Accueil > Publications > Les billets du mois > Brèves de rentrée


Billet du mois (N°408, novembre 2002)

Brèves de rentrée

Par Jacques George


Il y a eu des écoles occupées par les parents pour empêcher la fermeture d’une classe. Comment en effet savoir en juin de combien de classes on aurait besoin à la rentrée ? Alors, les inspecteurs sont venus compter eux-mêmes les élèves. Les directeurs d’école ont pu, à cette occasion, vérifier si leurs supérieurs savent compter jusqu’à trente. Les directeurs d‘école, d’ailleurs, continuent leur grève administrative sans que cela n’affecte beaucoup la machine. Ils vont devoir tout en même temps trouver des moyens de pression plus efficaces et mesurer le poids de leur fonction.

On a embauché des auxiliaires, contractuels, vacataires. Admirons l’inventivité dont font preuve les responsables pour tout simplement ne pas mettre de titulaires - dûment formés bien sûr - dans les classes. Méditons sur le peu de disposition des mêmes responsables pour la voyance : ils se sont montrés incapables de prédire en juin et encore moins il y a quatre ou cinq ans - le temps qu’il faut pour former un enseignant - combien il faudrait de profs à cette rentrée.

Les IUFM ont fait leur plein, et la critique des IUFM bat son plein. En vertu du principe qu’il n’y aurait pas besoin de formation pour être un bon prof - on naît cuisinier, on devient rôtisseur -, on envoie directement dans les classes un bon nombre de gens pleins d’enthousiasme malgré leur échec au concours. Les lauréats, eux, vont recevoir une formation coûteuse... Encore un effort : après les IUFM, supprimons les concours !

On dit que les profs ne lisent pas, en tous cas pas de livres sur l’école ni sur la pédagogie. On se demande donc qui lit la bonne douzaine de livres parus à la rentrée, qui démontrent à quel point l’école va à sa perte, qu’elle est déjà perdue, qu’elle est anéantie. Nous ne nommerons pas ici l’ennemi public numéro un de la bonne école : comme les livres qui le dénoncent, il est archi déjà-vu. Pourquoi, diable, les éditeurs le cherchent-ils encore ?

La sécurité, la simple tranquillité, le respect mutuel sont nécessaires, dans l’école comme ailleurs. Ne feignons pas de l’oublier. Mais on va supprimer plusieurs milliers de postes de surveillants qui assurent le contact entre le monde des jeunes et celui des adultes. Étonnant, non ! Privatiser la surveillance, la confier aux sociétés de gardiennage ou de police privée : une idée à explorer. S’il est démontré qu’un car de CRS - ou la menace dudit car - maintient mieux l’ordre et assure mieux la sécurité qu’une demi-douzaine de surveillants, il n’y a, en effet, pas à hésiter. Logique : l’histoire nous rappelle qu’avant de devenir un ministère autonome en 1828, l’administration de l’instruction publique avait dépendu du ministère de l’Intérieur. Ce doit être ça, l’école dans la cité.

On a beaucoup parlé de ces parents qui agressent les enseignants, de ces élèves qui les terrorisent. On n’a pas beaucoup parlé des écoles, collèges ou lycées où l’on travaille normalement. Est-ce dans ces établissements que les nouveaux enseignants sont systématiquement affectés aux classes difficiles ?

Il faut sans relâche faire renaître le sens civique des jeunes, leur inculquer le respect de la règle. Pour montrer l’exemple imaginons des lois encore plus manifestement inapplicables que celle qui prévoit des amendes pour les (parents des) enfants qui sèchent abusivement. Le gagnant allumera l’autodafé qui brûlera comme hérétiques l’ECJS et les CVL réunis.

Enfin, que les mauvaises langues se taisent ! Si d’aucuns se laissent aller à supposer que l’école va mal, on voit très bien que nos ministres s’entendent à merveille. Nul doute alors que les maîtres dûment qualifiés seront présents dans toutes les classes au moment opportun.

Jacques George