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L’actualité éducative du N°421 - février 2004

Ce que disent les élèves

Par François Colsaët


Débat dans mon lycée : deux demi-journées fixées par le recteur (les mêmes dans tous les établissements du département). Le Conseil d’administration avait décidé que les profs choisiraient un thème, les délégués élèves un autre, et les parents un troisième. Les profs ont choisi le thème 8 : comment motiver et faire travailler efficacement les élèves ? ; les parents avaient choisi le 16 : quelles relations établir entre les membres de la communauté éducative, en particulier entre parents et professeurs et entre professeurs et élèves ? Les élèves le 17 : comment améliorer la qualité de la vie des élèves à l’école ?
En fait la réunion n’a été ouverte à tous que tardivement, ce qui fait que peu de parents et d’élèves sont présents.
À 13 h 30 le proviseur donne les trois thèmes et indique les salles puis annonce solennellement qu’il a reçu instructions que ni le chef d’établissement, ni l’adjoint ne participent au débat, et sort avec son adjointe... en laissant à l’animatrice (chef d’établissement en retraite, venue au titre de la FOL) la tâche de donner la parole à la responsable du SNES qui l’avait demandée avant la sortie du proviseur...
Le SNES déclare donc qu’il a décidé d’être présent à la fois dans les ateliers du débat et dans une réunion « hors débat » réunissant ceux qui ont refusé de participer (certains du SNES, de Sud, et probablement des non-syndiqués...).
L’assemblée se sépare par ateliers autour de chaque thème. Pour le thème « des parents », on n’est que quatre... on décide donc de ne pas faire cet atelier. Je vais à celui sur le thème des élèves, animé par une COP du lycée. Il y a quelques profs, deux CPE, une mère d’élève, l’infirmière, et vingt à trente délégués d’élèves.
Donc atelier sur le thème des élèves... Ça fait du bien, ils disent des choses sensées, sur l’emploi du temps, le bruit, l’impossibilité pour ceux qui veulent travailler à fond, d’avoir une vie normale, des activités extérieures, et même de voir leur famille autant qu’ils le voudraient. Ils disent la difficulté d’organiser des clubs dans le lycée quand les cours entre 12 h 00 et 13 h 30 se multiplient... Ils disent aussi leur besoin, dans certains cas, d’avoir un vrai dialogue avec leurs profs, de se voir reconnaître comme des personnes à part entière, et pas seulement comme des machines à rendre des devoirs. Les CPE confirment cette impression. Nous adultes, disons aussi notre envie d’avoir des espaces de dialogues possibles (sans obligations pour personne, profs ni élèves), de n’être pas toujours pressés parce que le cours suivant attend, à l’autre bout du bâtiment... On voit émerger un certain nombre de questions qui pourraient, si on le veut, être abordées au niveau de l’établissement, même si on ne fera pas de miracles. On voit aussi soulever des questions plus larges (à quoi ça sert d’apprendre... « la démocratie à Athènes » ? On a échappé aux maths, probablement parce que j’étais là !). Aux solutions « simplistes » (supprimer certaines notions ou certaines matières), on peut opposer des réponses plus nuancées : et si on l’enseignait autrement ?.. On dit clairement qu’il faut savoir faire la différence entre les idées qui peuvent être travaillées au niveau de l’établissement, et celles pour lesquelles on ne peut qu’espérer qu’elles seront entendues plus haut.
Bref, un moment intéressant pour tous.
Retour ensuite en grand groupe, où un rapporteur pour chaque groupe donne l’essentiel...
À noter enfin : nous apprenons, par les collègues qui avaient refusé de participer au débat, que le proviseur est allé interrompre leur réunion en salle des profs, leur disant que cette réunion était illégale et qu’ils commettaient une faute... Il semble qu’il se soit un peu calmé lorsque la délégation est allée le voir ensuite dans son bureau, personne n’en a reparlé cette semaine...

Françoise Colsaët