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Numérique

Collaborer ou résister

Sophie Cheminade

24 janvier 2018

Utiliser au mieux les ressources numériques pour dynamiser l’enseignement du français et faire le lien avec d’autres disciplines. Un projet interdisciplinaire permet d’aborder autrement Antigone d’Anouilh en mettant en résonance le personnage mythologique et les figures de la Résistance.


Professeure de français en collège, j’ai entendu parler d’Educ’ARTE pour la première fois au printemps dernier. Ils recherchaient des professeurs pour visionner des documentaires et pointer quels étaient les points du programme de français qui y étaient traités. Quand j’en ai eu l’occasion, j’ai souhaité tenter d’utiliser les possibilités offertes par ces ressources avec une classe de 3e, à l’occasion d’une séquence sur Antigone de Jean Anouilh, dans le cadre de l’objet d’étude « Agir dans la cité : Individu et pouvoir ».

Cette pièce de théâtre a été écrite entre 1941 et 1942, pendant l’Occupation allemande. Jean Anouilh n’était pas un résistant, mais cette tragédie inspirée de Sophocle et jouée pour la première fois en 1944 laisse penser que son contexte d’écriture et de création n’est pas anodin et résonne avec son contenu : Antigone désobéit au roi Créon, son oncle, qui interdit à quiconque d’enterrer son frère pour le punir d’avoir attaqué la cité. Elle fait le choix de la loi de sa conscience contre la loi des hommes et rend les honneurs funèbres à son frère.

Quels objectifs ?

Ce n’était pas la première fois que j’étudiais Antigone avec une classe de 3e, mais utiliser les ressources proposées par Educ’ARTE me donnait l’occasion de le faire de façon différente, d’enrichir mes pratiques à l’aide de supports visuels qui intéressent toujours les élèves et peuvent être l’occasion de les lancer dans une activité avec tout l’enthousiasme dont ils sont capables.

Mon objectif était d’apporter à mes élèves les bagages culturels nécessaires à la compréhension de la pièce, à la fois mythologiques, historiques, littéraires et artistiques, de façon ludique et interactive. Il s’agissait de leur faire lire une pièce de théâtre, et de leur donner plus de chance de la comprendre dans toutes ses dimensions.

En amont, un agréable mais important travail de visionnage m’attendait : pour sélectionner plusieurs extraits illustrant le contexte mythologique et historique de la pièce, il m’a fallu regarder plusieurs heures de documentaires. J’ai dû ensuite m’approprier les outils techniques proposés par le site Educ’ARTE : faire sa propre sélection d’extraits, créer des cartes mentales, dont l’intérêt est à la fois de donner une sorte de plan du cours aux élèves et de mettre à la disposition du professeur (sur la même page) les liens vidéos de tous les extraits qu’il a sélectionnés. Certes, il faut prendre le temps de s’approprier ces outils, mais c’est tout à fait réalisable dans la mesure où on est guidé étape par étape.

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Des lycéens utilisent le service Educ’ARTE

Mythologie, Lettres et Histoire

Vient ensuite le travail en classe. Avant la lecture de la pièce, on commence par expliciter les références mythologiques. On demande aux élèves de visionner à la maison Les grands mythes, Œdipe, le déchiffreur d’énigmes, (Sylvain Bergère, 2016) et de se mettre en groupe pour préparer un exposé sur le mythe d’Œdipe, le père d’Antigone. On visionne ensuite en classe Les grands mythes, Antigone, celle qui a dit non, en insistant sur deux extraits pour expliquer la décision de Créon qui veut faire un exemple pour asseoir son pouvoir, et pour démontrer qu’Antigone est devenue une allégorie de la Résistance.

Parler d’Antigone pendant l’Occupation, c’est comparer « le vieillard de Thèbes » et ses compromissions à Philippe Pétain, et Antigone aux Résistants qui ont dit non au régime de Vichy pour obéir à leur propre conscience. Le travail sur ces deux extraits rejoint la problématique de la pièce : collaborer ou résister, très transparente dans les dialogues de la pièce où Créon et Antigone s’affrontent.

On utilise ensuite un extrait tiré du premier épisode de la série Les combattants de l’ombre (Bernard George, 2009, série de six documentaires sur les Résistants en Europe) pour rappeler aux élèves un point du programme étudié en Histoire. En 1940, la France perd la guerre contre l’Allemagne. Pétain signe l’armistice et De Gaulle lance son appel du 18 juin. Pour beaucoup de Français, une longue période d’attentisme commence. Pour d’autres, c’est le moment de faire un choix entre Vichy et Londres.

Résistance

Les trois dernières vidéos tirées des Combattants de l’ombre présentent trois façons différentes de résister pendant l’Occupation, qui entrent en résonance avec la pièce d’Anouilh. Le quatrième extrait nous donne à entendre le fondateur du journal clandestin Défense de la France, expliquant le rôle des intellectuels qui ont écrit pour « donner le moral aux résistants ».

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Ensuite, le cinquième extrait présente les témoignages croisés de deux anciens résistants qui racontent leur interrogatoire par la Gestapo suite à leur arrestation pour des faits de Résistance. Cet extrait est visionné en perspective de l’étude du duel verbal entre Antigone et Créon à la fin de la pièce.
Enfin dans un sixième extrait, un résistant grec raconte comment il a volé le drapeau nazi sur l’Acropole avec l’aide d’un ami. On fait en sorte de permettre aux élèves de rapprocher cet acte aussi héroïque que symbolique du début de la tragédie d’Anouilh, dans le dialogue entre Antigone et sa nourrice qui surprend la jeune fille alors qu’elle rentre du désert où elle vient d’ensevelir son frère. Il y a un quiproquo, la nourrice ne comprenant pas ce qu’a fait Antigone, contrairement à la mère du résistant dans l’extrait. On amène aussi les élèves à rapprocher cet acte de Résistance en Grèce des origines grecques de la pièce.

Interdisciplinarité

L’ensemble des extraits étudiés permettant aux élèves de mieux comprendre l’œuvre d’Anouilh, on leur propose le sujet de rédaction suivant : « Dire non, est-ce facile ? ». Les élèves ont pour consigne de tirer leurs exemples et leurs arguments aussi bien de la pièce d’Anouilh que de leur bagage historique, mythologique et personnel.

Educ’ARTE est une mine qui permet aux élèves d’enrichir leur culture générale. C’est un outil innovant qui permet de faciliter le travail en interdisciplinarité, avec les professeurs d’histoire notamment, mais pas seulement : il peut être tout aussi intéressant de travailler avec un professeur d’arts plastiques sur l’évolution dans l’histoire de l’art de l’iconographie du personnage d’Antigone par exemple.

Enfin, l’intérêt des élèves est éveillé plus facilement à l’aide des images que d’un long rappel magistral de leur cours d’histoire ou de latin, ce qui vivifie les séances de français. Les élèves s’expriment à l’oral, débattent, réagissent aux extraits proposés, s’émeuvent en écoutant un témoignage, éclatent de rire parfois… L’étude de cette pièce fonctionne toujours très bien avec les élèves, qui s’identifient facilement avec cette adolescente révoltée, mais cette année j’ai vraiment vu un regain d’intérêt et il est indéniable que l’apport du numérique par rapport à mes séances antérieures y est pour beaucoup. Je renouvellerai cette expérience sans hésiter.

Sophie Cheminade
Professeure de français

Educ’ARTE, la ressource pédagogique de la chaine ARTE

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Les Cahiers pédagogiques sont partenaires d’Educ’ARTE depuis son lancement en 2016. Il s’agit d’une ressource dédiée aux enseignants et à leurs élèves, quelle que soit leur agilité numérique. Elle donne accès en illimité à plus de 850 vidéos issues du meilleur d’ARTE, dans toutes les disciplines, du primaire au lycée, ainsi qu’à des outils pour personnaliser les vidéos et les intégrer à des cours. Plus de 500 établissements utilisent aujourd’hui Educ’ARTE en France et en Allemagne.
À partir des vidéos, les enseignants et les élèves peuvent créer leurs propres extraits vidéo, ainsi que des cartes mentales. Chaque extrait peut être personnalisé par l’ajout de texte, de son, d’images ou d’un quizz.
Educ’ARTE permet aussi de favoriser l’apprentissage des langues étrangères : 80 % des vidéos peuvent être regardées en français ou en allemand, avec ou sans sous-titres, et une partie en anglais.
Les scripts des vidéos sont téléchargeables dans les différentes langues, et affichables en intégralité sur le côté de la vidéo pendant le visionnage. Au-delà son intérêt pédagogique, cette fonctionnalité permet de faire des recherches par mots clés dans la vidéo, et ainsi d’identifier des passages pertinents sans avoir à regarder le programme en entier.
Les vidéos d’Educ’ARTE sont disponibles en streaming et en téléchargement ; elles peuvent être projetées en classe, intégrées à un cahier de texte numérique ou partagées avec les élèves ou d’autres enseignants.
Educ’ARTE est un service sur abonnement annuel de l’établissement et le tarif dépend du nombre d’élèves.
Dans le cadre de son partenariat avec ce service, les établissements abonnés aux Cahiers pédagogiques bénéficient de 15 % de réduction.
Pour tester gratuitement le service pendant 30 jours, rendez-vous sur www.educarte.fr.
Pour toute demande d’information ou de devis, merci de contacter educarte@artefrance.fr.


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