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Recension parue dans le N°459 de janvier 2008

Chagrin d’école

Daniel Pennac, Folio 2007.

5 janvier 2008

Je étant un personnage récurrent dans les oeuvres de Daniel Pennac, et dans Chagrin d’école un Je plus clairement personnel à l’auteur que dans d’autres, je
m’autorise d’emblée la subjectivité.
J’ai lu le livre. Vous, enseignants, l’avez lu ou le lirez, le livre aura été le même, mais ce que nous en lisons, ce que nous y trouvons, la réflexion que nous y nourrirons,
nous sera aussi personnelle que ce Je réel, devenu personnage pour transmettre son expérience, sa nourriture intellectuelle, culturelle, humaine, ses réflexions,
résumons : son savoir. Qui se mêle au vôtre, s’y heurte parfois, vous conforte par ailleurs et quoi qu’il en soit, vous exalte comme au lever d’un tabou.
Daniel Pennac, auteur, prof de français, et Pennachionni, cancre, en soulèvent plus d’un ici, avec la délicatesse de l’humour et la richesse de la bienveillance. Mais
c’est votre lecture qui expose son oeuvre à ses conséquences.
Pennac et moi. Chagrin d’école et votre pomme. Voilà qui importe. Que vous soyez d’accord ou non avec tel ou tel chapitre, qu’importe, tant que vous revivez votre vie en parallèle à celle que vous lisez. Ce qu’on vous propose là est une interaction professionnelle et intime. Je
vous offre donc ce qu’il apporte à un lecteur, parmi d’autres.
La société change depuis une trentaine d’années, et ce n’est pas une première dans l’histoire, mais le fait est que nous ne sommes pas en période de stabilité. Preuve en est cette panique des enseignants devant l’impuissance de leurs outils, devant l’inflation des savoirs à acquérir listés par les programmes, toujours nouveaux, toujours plus nombreux, devant l’invisibilité du besoin de savoir en chacun de nous, étouffé avant d’éclore par la facilité d’y accéder.
Mais si. L’accès au savoir pour tous, c’est à présent atteint pour 30 euros par mois seulement par foyer. Google est ton ami. Tu tapes le mot-clé, t’envoies et voilà 307 923 pages de documentation, tu choisis les trois premières, tu copies, tu colles, t’imprimes, et en l’espace de deux minutes tu as bel et bien pondu un devoir
parfait d’au moins 15/20 de valeur. Depuis Rousseau, l’enseignement oeuvre à donner accès au savoir à tous. Et bien nous y sommes. L’accès est donné.
Alors, échec scolaire, d’accord, mais qu’est-ce qui échoue ? Qu’est-ce qui nous manque encore, aujourd’hui, ici ? En
lisant Chagrin d’école, j’ai pensé, j’ai comparé, et au final, j’en suis sortie confortée dans mes aspirations, quelque peu consolée de mes échecs et fière de mes réussites scolaires, tant ceux de l’époque où j’étais élève, que de celle où j’étais prof. Et je repars à l’aventure de la culture à l’école avec un savoir, un soutien intellectuel supplémentaire.
Offrir à chacun l’accès au savoir, c’est en cette partie du monde chose faite. Cela reste néanmoins à compléter. Pennac
s’est penché sur ce qui fait la différence entre un « bon prof » et une « mauvaise rencontre » et propose tout un essai romancé de pistes, dont je retiens celles-
ci : un « bon prof » accomplit le même programme qu’une « mauvaise rencontre », il enseigne sa matière, avec son
tempérament et son caractère, mais il éveille le besoin de savoir, offre la satisfaction, la force, la fierté de comprendre, et maintient tout au long de son exercice une attention et une attitude bienveillante envers ses élèves.
J’y ajoute une dernière qui vous paraîtra peut-être plus glissante, et que je vous laisse en guise de devoir. Au sujet d’un tabou indicible. Une interdiction absolue.
Quelque chose dont vous ressentez néanmoins l’inévitable présence.
Qu’est-ce que l’amour entre un enseignant et ses élèves ? Vous rédigerez une argumentation raisonnée et intime en vous appuyant sur votre expérience professionnelle
et vos lectures.

Marina Dejanovic