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Éditorial du n° 522, Tous compétents en français

Champ de bataille

Cécile Blanchard


D’un côté du champ de bataille (sanglante, la bataille), ceux qui disent lutter pour le changement dans le système éducatif, pour plus d’égalité, mais pas maintenant, pas comme ça. De l’autre, ceux qui revendiquent un système élitiste, où certains sont propulsés vers le haut, vers l’excellence, qu’il ne faudrait pas tirer vers le bas en les obligeant à partager le sort commun. Tous, finalement unis dans un même refus.

Et puis, pris entre les deux feux, ceux qui depuis des années, des dizaines d’années, veulent changer l’école, fût-ce à pas comptés, mesurés, pour avancer. La ministre étant au milieu de ceux-là, même si elle n’est là, elle, que depuis une dizaine de mois, on les accuse de la suivre, ces suivistes. Ne serait-ce pas plutôt le contraire ? Si ! J’en vois aussi qui dénoncent les méfaits des pédagogistes qui seraient à la manœuvre depuis des années. Tout va bien.

Résumons. Cette réforme est dangereuse, parce qu’elle porte la marque d’une politique de droite inégalitaire teintée de gauchisme égalitariste. Elle est abominable, parce qu’elle rétablit la chronologie dans les programmes d’histoire (qui n’avait jamais été supprimée) tout en la faisant diparaitre (ou est-ce l’inverse ?). Elle est catastrophique parce qu’elle supprime les classes bilangues pour 10 % des élèves de 6e et les instaure pour tous les élèves de 5e. Elle est apocalyptique enfin, parce qu’elle ne rétablira pas l’égalité entre les élèves tout en n’étant pas assez élitiste. On en perdrait son latin !

Entre le moment où nous terminons ce numéro et celui où vous le lirez, le 19 mai aura passé, avec une grève plus ou moins suivie. Le décret instaurant la réforme du collège aura peut-être été publié, peut-être modifié par rapport à la version adoptée. Mais le champ de bataille restera tel quel, jusqu’à la prochaine. Ainsi en va-t-il des réformes dans l’éducation. Tout au plus change le nombre de belligérants.

D’ici là, et puisque les vacances approchent, reposez-vous, rêvez ou réfléchissez à une école où tous les élèves seront compétents en français, attrapés par la passion du savoir, où tous les enseignants seront enthousiastes à l’idée de chercher ensemble de nouvelles façon d’enseigner pour mieux faire réussir les élèves.

Sur la librairie

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Tous compétents en français
Comment les apprentissages de la lecture, de l’écriture, de l’oral s’actualisent-ils dans nos classes et nos cours quand l’enseignement du français ne se fixe plus comme finalité la sélection (reproduction) des « élites » mais la réussite de tous les élèves, y compris les plus éloignés de l’univers de l’école ?