative, pour dépasser la juxtaposition des temps de l’enfant : parce que la forme scolaire n’est qu’une manière d’apprendre, il faut penser un accompagnement global à la scolarité. Cette coéducation, incluant le périscolaire (sous ses aspects de la culture, de l’animation et des loisirs) et les parents, amène aussi à envisager autrement les devoirs.

Un ouvrage, appelé à devenir une référence, très bien documenté (beaucoup de tableaux, diagrammes, zooms sur des dispositifs) – à la fois synthétique et pratique.
Pour finir citons l’auteur : « nous apprenons dans un environnement qui fait étayage, sert de point d’appui parce qu’il propose un cadre, offre des ressources et permet des interactions supports d’apprentissage. L’enseignant est donc comme un artisan maçon en situation d’élaborer des structures provisoires, des étais, qui vont permettre de soutenir la construction des savoirs de l’enfant pour lui permettre de se développer ».

Laurence Cohen