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Ces écoles pas comme les autres

Peter Gumbel, La librairie Vuibert, 2015, 252 pages.

30 septembre 2015

On avait lu avec plaisir il y a quelques années l’analyse sévère d’un système scolaire français qui «  achevait bien les élèves  » de la part de cet essayiste britannique, fin observateur de nos travers éducatifs (voir aussi son interview sur notre site). Le nouvel ouvrage qu’il vient de publier revient sur le sujet, mais par le biais de ce qu’il appelle des «  dissidences  ». Et là nous ne manquons pas de nous interroger sur le champ d’investigation de l’auteur : dans son enquête, sur le terrain et auprès de nombreux acteurs de ces «  dissidences  », il englobe des courants et des conceptions de l’enseignement vraiment aux antipodes, semblant les valoriser tous sous prétexte qu’ils s’opposent au système dominant. Autant on prend du plaisir à lire les descriptions sympathiques de l’école de Mons en Bareul ou des micro-lycées, autant on est intéressé par l’expérience Decroly ou celle, plus solitaire de Céline Alvarez s’inscrivant dans la mouvance Montessori, autant on ne peut qu’être dubitatif sur certaines autres évocations. Passons sur le chapitre consacré à la pédagogie Steiner (écoles Waldof) où l’auteur évacue bien vite les doutes sur la validité de l’enseignement qui y est prodigué (mais les contrôles étatiques semblent quelque peu diabolisés dans le livre). Mais on aurait surtout aimé plus d’esprit critique pour évoquer par exemple l’école Alexandre Dumas qui à Montfermeil ressuscite l’école d’un sombre autrefois, à coup de récitations par cœur et de discipline pure et dure dans une ambiance religieuse ultra. Efficacité ? On demande à voir, et efficacité pour quelle formation, pour quelle citoyenneté ? Peut-on vraiment trouver un point commun entre ces écoles hors contrat, s’inscrivant dans l’idéologie ultra-libérale de SOS éducation avec la pédagogie Freinet qui prône l’émancipation et le développement de la créativité, dans le cadre du service public ? A la fin du livre, un entretien avec JM Blanquer, référence pour l’auteur, est en fait significative d’une conception qui place l’innovation au premier plan sans trop regarder ses finalités et ce qu’elle recouvre. Est-ce la même chose de construire une autre école avec des familles populaires en REP + et de mettre d’importants moyens pour l’internat d’excellence de Sourdun ? Si on peut être d’accord pour louer l’esprit d’innovation en soi, reste qu’il faut se demander au service de quoi cette innovation se développe. Et dans certains cas, l’innovation semble surtout résider dans la capacité à revenir en arrière toute !

On reste donc sur sa faim, tout en parcourant un livre plaisant, au style vif et à l’humour british (tant pis pour le stéréotype), mais qui développe une idée du changement dans l’éducation qui ne convainc pas vraiment, dès lors qu’on privilégie le «  pragmatisme  » de façon outrancière et qu’on semble oublier les batailles de valeurs et de finalités qui gardent toute leur importance dans les débats sur l’école.

Jean-Michel Zakhartchouk