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N°490 - Dossier "Le temps d’apprendre"

Brest – Une politique globale

Questions à Alice Desprez

À Brest, un site expérimental (Sanquer) résiste à la mise en place de la semaine de quatre jours.

Pour quelles raisons votre ville s’est-elle engagée dans l’aménagement du temps des enfants scolarisés ? Indiquez si cela correspond à une prise de position de la municipalité sur les rythmes scolaires et en particulier la semaine de quatre jours.

Il ne s’agit pas de la première concertation organisée à Brest sur cette question. La question du rythme scolaire est depuis longtemps une préoccupation forte des élus brestois. À deux reprises, en 1992 et 1999, à l’initiative de la ville de Brest, ont été organisés des débats associant les parents et l’ensemble de la communauté éducative. Les deux fois, la concertation avait abouti au maintien de la semaine de 4 jours et demi.
Celle-ci était d’ailleurs encore majoritaire en France en 2008 au moment du changement imposé par le ministère de l’Éducation nationale : 76 % des communes la maintenaient.
Cette mesure représente en effet un véritable bouleversement de notre organisation scolaire. Rythme de l’enfant, conditions d’intégration de l’école dans la politique éducative locale, rôle des différents acteurs éducatifs, moyens humains et financiers mis en œuvre dans les écoles sont directement concernés par cette décision. La ville de Brest a donc tenté d’envisager cette modification de la semaine scolaire dans sa globalité et d’en mesurer tous les impacts sur nos choix locaux de politique et d’organisation éducatives.
En effet, nous ne souhaitions pas que cette nouvelle organisation soit mise en place par défaut dans l’été, sans concertation avec l’ensemble de la communauté éducative. Aussi, l’ensemble des acteurs éducatifs sur l’organisation de la semaine scolaire a été sollicité au printemps 2008 sur un choix d’organisation à 4 jours ou 4 jours et demi.
Faute de temps (une demande de moratoire d’un an effectuée auprès du ministère de l’Éducation nationale n’a pas reçu de réponse), l’organisation à 4 jours a été privilégiée.
L’année suivante, une sollicitation des conseils d’école a permis d’aboutir à la mise en place d’un site expérimental sur un rythme de 4 jours et demi, l’école publique élémentaire Sanquer.

En quelques lignes, quelles sont les principales caractéristiques de cet aménagement ?

L’école publique élémentaire Sanquer fonctionne sur le rythme d’une semaine scolaire de 4 jours et demi (avec le mercredi matin). Les journées s’organisent à partir des horaires suivants : 9 h - 12 h et 14 h - 16 h 15.
Le conseil d’école a souhaité ce changement de rythme scolaire suite aux constats suivants :
- La journée scolaire, dans une organisation à quatre jours, s’organisait sur six heures. Les journées étaient jugées longues et fatigantes pour l’enfant/élève. La fatigue et des journées longues ne permettaient pas des conditions d’enseignement favorables ;
- Les enfants sont plus attentifs le matin pour les apprentissages.
Les premiers objectifs de l’expérimentation étaient les suivants (ils seront à partager et à compléter si besoin) :
- Faciliter les apprentissages des enfants en améliorant les conditions d’enseignement ;
- Diminuer la fatigue des élèves en raccourcissant la journée scolaire ;
Permettre aux enfants de découvrir des nouvelles activités ludiques sur le temps libéré.
Pour suivre cette expérimentation, Marc Sawicki, adjoint au Maire en charge de la Politique éducative locale, a souhaité que soit constitué un groupe de suivi composé de tous les partenaires concernés par le projet (l’équipe enseignante, les parents d’élèves, la Caisse d’allocations familiales, l’Éducation nationale et les services de la ville, le patronage laïque).
Les objectifs donnés au groupe sont les suivants :
- Croiser les regards/points de vue sur cette expérimentation ;
- Suivre les actions menées sur le temps libéré ;
- Proposer une méthode d’évaluation/des indicateurs.

De quelle manière s’articulent le temps scolaire et le temps hors école ?

De 16 h 15 à 17 h, un panel d’activités est proposé aux enfants : activités sportives, physiques, manuelles ou « ne rien faire ». L’idée était de proposer des activités ludiques nouvelles aux enfants. Le patronage laïque Sanquer fait intervenir ses animateurs et coordonne l’intervention d’associations partenaires en complémentarité selon leurs champs de compétences (cirque, hip-hop, art contemporain, arts populaires, etc.). La mairie finance ce temps complémentaire entre la fin de l’école et le début de la halte-garderie, en partenariat avec la CAF (financement ALSH).
Ce temps complémentaire a été mis en place afin que l’expérimentation ne vienne pas percuter le rythme des parents et des fratries. Il est entièrement gratuit pour les familles.

De quelle manière la concertation a-t-elle été organisée et s’est-elle déroulée avec l’éducation nationale (enseignants et inspections) ?

La ville de Brest a choisi de mettre en place au printemps 2008 une concertation ouverte permettant d’échanger avec l’ensemble des acteurs éducatifs sur l’organisation la plus pertinente pour les enfants et en prenant en compte les impacts du changement sur :
- Le rythme de vie des enfants avant tout ;
- Le rythme de vie des familles ;
- Le fonctionnement des écoles ;
- Le fonctionnement des activités périscolaires municipales et associatives.
Il ne s’agissait pas seulement d’échanger sur la pertinence d’une organisation à 4 jours ou 4 jours et demi, mais de permettre que la transmission des savoirs s’organise dans un cadre permettant l’épanouissement des enfants.
Cette concertation s’est organisée en deux temps. Une première réunion, introduite par Hubert Montagner, et en présence de représentants de l’Inspection académique, a été organisée pour la totalité de la ville afin de lancer le débat collectivement.
Un temps de concertation a ensuite été organisé par quartier. En effet, une dynamique de débat par quartier sur les questions éducatives existe déjà dans le cadre du Projet éducatif local.
Cette concertation a fait l’objet d’une restitution collective transmise à chaque conseil d’école afin qu’ils puissent se prononcer sur l’organisation la plus pertinente.
Au printemps 2009, un bilan de la mise en place de la semaine à 4 jours a été effectué. À l’occasion de ce débat, plusieurs écoles ont fait connaitre leur intérêt à expérimenter un rythme différent, à 4 jours et demi, dès la rentrée 2009. Le maire de Brest a donc proposé, en accord avec l’Inspection d’académie, qu’une telle expérimentation ait lieu.
Les débats ont eu lieu dans chaque conseil d’école et l’école publique élémentaire Sanquer a été retenue comme site expérimental.
Cette expérimentation s’effectue en lien avec d’autres villes dans le cadre de l’Association des Maires des Grandes Villes de France, expérimentations qui font l’objet d’un partage d’expérience et d’un projet d’évaluation collective à l’initiative des différentes villes impliquées.

Alice Desprez
Directrice Éducation-Enfance-Socioculturel, mairie de Brest


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