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Comment enseigner l’orthographe aujourd’hui ?

Catherine Brissaud et Danièle Cogis, Hatier, 2011 (avec une contribution de Jean-Pierre Jaffré, Jean-Christophe Pellat, Michel Fayol)

7 mars 2012

Pratiquez-vous le remue-méninge orthographique, la dictée sans erreurs, l’atelier de négociation graphique, la phrase donnée du jour, la dictée sur ordinateur, la production écrite à contrainte ?… Si c’est le cas, vous pouvez peut-être vous passer de ce livre dont le titre laisse entendre l’ambition : armer les enseignants pour plus d’efficacité.

Le défi est de taille. Les performances des élèves, du moins en orthographe grammaticale, ont baissé depuis une vingtaine d’années, comme le montre une recherche rappelée dans l’ouvrage : les élèves de 6e ont les performances de ceux de CM2 des années 80, ceux de 4e ceux des élèves de 6e de l’époque. Rien ne sert cependant de pleurer un prétendu âge d’or ni de demander un retour aux méthodes d’autrefois. La durée que l’on peut consacrer aujourd’hui à l’enseignement de l’orthographe n’est plus la même et il s’agit avant tout de rationaliser cet enseignement.

Or nous disposons aujourd’hui, pour jeter les bases d’un enseignement raisonné et efficace, d’une série de connaissances issues de la recherche et de propositions didactiques, capitalisées et systématisées dans cet ouvrage. Des connaissances linguistiques sur la description du système orthographique du français, complexe, mais cohérent. Des connaissances psycholinguistiques sur la manière dont les enfants s’approprient ce système. Des connaissances historiques sur les évolutions de l’orthographe française et sur les traditions d’enseignement dont nous sommes les héritiers dans le domaine. Des propositions didactiques novatrices aussi, comme celles que nous évoquions dans les premières lignes de ce compte-rendu, novatrices encore aujourd’hui même si certaines d’entre elles remontent aux années 70. Cet ouvrage livre aux enseignants des solutions concrètes. Mais des solutions qui ne valent que parce que leur logique est explicitée par les savoirs de référence présentés.

L’ouvrage se déroule en trois grands parcours. La première partie énonce des principes. Les auteures s’y appuient sur des productions d’élèves, aident à réfléchir sur celles-ci, montrent comment les erreurs nous aident à voir des états des représentations orthographiques des élèves. Elles expliquent notamment ce qu’est une progression (par opposition à une simple répartition des contenus à enseigner), montrent comment évaluer les progrès des élèves, analysent les impasses auxquelles on arrive lorsqu’on privilégie les tâches mécaniques… Elles fixent des repères et présentent une typologie d’activités pour apprendre.

La deuxième partie offre des approfondissements sur plusieurs questions abordées dans la première partie : l’économie de l’orthographe, entre norme et usages, les processus cognitifs d’acquisition, les aspects historiques.
La troisième partie, la plus volumineuse, propose douze « cartes », douze propositions de travail pour enseigner douze notions importantes. Certaines concernent le mot et ses graphèmes, d’autres la phrase et les accords, les dernières le texte. Ce sont des séquences progressives et rigoureuses, où les activités, variées et inventives, sont en outre de nature à donner aux élèves le gout des mots. De ce point de vue, les conceptions concrétisées par ces activités devraient concourir, comme le souhaitent les auteures, à sortir l’orthographe de sa réputation de discipline épouvantail.

Saluons donc la réussite de ce bel outil de formation (et d’autoformation), qui va rapidement devenir une référence indispensable.

Jacques Crinon


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