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La chronique d’é.l@b du numéro 513

Cheminer les yeux fermés

Pascale Michels

30 avril 2014

Pascale Michels est professeure de lettres au collège de Gréasque, dans l’académie d’Aix-Marseille. Autour d’elle et de toute une équipe, deux classes de 6e et deux classes de CM2 ont élaboré un parcours touristique accessible aux malvoyants, entre le collège et la nouvelle école de leur village. Il leur a fallu rédiger un texte décrivant chaque lieu et son histoire, enregistrer une version audio et s’appuyer sur d’autres sens que la vue : le bruit de la route, l’odeur du pain de la boulangerie.


« Cheminer les yeux fermés  » a mobilisé toute une équipe : les élèves ont traduit leur guide en anglais pour les touristes étrangers. Ils ont étudié l’histoire des arts au travers du film d’Agnès Varda, Les Glaneurs et la Glaneuse (2000) à propos de l’aire de battage du village, et lors de la rencontre avec un compagnon du devoir venu expliquer un chef-d’œuvre caché sur le toit de la poste. Ils ont également créé de la musique pour l’application et une vidéo stop motion pour assurer la promotion du projet qu’ils sont allés présenter aux Rencontres de l’Orme.

Mais où se cache donc la technologie ? Elle se fait discrète, au service des besoins du projet. «  Le support tablette s’est imposé. Nous avons obtenu quatre tablettes du rectorat, établi un partenariat avec un entrepreneur local qui développait une application de géolocalisation dédiée au tourisme, fait appel à un non-voyant pour nous aider à rendre le parcours accessible.  » Ce projet fait partie du programme «  Culture numérique pour tous  » du rectorat d’Aix-Marseille, qui prévoit des formations pour apprendre aux collègues à travailler ensemble avec le numérique. Les élèves ont réfléchi à la situation de communication : pour chacun des publics, il a fallu choisir le support (texte, image, son) et sélectionner les contenus adaptés.

difficultés et aides

Pas facile de convaincre les partenaires et de dynamiser l’équipe sur le long terme, d’apprendre à travailler ensemble, de trouver des moments de concertation, de se former les uns les autres, s’échanger les heures, coanimer des séances. Pas simple non plus de trouver les financements, le matériel, de rassurer les parents. «  Les soutiens sont indispensables. Pour nous, ils sont venus de la délégation académique au numérique du rectorat qui nous a accordé la formation et les tablettes, du conseil général qui nous a offert une subvention et finance un informaticien à demeure au collège, et d’une IEN dynamique, sans compter la mairie et notre nouveau chef d’établissement convaincu de la qualité de notre travail.  » Du côté des élèves, «  il faut les rendre autonomes, les faire collaborer, les faire lire et écrire  ». La reconnaissance de la presse a fait beaucoup pour maintenir la motivation.

Pascale Michels, en tout cas, est prête à recommencer : «  Cette année, on continue avec un nouveau projet, "Gréasque a bonne mine". Rendez-vous l’an prochain avec une idée simple et fédératrice.  » On attend des nouvelles !


Pour en savoir plus
http://bit.ly/1lKQJWh

Sur la librairie

 

Quelle éducation laïque à la morale ?
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.