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L’actualité de la recherche du n° 542 - Bienveillants et exigeants

Comparaison des modes d’accès à l’université


Les travaux récents de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et de l’Union européenne aident à réaliser combien le système de non-sélectivité dans l’accès aux études supérieures que nous connaissons s’apparente à une exception française.

Les conditions d’admission, généralement fixées par l’État, varient selon que la qualification associée à la fin des études secondaires est générale ou préprofessionnelle. Dans certains pays, au-delà de la qualification, compte également le niveau de performance pour cette qualification. En Suède, par exemple, la poursuite d’études est conditionnée par les notes du lycée : si un élève valide un module de biologie avec une note moyenne, il peut refaire les cours l’année d’après, pour améliorer sa note et augmenter ses chances d’accès en biologie à l’université.

L’admission varie également lorsque la formation supérieure demandée requiert des compétences spécifiques (études artistiques) ou est associée à un corps de métier précis, potentiellement contingenté (professions de santé). Un examen plus fin des candidatures peut ainsi être requis au-delà de la qualification : ce sont alors plutôt les établissements d’enseignement supérieur qui se chargent de la sélection, soit sous la forme d’un concours d’entrée ou d’épreuves supplémentaires, soit par la prise en compte d’autres éléments tels que la scolarité antérieure ou l’expérience professionnelle.

Dans tous les cas, les configurations semblent hybrides, le système n’est jamais totalement ouvert ni totalement sélectif, mais les conditions d’admission, la sélection et la capacité d’accueil ne se recoupent pas nécessairement, chacune pouvant donner lieu à des régulations distinctes. C’est ce que met en évidence l’indicateur D6 (critères de candidature et d’admission dans l’enseignement tertiaire) introduit par l’OCDE dans la dernière édition des Regards sur l’éducation (2017) [1].

Régulation dans le secondaire ou dans le supérieur ?

L’étude comparée d’Eurydice [2] montre que l’emphase mise sur les dispositifs plus ou moins individualisés pour aider les élèves dans leurs choix d’orientation ou pour accompagner l’intégration académique et sociale des néoétudiants, mérite d’être questionnée. En France, force est de constater que la généralisation de ces dispositifs depuis dix ans n’a pas fait bouger les statistiques de promotion et de diplômation en premier cycle. Cette stabilité de l’échec indique que le problème est ailleurs. La défaillance n’est pas seulement individuelle, elle est aussi institutionnelle, et sa compréhension relève d’une grille de lecture tripartite : la responsabilité des lycées dans le choix des élèves qui peuvent poursuivre leurs études ; celle des établissements d’enseignement supérieur dans le choix des candidats qu’ils recrutent ; et celle des élèves (et de leur famille) dans leurs choix d’orientation.

La sélection peut donc être opérée en amont, au niveau secondaire : c’est le cas en Suisse, où les titulaires de la maturité gymnasiale (notre bac général), peu nombreux, accèdent librement à l’université ; les critères d’admission au gymnase (lycée) sont fixés de manière plus ou moins stricte selon les cantons, mais dans des proportions toujours très inférieures à la France : ce sont en moyenne 20 % des élèves suisses qui possèdent une maturité gymnasiale. C’est aussi le cas en Allemagne, avec un système secondaire qui distingue précocement les parcours (seuls 30 % des élèves obtiennent l’Abitur).

Dans d’autres configurations, la régulation intervient au moment de l’accès à l’enseignement supérieur, via une combinaison de conditions nationales et de modalités locales. C’est le cas en Finlande, où la scolarité secondaire reste peu différenciée, et, dans une moindre mesure, au Portugal. Dans d’autres pays tels que la Norvège, le Royaume-Uni ou l’Espagne, le système éducatif privilégie une sélection double des flux, à l’entrée dans le secondaire supérieur et dans le supérieur.

inégalités aggravées

Le fait que la règle du jeu en France soit peu ou prou la même pour tous les bacheliers et que les universités ne soient pas légalement autorisées à sélectionner préfigure un système certes ouvert, mais non régulé, qui renforce les inégalités. Dans les pays où les régulations sont minimales tant en amont qu’en aval (France, Grèce, Irlande, etc.), l’équité (mesurée par la diversité sociodémographique des primo-accédants) est bonne, mais le système est globalement peu efficace : moins la sélection est forte, plus les étudiants risquent de ne pas obtenir leur diplôme et d’être confrontés au chômage. Et les pays où les établissements supérieurs jouent un rôle actif dans le recrutement de leurs étudiants ont de meilleurs taux de diplômation.

Laure Endrizzi
Chargée d’études, service Veille et analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon


[2Study on the impact of admission systems on higher education outcomes, 2017, https://m-url.eu/r-1jzn

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Bienveillants et exigeants
La notion de bienveillance a fait ces dernières années une entrée en force à l’école. Son articulation avec la mission principale de l’école (transmettre) n’est pas simple, surtout lorsqu’on inscrit cette «  transmission  » dans l’exigence que tous les élèves parviennent à un niveau qui leur donne de l’autonomie.

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