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Bloc Notes du dimanche 2 mars 2014

- Report – pédagogie au quotidien – déplacer des cimetières -


Retour du bloc notes avec la fin des vacances de la zone C. Mais vous l’avez vu, l’avantage d’une revue de presse à plusieurs c’est qu’elle ne s’arrête vraiment jamais. Que retenir de ces quinze jours ? Pour ma part, je retiendrai surtout le délai supplémentaire accordé au CSP pour la réforme des programmes. Cette brève ( !) chronique évoquera aussi le traitement de la pédagogie dans les médias. Et finira par une citation qui donne à réfléchir…

Report des programmes
Le jeudi 20 février dernier nous apprenions que le ministre de l’Éducation nationale accordai au Conseil supérieur des programmes, « un temps additionnel » pour concevoir les nouveaux programmes, dans un courrier adressé à son président Alain Boissinot et lisible sur le site du Ministère . D’après ce courrier a proposition d’une nouvelle définition du socle commun devra être rendue au «  milieu du mois de mai 2014 ». Le retour du CSP sur le programme de la maternelle est attendu pour « “ juillet 2014 » avec une application «  à la rentrée 2015  ». Toutefois, le ministre attend des propositions «  d’ajustements des programmes existants de l’école élémentaire d’ici la fin mai 2014 » pour les mettre en place « “ dès la rentrée 2014 ». Enfin, les orientations sur les programmes de la scolarité obligatoire sont attendues pour «  janvier 2015 », pour une «  application à la rentrée 2016 ».
Le communiqué précise que le président du Conseil supérieur des programmes (CSP) chargé de les élaborer, Alain Boissinot, « a souhaité disposer d’un temps additionnel pour la conduite de ses missions et de la consultation du terrain. Cette demande rejoint celle de plusieurs organisations syndicales », selon le ministère. Alain Boissinot interviewé par Le Café Pédagogique justifie le report. «  Sur les questions de programmes et de démarche curriculaire, on ne peut se situer dans l’urgence et le temps court. De nombreux exemples étrangers en attestent. C’est en voulant aller trop vite qu’on renoncerait de fait à toute réelle ambition. L’important est d’engager un nouvel élan, avec la bonne méthode. Des ajustements permettront au besoin de répondre à des urgences, dans le primaire notamment où la consultation a montré certaines attentes convergentes. Mais rien n’est plus délétère que l’agitation permanente et les changements de cap incessants, qui discréditent l’idée même de réforme. Il faut inventer un processus d’évolution maîtrisé et géré dans la durée, autour d’objectifs clairement définis. »
Mais tout le monde n’a pas cette analyse. Dans La Croix, l’ancien recteur et membre de plusieurs cabinets, Bernard Toulemonde ne partage pas cet enthousiasme «  Alors que le ministre a pris ses fonctions en 2012, les nouveaux programmes s’appliqueront progressivement au collège à partir 2016, en commençant par la classe de 6e . Il faudra donc attendre 2020 pour que l’ensemble des collégiens travaillent sur les nouveaux contenus. C’est surréaliste ! Cela en dit long sur la rigidité du système, en décalage total par rapport à l’urgence mise en évidence par la dernière étude Pisa ! [...] Certes, il est peu probable qu’elle soit abandonnée mais on peut craindre qu’elle n’aboutisse à mettre un petit coup de peinture sur les textes actuels, comme c’est le cas pour le statut des enseignants du secondaire. Ce report vient en tout cas confirmer qu’on est bien loin d’une réforme en profondeur de l’école. Pour l’heure, la refondation annoncée se limite à un surplus de professionnalisation dans la formation des professeurs et à une décentralisation plus grande de l’enseignement professionnel.  »
Il y a en effet deux interprétations à ce report, une rose et une grise… On peut considérer que les délais de départ étaient intenables. Et que le report permettra de ne pas bâcler la confection des programmes et même d’envisager dès le départ une meilleure coordination et (on peut rêver) la concertation et la formation qui irait avec. Mais on peut aussi interpréter le report comme un atermoiement et le symptôme des tensions au sein du CSP. Le temps supplémentaire pourrait ne servir à rien d’autre qu’à ne rien changer si l’on ne parvient pas à dépasser les débats sur le socle ou sur la logique curriculaire souhaitée par les uns et crainte par d’autres. En tout cas, je souhaite bien du plaisir au(x) rédacteur(s) de la charte d’élaboration des programmes qui devrait être présentée prochainement. C’est une performance d’équilibriste !
Pour alimenter la réflexion, je (re)signale un texte déjà mis en avant par Laurent Fillion dans la revue de presse du mardi 25/02. Il s’agit d’une réflexion d’un haut responsable du système éducatif québécois. Les propos de Marc Turgeon, rapporté dans cet article, font écho aux débats français sur la réforme des programmes. Il y insiste notamment sur le lien entre culture et maîtrise des savoirs et prône plus de souplesse dans les programmes. Il alerte aussi sur la confusion entre le savoir et la pensée, comme si connaître impliquait la capacité de penser et comme si la pensée n’était que le fait de gens instruits ou savants : « La pensée ne s’accorde pas à l’autorité, mais à la liberté. Elle ne découle pas d’un enseignement, mais d’un questionnement, souligne le vice-recteur. J’ai connu des enseignants qui accueillaient les interrogations et les doutes des élèves sur toutes sortes de questions, même celles qui n’étaient pas prévues au programme. D’autres, trop préoccupés par la matière à transmettre, n’avaient pas de temps pour cela. La première liberté que l’on doit inculquer est celle de poser des questions. Il n’y a pas de création intellectuelle, artistique ou scientifique sans tâtonnements et erreurs. ». A lire et à méditer en tout cas, tout comme le billet de Jean-Michel Zakhartchouk intitulé “utopie raisonnable”. Il y imagine le collège en 2025 et évidemment y aborde la question des programmes : “En 2025, Les professeurs accompagneront les élèves dans leur parcours personnalisé, puisque ce sont eux qui « font » les programmes et non leurs enseignants. L’idée de « curriculum » se sera peu à peu imposée. Le socle commun de compétences, vaille que vaille, aura fait son chemin. Le professeur évaluera davantage les réussites que les lacunes, dans un système où le poids des notes aura bien diminué (on ne recommande pas son usage avant la deuxième année de collège au plus tôt). Tout cela au profit d’une véritable évaluation des compétences construites progressivement.
Comme contre-utopie, pour terminer ce chapitre sur les programmes, je ne résiste pas au plaisir de renvoyer vers ce texte ancien mais toujours savoureux de Philippe Lecarme : Si l’École enseignait la Belote. Membres du CSP, vous avez les cartes en main !

Pédagogie au quotidien
Durant cette quinzaine, un article tout simple a retenu notre attention. Il s’agit d’un reportage dans 20 minutes qui ne nous montre rien d’autre que la pratique professionnelle très ordinaire d’une prof comme les autres. La journaliste suit une professeure de français durant une journée au lycée polyvalent Voillaume à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). On y voit ses rappels à l’ordre et l’humour (permanent) utilisé pour “tenir” la classe et motiver les élèves.
Rien de spectaculaire. Pas d’innovation ou de dispositifs particuliers. Mais c’est très bien, car on manque de reportages "au fond de la classe" tels que ceux là pour montrer le quotidien des enseignants.
Trop souvent la presse ne rend pas assez compte de la pédagogie en train de se faire, loin des polémiques artificielles ou des déclarations ministérielles ou syndicales. Parce que la pédagogie ce n’est pas spectaculaire... . Nous avions d’ailleurs consacré la journée de célébration du n°500 des Cahiers Pédagogiques en octobre 2012 à cette question du traitement de la pédagogie par les médias . Je vous renvoie vers les réflexions échangées à cette occasion notamment avec les journalistes spécialisés en éducation

Pour finir sur ce sujet de la pédagogie du quotidien, je signale cette vidéo québécoise sur le modèle de la série Bref sur le quotidien d’une enseignante qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. Un régal !

Déplacer des Cimetières
"Certains disent que changer l’administration de l’éducation est comme faire déplacer des cimetières. Vous ne pouvez pas vraiment compter sur les gens qui y sont pour vous aider... ". On doit cette citation à un spécialiste de l’éducation, Andreas Schleicher de l’OCDE lors d’une conférence TED

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot