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Bloc-notes de la semaine du 28 septembre au 4 octobre 2015

- Évaluation – Économie(s) – Rubrique à vrac - Collège -



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Deux gros sujets au menu de ce bloc-notes de la semaine écoulée. En hors d’œuvre on évoquera l’évaluation avec les annonces de la Ministre sur le futur brevet et les bulletins scolaires. Puis en plat de résistance, un chapitre “Économie” nous fera aborder à la fois le budget 2016, le salaire des enseignants et le rapport de la Cour des comptes sur le lycée. En guise de dessert, on vous proposera quelques lectures rafraichissantes. Et comme (in)digestif, vous reprendrez bien un peu de Collège ?

Évaluation
Les projets concernant l’évaluation (bilans périodiques en primaire, brevet et évaluation du socle en collège) ont été présentés mercredi dernier par la ministre et ils devront passer devant le CSE probablement le 15 octobre. Quelques jours avant, ils commençaient à “fuiter”. Touteduc et le Café Pédagogique en parlait dès lundi , mardi c’est le Monde qui y consacrait tout un article avec un titre assez juste : La fin des notes n’est pas pour demain... ” Il y a deux manières d’aborder ce sujet : par son traitement dans la presse et sur le fond en envisageant la portée des propositions formulées mercredi.
En ce qui concerne la Presse, elle oscille entre titres catastrophistes et polémiques (L’usine à gaz" pour le Parisien et on attend toujours le titre du Figaro...) et des titres plus mesurés comme celui du Monde, déjà cité, et celui de l’Express.. Comme à chaque fois qu’un débat sur l’évaluation s’engage, on retrouve les mêmes réflexes. On s’appuie sur ce qui est connu, sur des représentations nostalgiques avec quasiment une conception patrimoniale de l’École. En d’autres termes, on nous présente une éventuelle “disparition” des notes comme on nous alerte sur la fin du camembert au lait cru ou des numéros de département sur les plaques minéralogiques ! Il est rare, hormis chez certains journalistes spécialisés, qu’on mette en perspective et qu’on montre les enjeux d’une évolution. Difficile dans ces conditions d’échapper à la polémique et à des débats biaisés.
Sur le fond, qu’en est-il ? Plusieurs journaux présentent le détail des mesures. C’est le cas en particulier de L’Express avec Sandrine Chesnel qui fait le point sur ce qui change. Le nouveau diplôme national du brevet (DNB) s’obtiendra, comme l’ancien, après une double validation impliquant contrôle continu et des épreuves finales. Mais le contrôle continu ne prendra plus en compte les moyennes obtenues au fil de l’année dans dix disciplines différentes (mathématiques, anglais, français...), mais reposera désormais sur la validation par l’élève de compétences "transversales" mises en œuvre dans plusieurs matières : l’autonomie, les compétences civiques, mais aussi la maîtrise du français ou la culture scientifique... Comptant pour 400 points sur un total de 700, le contrôle continu du nouveau brevet évaluera l’acquisition des huit champs d’apprentissage du socle commun. Cette évaluation devra se faire collégialement, entre tous les professeurs, puisque certaines de ces compétences sont transversales.
Mais comme le précise Le Monde , il reste une partie de l’évaluation sous forme d’épreuves terminales. Les épreuves écrites passent de 7 heures aujourd’hui à 8 heures dans la nouvelle version, réparties sur deux jours. Le premier jour, les élèves auront droit à une épreuve de français de 3 heures et une autre de 2 heures regroupant histoire-géographie et enseignement moral et civique. L’honneur de l’interdisciplinarité est sauf, estime-t-on rue de Grenelle, dans la mesure où ces deux épreuves se feront autour d’un même thème dit « fil rouge ».Le deuxième jour, les élèves plancheront pendant 2 heures sur les mathématiques, puis sur une nouvelle épreuve (1 heure) de « science expérimentales et technologie » regroupant la physique-chimie, la biologie et la technologie. Un exercice de programmation informatique y sera présent, « en lien avec les nouveaux programmes de mathématiques et de technologie  ».La nouvelle épreuve orale de 15 minutes – 10 minutes d’exposé et 5 minutes d’entretien – doit permettre d’évaluer, entre autres, la qualité de l’expression orale de l’élève, sa conduite de projet, son travail en équipe et son autonomie. Ce dernier devra présenter un projet qu’il a conduit dans le cadre des nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), ou des parcours « d’éducation artistique et culturelle » ou encore « avenir et citoyen ». La ministre souhaite aussi que l’on célèbre une cérémonie de remise du brevet dès l’année prochaine.
Il n’y a pas que le brevet. Il y a aussi les bulletins scolaires. Le Figaro détaille le projet. Mais contrairement à ce qui est écrit, il ne s’agit pas d’un abandon de la note chiffrée. Dans une interview au Parisien , la ministre précise “Ceux qui veulent s’engager dans cette voie le pourront. Et ceux qui préfèrent recourir aux notes continueront à le faire. On ne force pas l’innovation. ”. À l’inverse du Parisien et du Figaro qui y voient une usine à gaz (ou à cases...) , Le Monde voit plutôt un “virage en douceur des bulletins scolaires”. Seules les « moyennes générales » de l’élève et de la classe n’ont plus leur case consacrée. En ce qui concerne le primaire, l’échelle de progrès de quatre niveaux – « non atteints », « partiellement atteints », « atteints » et « dépassés » – déjà utilisée dans deux tiers des écoles, se trouve généralisée. Pour le collège, l’accompagnement personnalisé et les « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) instaurés par la réforme du collège seront maintenant évalués. Et du CP à la 3e, les enseignants devront dorénavant remplir un « bilan de l’acquisition des connaissances et des compétences » : un texte de quelques lignes qu’ils soumettront aux parents tous les trois mois.
On voit donc que, pour le brevet ou les bulletins, on est dans le compromis. Deux logiques se croisent ou se superposent : l’évaluation traditionnelle par discipline et l’évaluation par compétences découlant du « socle commun ». Le virage de l’évaluation par compétences est bien là, mais devant la crainte d’une accusation de “laxisme” et la résurgence du sempiternel débat sur la note chiffrée, l’institution essaie de le gérer en douceur. Mais on court le risque de mécontenter tout le monde et de retomber dans les mêmes errements que dans bien des domaines à l’éducation nationale : l’empilement... On se souvient que dans l’ancien socle on avait la co-existence du brevet avec le livret de compétences et que cela faisait double travail pour les enseignants . Par pusillanimité, on risque de s’acheminer vers un système tout aussi complexe et illisible.

Économie(s)
L’économie et l’éducation ne font pas bon ménage. Il est de bon ton de considérer que les questions économiques ou tout simplement d’efficacité ou d’utilité ne doivent pas interférer avec l’enseignement. La thématique des “moyens” marche toujours dans un seul sens : il n’y en aurait pas assez et il en faudrait plus pour faire autrement... Deux informations cette semaine viennent pourtant nous rappeler que ces questions ne peuvent être évacuées.
C’est ce mercredi qu’a été présenté en conseil des ministres le projet de Loi de finances. Pour l’Éducation Nationale et l’enseignement supérieurles budgets sont préservés . Pour l’éducation nationale, la ministre avait déjà annoncé “500 millions d’euros de plus sur le budget 2016” ce que confirme le projet de loi de finances. On nous apprend que ces moyens seront consacrés à la création des 10 000 nouveaux emplois promis, dont des postes d’assistants de vie scolaire pour les élèves handicapés, ainsi qu’à la formation continue des enseignants liée à la réforme du collège et des programmes, ou encore à l’amélioration de l’indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) destinée à réduire l’écart de rémunération entre les enseignants du primaire à qui elle est destinée et les enseignants du secondaire. Pour le supérieur, le premier ministre a supprimé un prélèvement de 100 millions d’euros sur les fonds de roulement d’universités et d’écoles d’ingénieurs qui resteront donc dans le budget des établissements. Le budget prévoit aussi 65 millions d’euros de plus afin de financer la création de 1 000 postes d’enseignants pour faire face à la hausse des effectifs notamment dans les premiers cycles. Même si cela ne sera pas suffisant.
Il faut donc constater que la priorité à l’éducation est réaffirmée dans le budget 2016. L’éducation reste le 1er budget de l’État et est préservée des coupes budgétaires. Bien sûr le contexte général reste marqué par la rigueur et certains ne manqueront pas de trouver à redire. Alors que je m’apprête à quitter la présidence du CRAP-Cahiers Pédagogiques que j’occupe depuis 2007 j’ai forcément un regard rétrospectif qui me renvoie huit ans en arrière. Et cela permet de rappeler à ceux qui ont la mémoire courte qu’il y a quand même de réelles différences entre la gauche et la droite en matière de choix budgétaires et en particulier pour l’éducation...
L’information suivante ne va cependant pas arranger les choses dans l’opinion enseignante. Sur le site même du Ministère, dans la rubrique “Publications – Évaluations et statistiques” on peut trouver la note d’information n°31 datée d’octobre 2015 avec pour titre “La rémunération des enseignants du MEN : en 2013, le salaire net moyen diminue de 1 % en euros constants”. Plus précisément le salaire net en équivalent temps plein s’est élevé en 2013 à 2.450 euros par mois en moyenne pour les professeurs du primaire et du secondaire, du public et du privé sous contrat, en repli de 0,2% sur un an en euros courants. Compte tenu d’une inflation de 0,9%, la baisse du salaire est de 1% en euros constants, précise l’étude de la DEPP. Les raisons de ce recul sont connues. Le point d’indice des fonctionnaires n’a pas été réévalué depuis le 1er juillet 2010. Ensuite, les cotisations salariales ont, elles, augmenté de 1,3% en euros constants en 2013 dans le cadre de la réforme des retraites de 2010, indique l’étude. Il y a aussi un effet de la démographie enseignante qui joue sur le salaire moyen : les 3,4% de nouveaux entrants gagnent en effet moins que les 3,7% qui partent (en d’autres termes, le salaire médian a diminué lui aussi). En revanche précise Pascal Bouchard dans Touteduc "si on se restreint aux enseignants présents en 2012 et 2013", leur rémunération moyenne "a augmenté de 0,3 % en euros constants" et 0,7 % pour les professeurs des écoles, sans doute du fait du premier versement de l’ISAE. De plus, comme nous le rappelle Les Échos cette étude des propres services du Ministère vient après les travaux de l’OCDE qui montraient que "le salaire statutaire des enseignants du premier et du second degré est inférieur à la moyenne de l’OCDE, aussi bien pour les enseignants débutants que pour ceux qui ont 10 ou 15 ans d’expérience professionnelle". ".
La question de la rémunération des enseignants ne peut pas être dissociée de la rémunération de l’ensemble des fonctionnaires. Mercredi le premier ministre a annoncé l’application de l’accord sur la fonction publique malgré le refus de la CGT, de FO et de Solidaires. La ministre de l’Éducation Nationale a tenu à préciser que 70% des syndicats de l’Education nationale ont voté "en faveur de cet accord", a relevé Mme Vallaud-Belkacem. "Ca signifie qu’on va pouvoir ouvrir des négociations qui ont vocation à améliorer la rémunération des enseignants", car "c’est l’objectif de cet accord que de revoir les échelons indiciaires". D’après certains calculs avec cette révision un enseignant en début de carrière aurait 190 euros de salaire en plus et au bout de 18 mois, il en aurait 340 euros en plus.
Est-ce que cela suffira à atténuer le sentiment de dévalorisation et de déclassement qu’éprouvent de nombreux enseignants ? On sait en tout cas que ce ressenti est aussi un facteur de blocage dans l’application des réformes.
Toujours à la rubrique “Économie(s)”, il faut citer le rapport de la Cour des Comptes consacré au “coût du Lycée. Celui ci pointe un investissement financier élevé pour des performances scolaires moyennes et préconise de réduire les options et de simplifier le format du baccalauréat. Il faut souligner que le Ministère a publié immédiatement un communiqué pour répondre à certaines critiques de la Cour. Il faut dire que certaines analyses et préconisations sont potentiellement inflammables notamment lorsqu’on lit que “Le temps élevé d’instruction par élève est réparti sur un faible nombre de semaines et assuré par des enseignants dont les obligations réglementaires de service sont définies de manière rigide, dans un cadre strictement hebdomadaire. La réduction du volume d’instruction et son étalement sur une période annuelle plus longue constitueraient ainsi des leviers efficaces pour mieux maîtriser le coût du lycée ”. On voit les implications d’une telle phrase et le risque qu’il y aurait à ouvrir un nouveau “front”. C’est ce qui amène Le Monde à titrer sur un lycée français trop cher mais intouchable”.
Il est de bon ton de critiquer le caractère un peu péremptoire des audits de la Cour des Comptes et ses préconisations. L’Éducation devrait être au dessus de ces considérations bassement matérielles et comptables... “L’École doit-elle être rentable ?titrait la revue de presse des Cahiers Pédagogiques de vendredi 2 octobre . Bien évidemment non. Mais “efficacité” n’est pas pour autant un gros mot libéral. En tant que contribuable on doit se demander si nos impôts sont utilisés de la meilleure manière. Il faut aller vers une École plus efficace. Mais pas pour le seul motif de faire des économies mais en se demandant à chaque décision si cela permet aussi de construire une École plus juste et qui permet de lutter “efficacement” contre les inégalités.

Rubrique à vrac
Car, pour l’instant, nous dit Marie Duru-Bellat dans une interview dans Le Monde parue cette semaine , ce n’est pas le cas. Elle affirme “Dans le cadre d’une méritocratie affichée, où tout un chacun est censé pouvoir prétendre à la réussite scolaire, l’école pourrait remettre les compteurs à zéro, en tuant ces inégalités à la racine. Il n’en est rien  : elle n’arrive pas à les corriger. Pire, elle les laisse s’accroître petit à petit, et en «  rajoute  » même  : les comparaisons internationales montrent qu’en France l’ampleur des inégalités scolaires vient inexorablement amplifier celle des inégalités sociales. Pourquoi  ? Parce qu’apprendre est cumulatif, c’est un processus de boule de neige.”. Et plus loin, elle ajoute : “L’égalité des chances consiste à dire  : «  On met sur la même ligne de départ tous les élèves, et que le meilleur gagne  !  » Comme ils sont inégaux au départ, ça ne peut pas fonctionner. C’est ainsi que l’école devient une machine à trier les élèves, certes de manière formellement équitable, formellement méritocratique, mais en s’intéressant finalement plus au classement qu’aux résultats.”.
C’est aussi ce qu’évoque Emmanuel Davidenkoff dans une tribune sur le site de L’Express à propos des enjeux et des implicites de l’évaluation et de la notation. L’acrroche du texte en résume très bien le propos : “Supprimer les notes n’aurait guère de sens. Dire à quoi elles servent en aurait un, celui de signifier si l’école est d’abord là pour former ou pour trier.” A lire donc, tout comme on peut écouter sur le même sujet l’éditorial de Dany Cohn-Bendit sur Europe1 .
Le Monde propose deux tribunes intéressantes qui vont plus loin que la dictée pour réfléchir sur l’évaluation et l’apprentissage de l’écriture. Avec une tribune de Charles Hadji intitulée “Finissons-en avec la querelle de la notation”et une autre de Philippe Meirieu qui affirme : “L’apprentissage de l’écrit passe avant la dictée quotidienne !”. Le même journal propose aussi un débat “faut-il noter les élèves avec deux contributions. Celle de Nathalie Bulle est favorable au maintien des notes alors qu’Étiennette Vellas propose de se “désintoxiquer de la note
Avant de débattre des moyens de l’école, et si on revoyait ses finalités ”, c’est ce que propose François Rachline dans un texte publié sur Slate.fr. L’écrivain déplore que le système éducatif prépare si mal à la vie active et plus largement au travail de groupe. “Avec une scolarité d’une quinzaine d’années (sans redoublement), auxquelles s’ajoutent trois ans ou cinq ans supplémentaires pour ceux qui poursuivent des études supérieures, cela signifie qu’en vingt ans les jeunes français, dans leur immense majorité, ne sont aucunement préparés à entrer dans la vie, où ne priment en général ni le travail individuel ni le respect du programme, mais le travail en équipe, et l’atteinte d’objectifs. Les meilleurs, c’est-à-dire environ 7% d’une classe d’âge, s’adaptent assez vite, même si leur ego en souffre souvent. Les autres éprouvent beaucoup de difficultés à comprendre ce qui les handicape. Dans les entreprises comme dans la quasi-totalité des organisations, l’aptitude au dialogue et aux relations avec autrui est souvent décisive, contrairement au « moi je ». Sauf pour quelques privilégiés, ce n’est pas un don du ciel. Cela peut s’apprendre, en commençant tôt si possible .

Collège
Aurait-on pu finir cette revue de presse sans parler de la réforme du collège ?
Samedi prochain, ce sera le 10 octobre. C’est le jour prévu pour la (grande) manifestation nationale contre la réforme du collège. Difficile de savoir quelle sera l’ampleur de la mobilisation. Mais sur les réseaux sociaux, les esprits s’échauffent. Au point de perdre tout sens de la mesure. Ainsi on a vu un ancien Recteur affirmer dans un tweet : “Qui peut nier que #college2016 ait créé (ou fortifié) des vocations collaborationnistes ?”. Pendant ce temps là, les témoignages de collègues menacés et harcelés parce qu’ils ont accepté d’être professeur relais se multiplient. Et les distributions de tracts aussi tout comme la création de sites qui, sous une apparente neutralité, diffusent de fausses informations.
Qu’on le dise sous forme de notes ou avec une appréciation : Débat sur le collège : zéro / non acquis !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot