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L’actualité éducative du n° 489 d’avril 2011

Consensus ?

Par Francine Best

Depuis cinq ans, l’IUFM de Créteil organise, chaque année, une conférence de consensus qui réunit des spécialistes autour d’une question liée à un « dissenssus », sur une problématique où les avis sont fortement divergents et où une méthode scientifique ne peut, à elle seule, trouver une solution. Face aux experts, un jury doit poser des questions, veiller à ce que se rapprochent les points de vue opposés, à ce que l’objectif consensuel atteint par le discours et l’argumentation puisse être transféré à l’action. Le tout devant un public intéressé par la question traitée.

La thématique qui devait être traitée, ce 9 février 2011, avait pour titre « Épistémologie, savoir et champs disciplinaires : questions d’apprentissage ».
Mais il fallait chercher bien loin un désaccord entre les intervenants ! Tous attachés à définir les frontières de leurs disciplines, tous faisant l’impasse sur les questions d’apprentissage, donc sur les didactiques. Seul Jean-Louis Martinand mit au jour la nécessité, pour construire une didactique de l’enseignement des technologies, d’introduire une réflexion épistémologique. Pourtant, prise une par une, chaque communication était de grande qualité, suscitant l’intérêt de l’auditeur pour une épistémologie capable d’éclairer les fondements et les méthodes des sciences et pour une histoire de ces dernières.
Les premières questions portaient sur la définition des disciplines scolaires, en évitant de recourir aux analyses historiques de André Chervel, pourtant bien plus convaincantes que les arguments présentés qui allaient tous dans le sens d’une séparation et d’une spécificité des disciplines, jamais remises en cause.
La notion de champ scientifique, si bien travaillée par Gaston Mialaret dans son dernier ouvrage [1] aurait pu nous faire franchir les fossés, si soigneusement gardés par un préjugé tenace parcourant tous les degrés d’enseignement et « organisant » le système que nous connaissons. N’ont été évoquées ni la pluridisciplinarité, ni l’interdisciplinarité dont les pédagogues et les praticiens les plus inventifs ont montré l’intérêt pour stimuler les apprentissages et leur donner sens.
Une exception : l’histoire du titre SVT (sciences de la vie et de la terre) pour désigner l’ensemble « géologie-biologie » qui s’est trouvé scientifiquement fondé après coup, alors qu’il avait été critiqué, voire refusé au moment où il avait été imposé.
Mais, faute de synthèses, de questions pour lancer ou relancer le débat de la part du jury, aucun « dissenssus » n’est apparu… donc aucun besoin de consensus ! Chaque discipline, qu’elle soit universitaire ou scolaire, reste bien gardée !
Peut-être ce colloque, bien classique, bien universitaire, cachait-il un autre consensus ? Malgré un discours d’ouverture courageux et vigoureux de la part de la représentante de la MGEN qui accueillait cette conférence, aucun des intervenants n’a critiqué les mesures politiques actuelles qui cassent la formation des maitres dispensée par les IUFM, détruisent le souci de formation professionnelle qui les animait ainsi que leur liaison institutionnelle avec le système éducatif. La posture des « enseignants-chercheurs » présents était, m’a-t-il semblé, en accord avec une « masterisation », une « universitarisation » totale de la formation. En tout cas bien loin de la réalité des écoles, des collèges et des lycées, bien loin des besoins des enseignants en didactique(s) et en pédagogie.

Francine Best


[1Gaston Mialaret, Le nouvel esprit scientifique et les sciences de l’éducation, PUF, 2010.