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N°458 - Dossier "Diriger un établissement scolaire"

Construire de l’intelligence et de l’exigence

Par Jean-Pierre Piednoir

Plus pilote d’établissement que directeur, le responsable d’un site de formation définit par exemple le profil de recrutement des formateurs. Il organise leur temps, répartit leurs tâches en concertation régulière en fonction des priorités de formation des usagers, afin qu’ils donnent l’intelligence aux stagiaires de ce qu’ils font et que ceux-ci construisent de l’intelligence et de l’exigence.

Le responsable de site à l’IUFM n’est pas un chef d’établissement. Il est adjoint à la directrice de l’IUFM. Disons que c’est le représentant local de la direction. Il fait partie du comité de direction...Il est recruté pour une période aujourd’hui de cinq ans, renouvelable une fois, selon les nouveaux statuts en cours d’adoption. Il est donc au départ un des formateurs de l’Institut qui a souhaité ou a été sollicité pour exercer cette mission. Il est en effet courant dans l’enseignement supérieur d’exercer pendant un temps limité une fonction et revenir ensuite sur son poste de départ. Donc, c’est plus un pilote d’établissement qu’un directeur,... un responsable quoi !
Au même titre qu’un chef d’établissement, il a en charge la mise en œuvre des plans de formation mais nous constatons à la fois des différences dans le statut qui ont des effets non négligeables et des similitudes que nous allons souligner.

Différences et similitudes

Au titre des différences, nous restons formateur, et à ce titre, nous pouvons être conduit à assurer des formations initiale ou continue. Nous ne sommes pas le supérieur hiérarchique des collègues formateurs du site. Néanmoins, le responsable de site intervient dans la constitution et le fonctionnement de son équipe.
Lorsque les besoins de recrutement se font sentir, la direction de l’Institut lui demande de rédiger un profil de poste en fonction des besoins des maquettes de formation, des priorités affichées par le contrat de l’Institut. Par exemple sur notre site, la prise en compte de la difficulté scolaire ou l’enseignement de la lecture nous a amené à rédiger un profil de poste plus orienté vers des enseignants du premier degré en complément des enseignants-chercheurs ou de statut second degré. C’est le choix que nous avons fait et il semble donner satisfaction aux usagers du site.
De plus, un formateur à l’IUFM enseigne bien sûr dans sa discipline, mais il y a d’autres espaces dans la formation que le disciplinaire. Toute formation qui concerne la professionnalisation des stagiaires peut être assurée par n’importe lequel des formateurs. Enfin n’importe lequel, peut-être pas : ce sera la tâche du responsable de site de solliciter tel ou tel pour assurer les fonctions de responsable d’un groupe d’intégration pour les étudiants ou de responsable d’un groupe de référence pour les stagiaires. Ce qui est transmis dans ces dispositifs au sein de l’IUFM des Pays de la Loire, représente une part importante dans la formation des enseignants par la mise en œuvre de pratiques réflexives et professionnalisantes demandant des compétences qui dépassent les savoirs disciplinaires.

Organiser le temps

L’organisation dans le temps des formations est également sous la responsabilité du responsable de site. Chaque formateur doit assurer 384 h dans son année universitaire qui seront des heures disciplinaires ou non. La répartition des tâches ne peut se faire comme dans un établissement de second degré surtout lorsque l’équipe est à petit effectif. La régularité n’est pas possible si l’on veut répondre aux exigences de fonctionnement d’un établissement académique.
C’est pour cela que nous, nous organisons notre emploi du temps par trimestre de manière à rester réactif aux sollicitations qui arriveraient en cours d’année. Cela suppose donc des négociations entre collègues pour, à chaque fois, définir les priorités de formation pour les étudiants qui ont l’échéance du concours et les stagiaires dont l’année sont rythmées par des périodes de stages en responsabilité. La concertation est une nécessité pour la bonne mise en place des formations et doit être régulée au minimum par des réunions bi-mensuelles. L’animation de ces réunions doit faire la part entre l’organisationnel (emploi du temps) et le pédagogique (suivi des étudiants et stagiaires, mise en place de structures d’aide, collaboration avec des partenaires etc...).Si les outils Internet et messagerie électronique sont obligatoires aujourd’hui pour se transmettre les informations rapidement dans ce secteur mouvant, rien ne remplacera ces échanges formels en concertation ou informels devant la machine à café.

La fonction de responsable de site nous met également en relation avec des partenaires qui participent à la formation des stagiaires. Parce qu’ils ont à effectuer des stages en responsabilité, nous intervenons auprès de l’Inspection d’Académie pour trouver les moments opportuns, les lieux ainsi que les niveaux de classes qui seront les plus formateurs pour nos stagiaires.
Nous participons donc au Conseil de Formation qui est le lieu où se décide les plans départementaux et on constate souvent que les intérêts des stagiaires ne sont pas toujours ceux des enseignants titulaires, des personnels d’encadrement ou encore des représentants des personnels et cela souvent pour la raison que nous ne sommes pas dans la même logique.
La logique de formation, dans ce qu’elle est évolutive et inscrite dans la durée, se heurte parfois à des exigences du terrain relevant de l’efficacité ou de l’intérêt immédiats.
Nous avons également à mettre en place une formation qui est celle d’un établissement académique et les priorités des différentes inspections ne sont pas jours les mêmes d’un département à l’autre.Or, il n’est pas question que la mise en œuvre d’une maquette élaborée au sein d’un seul établissement ait plusieurs déclinaisons.
Le responsable de site devient alors le garant du respect du contrat vis-à-vis de la direction de l’IUFM mais également vis-à-vis des stagiaires.

Nous travaillons également avec les maîtres formateurs et les conseillers pédagogiques qui sont associés à la formation sur le terrain. Nous avons depuis quatre ans constitué des équipes de maîtres formateurs regroupées autour de responsables de groupe de référence avec la volonté de rendre ce groupe visible. Visible pour les stagiaires, visibles pour les autres formateurs, visible pour l’employeur qui nous accorde les décharges horaires. Plus que des équipes de suivi, ce sont des équipes qui accompagnent les stagiaires. Il est physiquement visible en tant que groupe surtout au moment où les consignes liées aux procédures de formation, de validation sont discutées avec les stagiaires. Un groupe, une voix.
Ce dispositif sert, bien sûr, nos usagers mais permet aussi aux anciens et aux nouveaux de s’épauler lorsque les formations se modifient d’année en année. Il nous semble important de maintenir le même niveau d’information pour répondre au mieux aux nouvelles exigences allant dans le sens du progrès.
Enfin, en quoi et comment un responsable de site est-il en contact avec les étudiants et les stagiaires ?
Par une présence quotidienne bien sûr mais aussi pour répondre aux demandes avec un statut indépendant des validations, d’interlocuteur garant du service public et à l’intersection des relations avec les différents partenaires. Les rencontres avec les délégués des groupes sont mensuelles et sont un espace de régulation apprécié dans la mesure où nous sommes dans ce que J.-L.Derouet appellerait une « logique domestique », pertinente lorsqu’il s’agit d’assurer la cohérence de fonctionnement d’un petit établissement.

À travers nos choix, nos pratiques, nos manières d’enseigner, de construire des relations avec les étudiants et stagiaires, de les regarder et de les traiter, de les évaluer ou les mettre en réussite ou en échec, fonctionne une pédagogie silencieuse qui fait incorporer des valeurs, des modèles sociaux, ce qui n’est pas pour autant indolore pour ceux qui en font les frais.
Si l’on met l’usager au centre de l’apprentissage, ce sont moins les supports que la manière de s’en servir, de les conduire et de les exploiter pour aider celui-ci à en tirer le meilleur parti, à en tirer les leçons les plus utiles et les plus durables, qui peut être améliorée.
L’intelligence sort moins du mouvement comme le lapin du chapeau qu’elle n’est le produit le l’interactivité humaine. Elle résulte du processus complexe de transmission construction qui fait que les enseignants en formation ont besoin de nous.
De nous parce que c’est notre métier de les éveiller, de les inciter à s’interroger, de les entraîner à observer, à écouter, à communiquer, à comprendre, à construire du sens.
Le sens est spécifiquement humain. Aucune activité ne suffit pour installer du sens. Il faut l’y mettre et c’est difficile. Notre travail, c’est de leur donner l’intelligence de ce qu’ils font, de leur faire construire de l’intelligence, de leur en donner l’habitude et l’exigence.

J’en fais le pari en travaillant sur les stratégies et en tenant compte du fait que mon action provoquera des interactions, des réactions.

Jean-Pierre Piednoir , Formateur IUFM des pays de la Loire, Responsable du site de Laval en Mayenne.


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