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L’actualité du n° 512 - Quel cinéma !

Ça va ou bien ?

La chronique d’é.l@b.

Anne Andrist enseigne à Lausanne, en Suisse, dans une classe d’enseignement spécialisé pédago-thérapeutique. Ses treize élèves ont entre 12 et 15 ans et souffrent de troubles divers : psychose, autisme, troubles massifs des apprentissages, cumulant parfois dysphasie, dyslexie, dysgraphie, dyscalculie.

« Bonjour. Ça va ou bien ? Petite capsule vidéo. Aujourd’hui, les adverbes.  » La voix, chaleureuse et tonique, est celle d’Anne Andrist. À l’écran, des séries de mots. La voix explique, des commentaires s’affichent, des mots sont entourés, soulignés. « Allez, à demain !  » En deux minutes, chaque petite capsule vidéo présentera ainsi la division par quatre, le conditionnel ou la loi des zéros. Les élèves auront en tout cas à en visionner à la maison ou dans l’école après les cours et à compléter une fiche.

Pourquoi avoir choisi cette démarche d’enseignement ? «  La pédagogie inversée permet de réduire le temps d’exposé magistral et de nous consacrer à des travaux pratiques différenciés et personnalisés.  » Personnalisés… La conception de ces capsules destinées à treize élèves présentant des troubles psychiques et des apprentissages lourds et disparates ne manque pas d’étonner : comment donc les adapter ? «  Nous menons des observations fines dans une approche clinique afin de définir les objectifs, les compétences, les savoirs théorico-pratiques et les attitudes à travailler. Entre des grilles d’observation et des discussions en équipe avec un orthophoniste, un psychologue, un éducateur et les enseignants, et les demandes des élèves, nous affinons nos manières de travailler.  »

De retour en classe, tout continue : «  Lorsque les élèves me remettent leur fiche de recherche, je tiens compte de leurs découvertes, de leurs soucis, de leurs questionnements, pour pouvoir à cette étape différencier et individualiser à travers une séance de remédiation.  » Remédiation, insiste Anne Andrist, et non soutien : « La remédiation a pour objectif d’accompagner l’élève dans des démarches réflexives autour d’une notion, d’une découverte, d’un point de français ou de mathématiques déjà vu.  » Les élèves ont une feuille de plan de travail hebdomadaire sur laquelle ils inscrivent leurs choix de travail et d’activités : ils pourront écrire un article de blog ou enregistrer une chronique radio sur les jeux vidéos, la musique, une sortie, l’actualité, le sport, ou bien contribuer à des projets collectifs en géographie, histoire ou sciences.

Côté matériel, ils disposent de leurs smartphones personnels, d’ordinateurs, de tablettes et de baladeurs enregistreurs. «  L’outil numérique sera pensé notamment en termes de cadre sécurisant.  » Car la condition première pour apprendre, c’est de contenir la souffrance et l’angoisse dans laquelle ces élèves baignent depuis des années. « Ces capsules vidéos représentent par exemple un rituel qui nous relie, le “Bonjour, ça va ou bien ?” avec ma voix qu’ils connaissent par cœur les emporte au-delà de leurs craintes.  »

Pour Anne Andrist qui crée et utilise ces capsules vidéos depuis huit mois, l’impact est indéniable : «  Ils retournent régulièrement vers ces aide-mémoires, ils les écoutent, ils s’interrogent et reprennent leurs traces écrites. Je constate aussi une plus grande motivation pour produire des articles de blog, un assouplissement de leur rigidité psychique, une concentration plus longue.  »

Au-delà des capsules et des outils, il reste à saluer le soin de cette enseignante pour ces élèves tout particuliers, composant, inventant avec leur réel.

Références

http://anneandrist.ch/cavaoubienblog/
http://anneandrist.ch/capsules/