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Vie scolaire

Conseils de classe : Qui ? Quoi ? Comment ?

Sylvie Grau

30 novembre 2020

Les conseils de classe sont une véritable institution, pourtant souvent contestée et considérée pour les uns comme un espace inutile, du fait que les décisions sont prises ailleurs, que l’étude des situations individuelles est bâclée, ou pour les autres un espace de contestation, du fait que des enjeux personnels interfèrent à tous les niveaux et que les lieux de paroles dans les établissements sont insuffisants. Voici quelques éléments nécessaires pour vivre et comprendre ses premiers conseils de classe et d’autres pour ouvrir des possibles et penser autrement cette instance.


Les textes qui régissent le conseil de classe peuvent être méconnus et les conseils obéissent à des habitudes, sans que personne ne se souvienne comment et pourquoi elles se sont mises en place. Pourtant la mise en place de l’accompagnement personnalisé au lycée, l’évolution des fonctions du professeur principal, la place donnée aujourd’hui aux PsyEN (Psychologues de l’Éducation nationale) à la suite des conseillers d’orientation-psychologues, la notion de parcours avenir, la politique de non redoublement, sont autant d’éléments qui font évoluer la fonction des conseils de classe. Mais c’est le contexte actuel qui semble secouer plus vivement ces habitudes.

D’une part, les confinements peuvent imposer des conseils de classe à distance et même, en juin 2020, la tenue de conseils appelés « conseils d’orientation ». D’autre part, la réforme du lycée laisse plus de choix aux élèves, choix qu’il faut étayer. Et enfin, l’enseignement de spécialité amène à regrouper dans une même classe des élèves la plupart du temps en cours dans des groupes distincts rendant impossible la convocation de tous les professeurs intervenant dans une même classe et aboutissant à l’attribution du rôle de professeur principal à des enseignants ne voyant que très peu leurs élèves. Il s’agit alors de penser autrement le conseil de classe dans le cadre légal imposé.

Nous allons faire le point sur le cadre institutionnel et définir le conseil de classe en fonction de sa raison d’être et de sa redevabilité. Nous préciserons les différents rôles nécessaires à son fonctionnement, et comment les membres de la communauté éducative peuvent habiter ces rôles. Nous analyserons ensuite les différentes caractéristiques des conseils de classes en donnant quelques ressources pour continuer la réflexion ou alimenter le travail d’équipe autour de cette instance dans votre établissement.

Cadrage institutionnel

Les informations sont disponibles sur le site service-public.fr et dans un article de notre propre site. Voici résumé les principaux éléments.

Le conseil de classe a trois fonctions :
1) Examiner toutes les questions pédagogiques intéressant le suivi des acquis des élèves et la vie de la classe.
2) Examiner le déroulement de la scolarité de chaque élève afin de l’accompagner sur son parcours scolaire et dans la construction de son projet personnel.
3) En terminale, se prononcer sur les vœux de poursuite d’études de chaque élève dans le supérieur.

Ses redevabilités :
- Examiner toutes les questions pédagogiques intéressant le suivi des acquis des élèves et la vie de la classe.
- S’assurer de la cohérence de l’organisation pédagogique avec le volet pédagogique du projet d’établissement.
- Se réunir trois fois par an au minimum (au moins deux fois par an en lycée professionnel).
- Se mettre d’accord sur une appréciation générale qui sera inscrite sur le bilan périodique de l’élève et éventuellement décerner une mention inscrite au règlement intérieur (encouragements, félicitations, par exemple).
- Tenir les parents informés de l’évolution des acquis scolaires de leurs enfants et du respect par ceux-ci de leurs obligations scolaires.
- Émettre des propositions d’orientation :
au collège : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F112
au lycée : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F111

Mais le conseil de classe n’est pas une instance disciplinaire, il ne peut donc pas prononcer de sanctions.

Les participants

Pour fonctionner le conseil de classe a besoin de faire circuler les informations. Il a donc besoin de représentants des élèves, des parents d’élèves, des enseignants et du personnel non-enseignant de la communauté scolaire. Le conseil nécessite un président, un animateur, un secrétaire.

Dans un conseil, c’est à chacun son rôle. Le chef d’établissement préside le conseil et le convoque, désigne les délégués des parents compte-tenu des élections. Le professeur principal fait un bilan général de la classe tandis que les professeurs de la classe soulèvent les questions pédagogiques à examiner, font un bilan des acquisitions de chaque élève, proposent des dispositifs d’aide, donnent des conseils pour progresser.

Les deux délégués des élèves représentent les élèves de leur classe, ils sont des médiateurs entre leurs camarades et les autres membres de la communauté éducative (personnels de direction, enseignant et non-enseignant et parents). Les deux délégués des parents d’élèves font remonter les informations (vérifiées et représentatives) venant des parents de la classe, puis font redescendre l’information vers les parents de la classe ; ils interviennent sur des problématiques collectives ou en appui d’une problématique individuelle à la demande des parents concernés.

Un conseiller principal d’éducation (CPE) participe au conseil et communique des informations sur le comportement et l’activité de l’élève, ses résultats, ses conditions de travail, sur l’origine de difficultés éventuelles. Le conseiller d’orientation psychologue informe et conseille sur les métiers et les formations, communique sur les projets de formation de l’élève. Enfin, le médecin scolaire, l’assistant social ou l’infirmier informent si besoin des conditions de travail et sur d’éventuelles difficultés, et aident à la mise en place de parcours spécifiques.

La présence du PsyEN, de l’assistance sociale ou de l’infirmière, est fonction de la disponibilité et du contexte spécifique de l’établissement. Le PsyEN peut assister aux conseils des classes de 3e ou de lycée pour apporter des conseils en terme d’orientation. Dans 56 % des lycées seulement, le PsyEN assiste aux conseils où sont proposées les décisions d’orientation ou remplies les fiches avenir, et cette pratique est plus répandue dans les lycées généraux et technologiques que dans les lycées professionnels (voir le rapport du Cnesco sur l’orientation de 2018).

Déroulé

Si les textes de références précisent la composition et le rôle du conseil de classe, son déroulé n’est pas indiqué et peut être pensé très différemment suivant l’établissement, son projet, son contexte. (voir synthèse dans le document Changer le conseil de classe de l’Inspection académique de la Sarthe).

Le déroulé le plus fréquent est en quatre temps après l’ouverture par le chef d’établissement ou son représentant qui doit normalement rappeler à tous les règles de confidentialité :
- le bilan présenté par le professeur principal ou un représentant,
- le bilan présenté par les délégués élèves et les points que la classe demande à examiner,
- le bilan présenté par les délégués parents et les points que les parents demandent à examiner,
- l’étude des cas individuels.

Mais il peut évoluer vers des formats très différents, comme par exemple les conseils de classe participatifs qui deviennent des temps d’apprentissage et rendent chaque élève responsable de son parcours.

Le rôle des supports

Des documents peuvent être distribués pour permettre aux membres de suivre les échanges, ils sont en principe restitués à la fin du conseil pour préserver la confidentialité, mais aujourd’hui les résultats des élèves sont majoritairement vidéoprojetés à partir de la présentation numérique produite sur l’ENT (environnement numérique de travail) de l’établissement.

Ces résultats peuvent être plus ou moins lisibles suivant le format choisi, allant d’une liste de couleurs par exemple pour les évaluations non chiffrées à des graphiques en araignée, en passant par la projection du bulletin avec les annotations des enseignants. Cette pratique entraîne certaines modifications dans l’organisation du conseil que nous allons détailler ensuite. Lorsque le conseil est effectué à distance, il est important de penser l’accès à ces supports. S’ils sont partagés sur l’écran, cela suppose que les participants disposent d’un ordinateur ou d’une tablette car il n’est pas simple de les consulter sur un smartphone. S’ils sont envoyés, il faut penser à la clause de confidentialité, cela suppose de rappeler ce principe et de demander un engagement des participants.

Circulation de la parole

La disposition se fait souvent en U pour voir l’écran. Or, la disposition du conseil est un élément important de la circulation de la parole. Souvent, le professeur principal est près du président du conseil et du CPE. La place des délégués parents et élèves peut amener ceux-ci à prendre plus ou moins la parole. En particulier si l’équipe enseignante est regroupée sur une seule rangée face aux parents ou/et aux élèves, l’effet bloc frontal peut ne pas engager à prendre la parole ou au contraire favoriser des attaques verbales.

Si le conseil est fait à distance, il s’agit d’expliciter dès le début de la réunion la manière dont les participants peuvent intervenir (lever la main en visioconférence, ou avec l’icône de certains logiciels, utiliser le tchat, utiliser un pad comme framapad…). On peut demander à chacun de s’exprimer pour vérifier le matériel par un « tour de table » ou une insciption de son nom sur le pad qui servira de compte-rendu de séance par exemple. Il est prudent de désigner un distributeur de parole qui surveillera les demandes en gardant une vue sur la liste des participants et des fenêtres vidéos, baissera les mains après intervention, fermera les micros restés ouverts… Si un pad est utilisé, un secrétaire peut être désigné pour y prendre des notes et être porte-parole des interventions des participants.

Les objets discutés

La nature des résultats oriente les échanges. Si les évaluations sont notées, la présence d’une moyenne générale, de la moyenne de la classe oriente l’attention sur les écarts à cette moyenne et donc amène une évaluation par comparaison. Si la lecture d’une note sur 20 est facile et fait partie de la culture de tous, elle a de sérieux inconvénients. La moyenne ne permet pas de voir les progrès sur le trimestre, elle donne parfois une fausse image scientifique, en particulier lorsque la moyenne s’affiche au centième de points, alors que chaque professeur peut jouer sur de nombreux paramètres pouvant modifier la moyenne du trimestre (coefficients, note la plus basse non comptabilisée, arrondis). Par ailleurs, elle met au même niveau des compétences qui peuvent être variées et non compensables.

Lorsque la note est absente, si les bulletins ne présentent que des commentaires, les échanges portent alors sur l’interprétation de ces commentaires. Cela oblige les enseignants à être plus explicites. En revanche, cette lecture prend du temps et l’interprétation des commentaires dépend largement de l’acculturation du lecteur au milieu scolaire.

Pour les bulletins qui présentent des codes couleurs, le visuel peut être extrêmement agressif si l’ensemble du bulletin est rouge et orange. L’analyse de tels bulletins montre une grande disparité dans l’usage des codes. Un travail d’équipe est indispensable avant de produire un outil relativement homogène facilitant sa lecture. A noter que certains bulletins sont édités par des logiciels qui effectuent de savantes moyennes à partir des points de couleur attribués sans que l’enseignant ait une grande maîtrise de ces calculs.

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Suivant la taille du document partagé, il faut s’assurer de l’accès aux informations pour tous, ce qui n’est pas toujours simple. Les graphiques en radar (aussi appelés « toile d’araignée ») sont souvent privilégiés pour la manière dont ils concentrent les résultats et leur visuel explicite quand à l’homogénéité des résultats.
Si les disciplines évaluées sont organisées de manière réfléchie, le graphique peut montrer des atouts majeurs ou des difficultés qui apparaissent de manière transversales par l’effondrement ou le gonflement de certaines zones. Cela suppose que chaque axe soit normé suivant l’importance de chaque critère, ce qui n’est pas le cas si les axes correspondent chacun à des disciplines sur une échelle de 0 à 20. L’ « importance » étant à discuter collectivement pour décider s’il s’agit d’appliquer les coefficients de l’examen terminal ou de les choisir en fonction du nombre d’heures d’enseignement, ou si les critères ne doivent pas être pensés en domaines plus larges que les disciplines.

Les conseils pour progresser

Sachant que le conseil doit proposer des pistes à l’élève pour progresser, ces éléments pourraient être déjà formalisés par les enseignants dans le bulletin. C’est une pratique qui peut être encouragée par le format des commentaires dans le bulletin qui peut se présenter sous forme de deux colonnes : appuis et conseils. Il faut aussi rappeler que tous les membres du conseil peuvent exprimer des avis et proposer des pistes pour répondre aux difficultés rencontrées par les élèves, c’est-à-dire que la parole des délégués élèves et des délégués parents a autant d’importance que celle des enseignants ou des autres membres de la communauté éducative.

Un simple tableau de notes ne donne pas accès aux conseils éventuellement formulés par les enseignants, une lecture exhaustive des commentaires est impossible sur le temps contraint du conseil, l’analyse préalable du bulletin et le travail d’équipe en amont sont donc indispensables pour permettre une discussion efficace sur les stratégies à proposer à l’élève pour progresser.

Les jugements portés

Concernant les commentaires sur les bulletins, une attention doit être portée au choix des mots et aux interprétations possibles. C’est le travail de chaque professeur en amont du conseil mais cela peut être aussi une réflexion collective à mener, pour décider de ce qui peut ou non être écrit, et du style à employer pour donner une certaine homogénéité qui facilitera la lecture. Faut-il s’adresser à l’élève ou non ? Comment mettre en évidence les acquisitions sur lesquelles l’élève va pouvoir s’appuyer ? Comment amener l’élève à attribuer ses réussites à ses efforts ?

Une grande vigilance doit aussi être portée sur la manière dont chacun s’exprime à l’oral. Quelques bases de communication non violente peuvent aider à formuler les choses : Quels sont les faits ? Quel est mon ressenti ? Quels sont mes besoins ? Quelle est ma demande ?

Il est important de garder en tête que le jugement ne doit en aucun cas porter sur la personne. Il doit différencier résultats, travail et attitude. Un élève peut réussir brillamment sans avoir le sentiment de travailler, un autre travaillera beaucoup pour des résultats médiocres. L’attitude peut être interprétée de différentes manières, un élève peut se montrer passif tout en étant concentré, quand un autre peut avoir une attitude attentive et pensant à tout autre chose que le contenu du cours.

Notre jugement ne peut donc s’appuyer que sur des faits et sur des hypothèses qu’il s’agit d’expliciter. Ce retour que nous faisons aux élèves participe à la construction du regard qu’il portent sur eux-mêmes. Développer chez nos élèves une conception dynamique de leur intelligence est un de nos objectifs. Cette conception permet à l’élève de comprendre qu’il peut progresser par l’effort.

En cas de désaccord ou de question problématique, bien penser à rester dans son rôle et ne pas prendre les remarques de manière personnelle. Ce qui peut être reproché ou discuté concerne notre fonction et non notre personne. Ramener à l’expression des faits, du ressenti et des besoins aide l’expression d’une demande qui souvent est plus facile à contenter.

Le temps du conseil de classe

La durée moyenne d’un conseil de classe est de une heure et demie, mais cette durée est très variable. Souvent, les conseils se tiennent en fin de trimestre, en fin de journée, à raison de deux conseils par soirée. Tous les élèves ne bénéficient pas toujours du même temps d’analyse de leur cas, souvent ce sont les élèves qui posent le plus de problèmes aux enseignants qui prennent le plus de temps, au détriment de l’étude de cas d’élèves moins visibles qui auraient pourtant besoin de conseils et d’attention.

Certains conseils décident d’un ordre de passage des élèves parfois lié au fait de libérer un enseignant n’ayant que quelques élèves dans une option, parfois pour éviter d’aller toujours trop vite sur les cas des mêmes élèves en fin de l’alphabet, ou de traiter en premier des élèves qui ont le plus de difficultés. Il peut être aussi choisi de faire assister l’élève voire ses parents à l’analyse de son propre cas.

Certaines équipes modifient même la structure de certains conseils en organisant une étude des cas en conseil des professeurs en amont du conseil de classe. Le temps du conseil de classe se limite alors à l’étude des questions concernant le groupe classe. Des entretiens sont organisés entre un ou deux enseignants de l’équipe, chaque élève et sa famille, le PsyEn, le CPE ou toute personne ayant à voir avec les éventuelles difficultés de l’élève, pour discuter des propositions faites par le conseil des professeurs au sujet de la scolarité de l’élève mais aussi les associer à l’élaboration de nouvelles propositions. Le bulletin est alors remis en main propre et les enseignants peuvent aider à sa lecture, voire inviter un interprète lorsque la famille ne lit pas le français. L’avantage est une cohésion de l’équipe et un accompagnement au plus près de l’élève et de ses parents.

Souvent, le professeur référent d’un élève est soucieux d’avoir bien compris tous les éléments nécessaires pour pouvoir répondre aux besoins de l’élève et aux attentes de ses parents, il va donc questionner le conseil de professeurs, le PsyEN, le CPE, et aller beaucoup plus loin dans sa recherche de compréhension du cas que ne le peut un professeur principal responsable de l’ensemble de la classe. Dans le principe du conseil participatif, le conseil est le moment où les axes de travail pour progresser sont établis conjointement avec l’élève pour le responsabiliser.

Au contraire, lors de certains conseils de classe il peut être décidé qu’aucun élève ne doit assister aux échanges sur son propre cas, les délégués sortent donc lorsqu’on arrive à leur tour. Cette pratique vise parfois à protéger l’élève en évitant qu’il ne soit interpellé individuellement sur son cas, mais il s’agit surtout d’éviter que le délégué puisse avoir une intervention sur les décisions le concernant, alors que ce n’est pas possible pour les autres élèves qui ne participent pas au conseil.

Préparer un conseil de classe

Le travail préparatoire relève des différents représentants et peut donc résulter, suivant les contextes, d’une réflexion collective ou laissée à l’appréciation de chacun.

Les textes officiels précisent : « Lors des conseils de classe, le professeur principal, ou un représentant de l’équipe pédagogique le cas échéant, expose au conseil de classe les résultats obtenus par les élèves et présente une synthèse des conseils formulés par l’équipe pour leur parcours de formation. Sur ces bases et en prenant en compte l’ensemble des éléments d’ordre éducatif, médical et social apporté par ses membres, le conseil de classe examine le déroulement de la scolarité de chaque élève afin de mieux l’accompagner dans son parcours scolaire, à la fois dans la progression de ses apprentissages à l’intérieur d’un cycle, dans son passage d’un cycle à l’autre et dans la construction de son projet personnel. » (Bulletin officiel n°37 du 11 octobre 2018)

Pour effectuer cette synthèse, le professeur principal peut organiser le travail de différentes manières. Les uns vont organiser un ou plusieurs conseils de professeurs, réunissant l’équipe, parfois avec le CPE et le PsyEN, d’autres vont communiquer avec les collègues régulièrement en organisant des réunions, par mail ou sur un support dédié de suivi sur l’ENT de l’établissement, d’autres enfin vont attendre que les bulletins soient complétés et en feront une synthèse.

Outre le fait qu’un travail préparatoire non collectif ne permet pas de prendre la mesure des difficultés globales ou spécifiques rencontrées par l’élève, une préparation tardive ne permet pas la réactivité nécessaire. L’élève et ses parents risquent de découvrir une situation compliquée à un stade où la remédiation peut devenir très difficile. Certains conseils de professeurs se réunissent donc dès la fin octobre pour le premier trimestre.

Les missions du professeur principal sont très lourdes et on peut comprendre qu’il ne soit pas possible de réunir toutes les équipes régulièrement. Un dispositif de veille ou un espace de communication sont donc à penser. Dans certains établissements, la charge de professeur principal s’effectue à deux, ce qui permet de répartir le suivi des élèves et d’avoir un regard croisé en cas de difficulté.

Dans d’autres établissements se mettent en place des professeurs référents, chaque professeur étant le médiateur spécifique d’un petit groupe d’élèves et de leurs familles. Il assume les missions de suivi et d’orientation auprès de ce groupe. Un des professeurs référents étant responsable des missions de coordination du travail de l’équipe et des relations avec la direction. Au lycée, le professeur référent peut être celui d’une spécialité, c’est sans doute lui le plus à même de conseiller l’élève sur sa poursuite d’étude.

  • La préparation par les délégués élèves Des formations existent, parfois dispensées par les CPE, ou par des associations comme l’OCCE. Cela demande aussi un accompagnement du professeur principal pour organiser des temps de parole, ou des outils permettant aux élèves de pouvoir s’autoriser à exprimer leurs besoins ou difficultés. Un conseil coopératif peut être installé (Voir la fiche n°3 de cet article sur notre site), les délégués sont alors les porte-paroles des décisions et questions posées par les élèves lors du conseil coopératif.

Les délégués doivent aussi avoir des outils pour prendre des notes, savoir quoi et comment communiquer avec leurs camarades. Un livret du délégué peut l’aider à gérer ces tâches.

Suivant les contextes, les établissements peuvent manquer de volontaires, désigner des parents n’ayant pas leur propre enfant dans la classe, se limiter à un seul délégué.

Les horaires des conseils doivent être pensés de manière à permettre aux parents d’y assister dans la mesure du possible. Les employeurs sont sensibilisés à la nécessité de laisser leur salarié s’absenter pour assister aux conseils de classe, le congé pour engagement associatif, politique ou militant est possible sous certaines conditions.

  • La préparation par le CPE Il s’agit de regrouper toutes les informations utiles en amont du conseil et donc d’avoir anticipé certains entretiens, contacts avec les familles, investigations auprès des autres établissements fréquentés par l’élève etc. Il s’agit aussi de savoir organiser ces informations et les prises de notes lors du conseil pour que l’ensemble soit facilement consultable. La boîte à outil du CPE doit l’aider dans cette préparation.

La parole pendant le conseil

La qualité de l’écoute et des échanges sont les deux critères principaux d’un conseil de classe réussi. Le rôle de l’animateur est donc important et si le président du conseil est l’animateur, la qualité de la relation mise en place par le chef d’établissement ou son représentant est décisive.

Si les membres du conseil ont le sentiment que tout a été décidé en amont, les échanges peuvent être limités. Si l’équipe enseignante ne se connaît pas, le conseil peut alors être le lieu d’un déballage de questions diverses ou de règlements de comptes. Si les associations de parents ne sont pas reçues par ailleurs pour gérer certaines questions de vie dans l’établissement, ces questions seront posées au conseil de classe. Le conseil de classe est un bon observatoire du climat scolaire de l’établissement et de sa politique.

Un membre peut être responsable de distribuer et réguler la parole pour permettre à chacun de s’exprimer. Il peut être utile de préparer des chevalets avec les noms et fonctions des différents membres, les parents ne les connaissant pas tous.

Pour les enseignants, il peut être intéressant d’avoir anticipé quelques éléments pour prendre la parole en ayant préparé son propos (fiches élèves, éléments factuels, analyse de l’activité de l’élève, consultation du dossier scolaire, entretien d’explicitation avec l’élève…).

Dans la manière de formuler les avis, il est important de faire la différence entre les faits et le ressenti. On ne dira pas que « la classe est agréable » mais on dira « je trouve agréable de travailler dans cette classe ». En effet, telle classe « agitée » sera jugée négativement par l’enseignant qui a besoin de calme quand un autre la jugera active et engagée parce qu’il a besoin de sentir sa classe réagir à ce qu’il propose. Le jugement est lié à la discipline, au contexte, aux besoins de l’individu. On distinguera donc les faits, des interprétations ou du ressenti qu’on exprimera alors en « je ».

Aménagements et orientation

Le conseil de classe doit permettre de cibler les aides nécessaires et de proposer des dispositifs permettant à chaque élève de progresser. Parfois, les éclairages des délégués élèves et parents, tout comme les conseils du PsyEN, du CPE, du médecin ou de l’assistant social, apportent des éléments permettant une analyse différente des difficultés rencontrées. C’est par ces échanges que le conseil, dans son ensemble, peut envisager des pistes de solution. Le travail en aval du conseil de classe est donc très important. Il s’agit d’envisager la faisabilité, la mise en œuvre des propositions faites, l’évolution des dispositifs ou des mesures prises et le suivi de l’accompagnement.

Le conseil de classe n’est pas un espace de décision mais un espace de proposition. Concernant l’orientation, c’est le lieu où l’on peut examiner le cas de chaque élève en prenant en compte toutes les dimensions de ses acquisitions, qu’elles soient disciplinaires ou non. Ainsi, les compétences psychosociales sont importantes. Ce qui peut être considéré comme un défaut dans un contexte peut se révéler un atout dans un autre. Le conseil doit permettre le croisement des regards pour faire une proposition d’orientation cohérente et argumentée.

Un travail de formation à l’orientation et au choix doit être mené tout au long de l’année et s’appuyer sur des outils réflexifs et métacognitifs pour permettre au conseil de s’appuyer sur ces connaissances.

Les PsyEN disposent de tels outils, il peut être utile de les travailler en équipe pour se les approprier et les adapter au contexte. Il s’agit en particulier de supports permettant à l’élève de se poser des questions et d’organiser ce questionnement et non de questionnaires que l’enseignement aurait à charge d’analyser. Ces supports dans un porte-vue peuvent constituer une trace de son parcours d’orientation et l’accompagner dans ses différentes démarches comme par exemple lors d’un rendez-vous au CIO ou un entretien pour une entrée dans un nouvel établissement.

Un vademecum de la formation à l’orientation au lycée fournit des pistes intéressantes. D’autres sont disponibles sur le site de l’Onisep.

Nombreux sont les collectifs qui réfléchissent à la mise en œuvre des conseils de classe, à vous d’inventer celui qui conviendra le mieux à votre contexte !

Sylvie Grau
Professeure de mathématiques à l’Inspé de Nantes


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