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Comprendre l’enfant apprenti lecteur

Sous la direction de Gérard Chauveau, Retz, 2001, réédition en 2003

Cet ouvrage est sorti en 2001 et rassemble plusieurs contributions de spécialistes de la lecture, tous observateurs du terrain. À l’heure où le débat sur l’apprentissage de la lecture est relancé, ce livre renvoie à la complexité de la question. "L’enfant apprenti lecteur" doit développer des compétences multiples qui ne sauraient se réduire à la seule appropriation du code grapho-phonétique et sa réussite dépend de nombreux autres facteurs.


Gérard Chauveau, on le sait, se réclame de la psychologie cognitive culturelle de la lecture. La proposition générale qui fonde une telle approche est inspirée de Vygotski : l’écriture est « un système particulier de signes » et une « pratique sociale complexe ». Aussi découvrir le principe alphabétique et construire le système des correspondances entre phonèmes et graphèmes ne constitue-t-il qu’une partie de ce qu’il faut mettre en œuvre pour devenir lecteur. Les compétences culturelles (entrer dans l’univers de l’écrit) et stratégiques (apprendre à questionner un texte) ne sont pas moins nécessaires.

G. Chauveau a rassemblé dans ce livre clair les contributions de plusieurs auteurs qui se réclament de cette approche et y synthétisent leurs recherches : outre lui-même, Margarida Alves Martins, Jacques Bernardin, Jean-Marie Besse, Rémi Brissiaud, Éliane Fijalkow, Jacques Fijalkow, Roland Goigoux, André Ouzoulias, Éliane Rogovas-Chauveau, Cristina Silva.

Les auteurs ont aussi en commun d’avoir conduit de nombreuses observations « écologiques » dans les classes, qui leur évitent de se satisfaire d’explications réductrices, mais ne les empêchent nullement de faire appel à des méthodologies rigoureuses et diversifiées. Il s’agit bien, comme l’indique le titre, de comprendre l’enfant apprenti lecteur et de considérer la multiplicité des facteurs qui contribuent à faire des enfants de cinq à sept ans des lecteurs. Nous n’en donnerons que trois exemples, bien que chaque chapitre mérite à lui seul un compte rendu.

Des recherches expérimentales ont montré que les « bons compreneurs » sont aussi ceux qui utilisent le moins le contexte lorsqu’ils lisent. Faut-il donc n’avoir comme objectif que d’entraîner aux processus d’identification dans les débuts de l’apprentissage ? R. Goigoux discute cette thèse de manière serrée et montre que, pour beaucoup d’apprentis lecteurs de six ans, l’appui sur le contexte littéral constitue un appui important à un moment donné de leur apprentissage.

M. Alves Martins examine la corrélation avec la réussite en lecture de différentes variables mesurées en début de cours préparatoire (CP) : usages fonctionnels de la lecture, conceptualisations sur le langage écrit, connaissance du nom des lettres, connaissance du langage technique de la lecture écriture, réussite à une épreuve de suppression de la première syllabe d’un mot, réussite à une épreuve de segmentation phonémique, identification d’une unité lexicale. Aucune des variables étudiées n’explique à elle seule la réussite en lecture. C’est leur ensemble qui se révèle un bon prédicteur de cette réussite.

Quant à l’appropriation du code grapho-phonétique, elle suppose, explique J.-M. Besse, une suite de conceptualisations par lesquelles chaque enfant construit et transforme ses connaissances sur l’écrit « sur la base des interactions qu’il noue avec les porteurs de l’écrit et des validations que ces derniers manifestent face aux idées, aux représentations, aux hypothèses que se forme l’enfant ».

Jacques Crinon