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L’actualité éducative du N°438 de décembre 2005

Communiqué
Les ZEP sont-elles un échec ?

En septembre dernier, la presse s’est fait l’écho d’un rapport (daté de 2003) paru dans la revue Économie et Statistiques . Cette étude de l’Insee fait fi de la rigueur qu’il faudrait pour analyser, et on sait combien c’est difficile, les effets des ZEP. L’OZP a publié un communiqué que nous avons souhaité reproduire ici.

L’OZP [1] n’a pas attendu la publication de l’étude du Crest-Insee pour dénoncer les carences de la politique d’éducation prioritaire.
D’une part, dans des territoires peu nombreux (3 à 4 % des élèves), le service public est défaillant, l’échec scolaire s’approfondit, l’exclusion sociale se transmet, des ghettos se forment. Pour ces territoires nous revendiquons des mesures beaucoup plus radicales que les ZEP actuelles et nous avons demandé au ministre que l’expérimentation qu’il annonce en ZEP porte sur ces territoires.
D’autre part, dans les ZEP ordinaires (les ZEP concernent aujourd’hui 22 % des élèves des écoles et collèges publics), nous constatons une absence de pilotage et une politique qui se réduit à l’octroi de quelques moyens supplémentaires (deux élèves en moins par classe) et de quelques primes. Les exemples de ZEP qui réussissent sont nombreux : ils ont comme caractéristique commune des équipes mobilisées autour d’un projet et en partenariat avec le milieu environnant.
Une étude du Crest-Insee qui circulait depuis deux ans, publiée maintenant dans « Économie et Statistiques », va faire des dégâts. Ce qui émerge pour l’opinion c’est la conclusion que les ZEP n’ont eu aucun effet significatif sur l’échec scolaire et que donc on peut supprimer le dispositif.
Cette étude ne répond qu’à une question étroite : « Les moyens - importants, prétendent-ils, attribués aux ZEP sont-ils justifiés par l’augmentation des performances des élèves ? » L’étude confirme que quelques moyens supplémentaires n’apportent pas de changement décisif. Des statisticiens étrangers au monde de l’éducation ne peuvent aller plus loin que ce constat. En le faisant, ils autorisent des conclusions abusives : ça ne marche pas, arrêtons les frais ! L’éducation prioritaire se réduirait ainsi à une augmentation des moyens, comme le pensent aussi ceux qui réclament le classement en ZEP chaque fois qu’une voiture brûle quelque part !
L’Insee reprend en fait une analyse de la DEP montrant qu’il n’y a pas eu de rattrapage pour les ZEP, mais que l’écart ne s’est pas creusé non plus. La réussite de certaines ZEP est annulée par l’aggravation de la situation de celles où le service public est défaillant et où la ségrégation sociale s’approfondit.
Plutôt que sembler découvrir cette réalité et vouloir tirer un trait sur les ZEP, mieux vaut engager, comme prévu, des expérimentations, en choisissant un petit nombre de territoires où il est urgent de rendre à l’Éducation nationale la capacité d’être efficace. L’OZP, pour sa part, a déjà présenté des analyses et des propositions précises en demandant la création de sites urbains prioritaires en éducation (SUPE).


[1L’association « Observatoire des zones prioritaires » (OZP), créée en 1990, a pour objectif de favoriser la réflexion sur les ZEP, les REP et l’éducation prioritaire, et plus largement sur la discrimination positive, la lutte contre l’échec scolaire et l’exclusion dans les territoires défavorisés.
[ Consulter le site de l’OZP ]
Sur le même sujet et sur le même site, lire absolument l’article de Marie Duru-Bellat sur les critères de réussite en ZEP :
[ Lire l’article ]