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Bloc-Notes du 4 janvier 2014

- Rétrospective 2013 – rythmes & blues - Refondation – Du changement – Grand écart – indignations éphémères – Verrous va t-on ?


Dans une année “normale”, les médias ne parlent de l’École qu’à deux moments : la rentrée scolaire et le bac. Hormis ces deux marronniers, on n’évoque les questions éducatives que sous l’angle de la violence scolaire ou à l’occasion de la sortie d’un livre à succès sur la nostalgie d’une École d’autrefois mythifiée. Assurément, l’année 2013 n’est pas une année “normale”… Car l’actualité éducative a largement occupé les médias et le monde politique tout au long de l’année. Quand l’École quitte le champ des spécialistes pour celui de l’opinion publique, il y a alors en France plus de 60 millions d’“experts” de l’éducation… On devrait s’en réjouir car cela devient un débat citoyen, mais ce n’est pas toujours avec la rigueur souhaitable

On ne peut commencer une nouvelle année sans un dernier regard sur l’année écoulée. Une année marquée, bien sûr, par la querelle sur les rythmes scolaires mais aussi par le vote de la loi de refondation. Si les médias se sont focalisés sur la semaine de 4 jours et demi, il n’en reste pas moins que d’autres sujets liés à cette loi ont marqué l’année : la création des ESPÉ et la reconstruction de la formation, le lancement de l’évolution des programmes, le début de négociations sur le métier. Et puis, il y a eu aussi Léonarda qui a occupé l’opinion une quinzaine de jours avant de retourner dans l’oubli. Et puis aussi le rapport PISA qui a engendré de nombreuses réactions sur le moment mais dont on peut se demander s’il aura des effets sur le long terme…
Que sera l’année 2014 dans le domaine de l’éducation ? Sans boule de cristal, on peut quand même se risquer à quelques prévisions ou conjectures…




Rythmes & blues
Pour faire la rétrospective de l’année 2013, il faudrait remonter jusqu’en 2012. Car c’est en octobre 2012 que se fait la remise au ministre de l’éducation nationale, Vincent Peillon du rapport issu de la concertation "Refondons l’école de la République" Celui-ci porte sur tous les sujets qui vont ensuite se retrouver dans le projet de loi qui ne sera soumis au parlement qu’en janvier 2013.
Sur la question des rythmes auquel Vincent Peillon dit vouloir s’attaquer en premier (avant même le vote de la loi), le rapport propose un retour à une semaine de neuf demi-journées. Il envisage la possibilité d’allonger d’une à deux semaines l’année scolaire mais en supprimant le zonage de certaines petites vacances pour respecter l’alternance sept semaines de cours / deux semaines de vacances. Sans attendre, malgré un passage devant le CSE qui ne fera pas unanimité, le 24 janvier 2013 
le ministre publie un décret “relatif à l’organisation du temps scolaires dans les écoles maternelles et élémentaires” . D’après ce décret, la réforme des rythmes scolaires entrait en vigueur au début de l’année scolaire 2013-2014. Toutefois, jusqu’au 31 mars 2013, les communes pouvaient demander au directeur académique des services de l’éducation nationale le report de la réforme à l’année scolaire 2014-2015.
Cette réforme des rythmes semblait bien balisée puisqu’elle semblait faire l’objet d’un consensus préalable. Outre les recommandations de la concertation, on pouvait aussi s’appuyer sur l’avis unanime de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires qui avait rendu ses conclusions en 2011. Les oppositions sont ambigües et complexes. Ambigües car la plupart n’attaquent pas la réforme sur le fond (et vont même jusqu’à s’abriter derrière un intérêt de l’enfant mal compris) et contestent la mise en œuvre trop précipitées. Complexes car derrière l’abcès de fixation du rétablissement de la semaine de 4,5 jours, il y a surtout l’expression d’un “blues”, d’un véritable malaise des enseignants du primaire qui remonte à loin et trouve son expression à ce moment de crispation. La complexité est aussi à chercher dans la difficulté à faire évoluer les relations entre le monde de l’éducation nationale et celui des collectivités locales concernés tous deux par cette réforme.
Cette crise a aussi été révélatrice d’une organisation restée très centraliste et d’un jacobinisme déresponsabilisant. On attend beaucoup d’ “en haut”, peut-être trop, alors que cette réforme suppose en effet une mise en œuvre décentralisée et des initiatives locales. Dans différentes chroniques nous nous sommes aussi interrogés sur l’absence de culture du “work in progress” où tout semble déjà jugé dès la mise en place d’un dispositif. Cela nous confirme ce défaut français où il faudrait attendre que tout soit parfait avant que l’on se lance…
Cette question des rythmes a été aussi le principal sujet pour les médias. La tonalité générale sur les « rythmes » dans les médias a été pendant une longue période assez pessimiste et s’est auto-alimentée. On connaît bien l’effet de lampadaire : on met la lumière sur les endroits où ça ne va pas et les autres endroits restent dans l’ombre. C’est ce qui s’est passé avec cette polémique sur les rythmes scolaires. On me dira qu’il est logique que la presse parle d’abord de ce qui ne marche pas. Mais on a attendu longtemps une mise en contexte avec de la nuance et une capacité à questionner les évidences. Une difficulté renforcée lorsqu’il y a eu une instrumentalisation politique de cette question. On a pu même voir Jean-François Copé en spécialiste de la chronobiologie ! En répercutant ces critiques, les radios, les télévisions ont-elle joué leur rôle de vigies face au gouvernement ou bien ont-elles servi de caisse de résonance de certains parents de certains milieux - en l’occurrence, les plus aisés (et qui ont accès aux médias) ? C’est ce questionnement qui a été formulé dans une émission d’Arrêt sur images ainsi que dans un article de Maryline Baumard, journaliste éducation au Monde.
Quoi qu’il en soit, on peut dire qu’il y a eu un emballement et une instrumentalisation politique, c’est indéniable. L’effet de lampadaire a joué à plein et a mis en évidence les “couacs” de la réforme. Il était difficile dans un tel contexte de voir qu’il y avait aussi des critiques constructives qui visaient à améliorer un dispositif qui pouvait être perfectible.
Il faut noter que cette tempête médiatique s’est déclenchée alors que seuls 20% des communes ont mis en place la réforme en 2013. Qu’en sera t-il lorsqu’elle s’appliquera à toutes en septembre prochain ? Toutefois, des subventions pour les communes ont été reconduites. Va t-on vers la fin de la polémique comme le pense la sénatrice Françoise Cartron chargée d’une mission d’étude sur ce sujet ? Les élections municipales pourraient au contraire raviver le débat. A l’inverse, on peut espérer que, malgré cela, la mise en place se fasse en s’appuyant sur les expériences des pionniers. A condition que cette période ait été mise à profit pour construire au lieu d’attendre…

refondation ou restauration ?
La “loi d’orientation et de programmation portant sur la refondation de l’École” a été publiée au journal officiel le 9 juillet 2013 après un long processus d’élaboration et de discussion. Refondation ? Le terme est ambitieux et est porteur de fortes espérances. Mais on notera que dans les médias, il est de moins en moins utilisé au profit de celui de “réforme”. Voyons les principaux éléments de cette loi qui ont commencé à être mis en œuvre cette année.

Dès le 1er juillet se tenait à Villeurbanne, un “séminaire préparatoire au lancement des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education”. Cet “événement” n’a pas eu le même retentissement que la moindre déclaration sur les rythmes. Pourtant le sujet était important, il ne s’agissait, rien de moins, que de reconstruire la formation des enseignants pratiquement détruite sous la mandature précédente. En fait, dès le début de l’année 2013, le processus de transformation des IUFM en ESPÉ était enclenché. Il ne s’agissait pas d’une simple restauration puisqu’il s’agissait de créer une structure nouvelle où la formation s’inscrivait dans des “écoles” rattachées à des universités et préparant à des Masters dédiés à l’enseignement. Un processus complexe que nous avons détaillé dans de nombreuses chroniques et marqué par des compromis qui alourdissent encore sa mise en œuvre. En effet, les concours de recrutement (dont les épreuves ont été modifiées) sont placés en fin de M1 (bac + 4) c’est-à-dire au milieu d’un cursus et les ESPÉ n’ont pas de statut véritablement autonome puisqu’elles dépendent des universités et avec un modèle économique qui reste encore aujourd’hui à construire. Tout cela contribue à un manque de lisibilité et crée des tensions et des querelles de territoires, là aussi, entre les différents acteurs (ex-IUFM, universitaires,…) appelés à travailler ensemble. Mais cela a été réaffirmé et acté par la création d’un « comité de suivi » : l’année scolaire actuelle est transitoire et le système devrait connaître des ajustements.
Quoi qu’il en soit, la restauration d’une véritable formation située dorénavant en M1 et M2 a eu le mérite de relancer les inscriptions au concours d’enseignement et le Ministère n’a pas manqué de communiquer sur ce point. Reste à savoir si la greffe de la pédagogie prendra sur des jurys de concours et sur une structure universitaire peu connus jusque là pour leur appétence sur ce sujet. On peut aussi avoir des inquiétudes sur la capacité des acteurs de terrain à remettre à plat l’an prochain, des “maquettes” de formation qui ont été déjà élaborées dans l’urgence et la fatigue cette année.

En octobre dernier, Vincent Peillon a installé le Conseil supérieur des programmes (CSP). Celui ci est constitué de 10 personnalités qualifiées nommées par le ministre, trois députés, trois sénateurs et deux représentants du Conseil économique social et environnemental. On pourra lire dans le dossier de presse sur le site du M.E.N. une présentation plus complète de ses membres et la lettre de mission du CSP et celle de son président, Alain Boissinot. Il faut rappeler que leur mission n’est pas de fabriquer eux-mêmes les programmes mais de définir des orientations générales et une charte présidant à leur élaboration. Ils nommeront ensuite des groupes d’experts pour chacun des programmes en question. Comme premier chantier, le CSP aura pour mission de « redéfinir les missions de l’école maternelle » et « la mise en application est prévue pour la rentrée de l’année scolaire 2014-2015 », a annoncé le ministère . Au-delà, le CSP révisera les programmes de l’élémentaire au collège, puis du lycée.
Alain Boissinot, dans une interview donnée à nos confrères du Café Pédagogique, a indiqué que l’ambition de l’instance qu’il préside va toutefois au delà de la seule définition des programmes. “Avant on définissait les programmes comme des contenus d’enseignement en lien avec un cadre horaire. Aujourd’hui l’idée c’est de réfléchir comme dans de nombreux pays en terme de curriculum, ce qui suppose une approche plus globale. Le curriculum ce n’est pas que du contenu mais une réflexion sur les compétences, l’évaluation, les outils numériques, la formation professionnelle. C’est une nouvelle approche , une nouvelle manière d’aborder les questions au programme. Plutôt que remplacer les programmes, procédure qui lasse les enseignants, on réfléchit à une nouvelle méthode pour élaborer plus globalement et les accompagner mieux en terme de formation et d’outillage pédagogique et d’accompagnement. ”. En d’autres termes, l’enjeu est de desserrer les procédures et les détails qui encombrent les programmes actuels pour se concentrer sur les finalités et redonner ainsi du pouvoir et de l’expertise aux enseignants dans la mise en œuvre des contenus à enseigner.

L’action ministérielle a été marquée aussi par l’organisation des assises de l’éducation prioritaire. Celles ci sont encore en cours et doivent donner lieu prochainement à des synthèses début 2014. Le Ministre fait de la “refondation” de l’éducation prioritaire et de la revalorisation du travail des enseignants qui y travaillent un de ses thèmes de travail pour l’année qui vient.
C’est d’ailleurs avec cet objectif en tête que Vincent Peillon a proposé dans une négociation sur les métiers enseignants, en novembre-décembre, de refondre le système des “pondérations” utilisé pour les décharges horaires et les heures supplémentaires. C’est cela qui a déclenché la mobilisation des profs de prépa qui ont vu cela comme une remise en cause de leur statut et de leur propre rémunération. Devant la mobilisation, la négociation a été abandonnée ou au moins gelée…

Du changement dans l’École
On a donc pu assister en cette fin d’année 2013 à une série de reculades au niveau gouvernemental. Et on a pu se demander si, dans l’éducation qui était pourtant une des priorités du président (et curieusement absente des vœux de fin d’année), le changement c’est maintenu ? La refondation est-elle toujours à l’ordre du jour, ou assiste t-on à une simple restauration d’un système mis à mal par les 70 000 postes supprimés sous la présidence Sarkozy ?
Pour répondre à cette question, je me permets de citer un extrait d’une tribune du CRAP-Cahiers Pédagogiques  : “En un an et demi, on aurait aimé voir les choses avancer bien plus vite. La logique du compromis et des petits arrangements en coulisse avec les « forces qui comptent » prend trop souvent le dessus sur la transparence et sur la consultation démocratique. Mais on sait aussi qu’il est de bon ton aujourd’hui d’afficher déception et amertume, dès que des changements se mettent en place. On souligne les effets pervers, ou on prétend qu’au fond, rien ne change, et on rejoue l’éternel remake du feuilleton des illusions perdues. Argumentations souvent hypocrites qui masquent des résistances corporatistes et une manifestation de cette société de défiance, toujours prompte à dénoncer, à souligner tout ce qui ne va pas, à dénigrer ceux qui s’engagent dans le positif
On peut aussi répondre en reprenant les propos de l’historien Antoine Prost auteur (selon moi) du livre de l’année : “Du changement dans l’école” (Seuil), où il analyse la longue histoire des réformes, plus ou moins réussies, dans l’Education nationale.
Que dit ce grand expert du système ? D’abord que depuis très longtemps l’éducation nationale ne cesse de se réformer. Mais, souligne t-il, “nous avons un vrai problème de gouvernance : la continuité n’est pas assurée, or elle est absolument nécessaire dans l’Education nationale. ”. En d’autres termes, le temps pédagogique n’est pas celui du politique. Songeons que les premiers effets des modifications de programmes ne se verront au minimum qu’au bout d’une décennie. Mais Antoine Prost nous indique aussi que certains changements se font sans “réforme” simplement parce qu’il y a une sorte de consensus et que tout le monde ou presque s’en empare. Quand on lui pose la question du succès ou de l’échec d’une réforme, voici ce qu’il répond à Jean-michel Zakhartchouk sur notre site : “ Le succès tient à la rencontre de plusieurs facteurs : la continuité politique et administrative, l’adhésion d’une partie suffisante de l’opinion et des enseignants, un accord assez large sur ses objectifs, un peu d’argent, de l’habileté. Mais l’essentiel est la continuité, qui suppose un minimum de consensus. Sans un accord minimum entre les partis de gouvernement sur la politique à suivre, la droite défait ce que la gauche a fait, et réciproquement. Les enseignants en ont assez d’être ainsi ballotés de réforme en réforme. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, l’alternance politique démolit l’Éducation nationale. [...] La concertation nationale touche les responsables associatifs ou syndicaux. Mais pour qu’une réforme passe, ce sont les professeurs et les parents qu’il faut convaincre, ce qui suppose une concertation avec la base, au niveau des établissements. Et la mise en œuvre de la réforme demande de multiples décisions locales. Elle exige une administration qui l’explique et la construise sur le terrain ”.

Le pays du grand écart
Quelquefois, les réformes se font parce qu’il y a un choc qui provoque une prise de conscience collective. Ce fut le cas en Allemagne avec la publication des résultats de PISA en 2000 où on a assisté à un “PISA-schock". Lors de la sortie de PISA 2013, en France les réactions et les analyses ont été très nombreuses. Pendant trois jours…
On peut donc douter de l’impact cette fois encore de cette étude internationale sur l’évolution de notre système éducatif. Pourtant les résultats 2013 confirment des constats faits depuis longtemps par les sociologues de l’éducation. Notre école est une des plus inégalitaires et où les écarts sont les plus importants entre les élèves. Nous sommes aussi un des pays où l’influence du milieu social est la plus forte dans l’obtention des diplômes. La France reste le pays des “héritiers” et le pays du grand écart. Et la question qui se pose à la société toute entière est bien de savoir s’il faut continuer avec un système construit essentiellement comme au dix-neuvième siècle pour sélectionner les élites ou se demander vraiment comment faire pour ne pas "fabriquer" de l’échec et faire réussir le maximum d’élèves ? La concertation préalable à la refondation concluait à un “constat partagé”. Mais on peut se demander si ce n’est pas un unanimisme de façade. Derrière la résistance à la refondation de l’École, n’est-ce pas finalement la question du lien social qui est posée dans une société qui s’accommode de laisser sur le bord de la route un noyau dur de “vaincus” du système scolaire ? Et où le constat des inégalités dans la société toute entière empêche de voir que l’École elle-même produit ses propres inégalités et dispense certains de s’emparer des marges de manœuvre pour transformer l’école au quotidien…

Indignations éphémères et rumeurs
L’actualité éducative est aussi faite d’emballements, d’indignations éphémères ou de rumeurs.
L’affaire Léonarda fait partie des deux premières catégories. Le bloc notes que j’ai consacré à cette affaire en octobre dernier a battu les records de fréquentation sur le site des Cahiers Pédagogiques ! L’expulsion d’une adolescente de 15 ans extirpée de son bus scolaire pour être renvoyée vers le Kosovo a ému une partie de l’opinion et notamment les lycéens. Même si les sondages montraient qu’une majorité de français était opposée à l’annulation de l’expulsion. Cela a surtout posé la question de la sanctuarisation de l’École et de savoir si elle devrait être un lieu préservé de ce type d’opération. Mais cela n’a pas fait beaucoup évoluer le sentiment des Français à l’égard des Roms. Et la parenthèse s’est vite refermée sur cette indignation éphémère.
La rumeur qui a alimenté aussi l’actualité éducative est celle du départ de Vincent Peillon. Depuis que ce dernier a annoncé qu’il serait candidat aux élections européennes, les rumeurs vont bon train. Elles se sont renforcées avec la reculade sur les classes prépas. Comme nous le disions déjà dans le précédent Bloc Notes , au-delà de la question de sa personne, c’est le problème de la continuité de l’action politique qui est posé alors que les concessions se transforment de plus en plus en compromis néfastes pour l’ambition même de la refondation.

Verrous et leviers
De quoi l’année 2014 sera t-elle faite ? A l’issue de ce bilan de l’année, les questions restent ouvertes et les verrous sont nombreux. La priorité à la jeunesse et à l’École annoncée symboliquement dès son investiture par François Hollande sous la statue de Jules Ferry est-elle toujours d’actualité ? Ou va t-on voir cette volonté de changement se perdre dans les sables de l’inertie du système, les compromis et les corporatismes ?
On peut prédire, au vu de l’agenda ministériel, que des sujets de tensions vont apparaître. A commencer par la question du métier et des salaires. Le principal syndicat du secondaire a annoncé son intention de faire de la question des salaires un thème prioritaire de son action pour 2014. La question du rééquilibrage (statut et rémunération) entre le primaire et le secondaire est aussi posée. Les fameux « statuts de 1950 » qui régissent le temps de travail et les missions des enseignants seront-ils un obstacle indépassable ?
Car la difficulté est que la marge de négociation du ministre et du gouvernement est très faible. Avec les 60 000 postes (re)créés, on a tout mis sur la table et il ne reste plus rien à négocier. Surtout dans un contexte d’austérité qui se poursuit et une impatience qui grandit.
On peut penser aussi que les premières évolutions sur les contenus déclencheront des polémiques tant cette question des disciplines enseignées touche à l’identité professionnelle des enseignants (surtout du secondaire). De même, les crispations se nourrissent d’une force d’inertie qui n’est pas seulement du côté des enseignants mais aussi de l’administration.
Pour aboutir à une réelle refondation, la marge de manœuvre est étroite, mais elle est réelle. Les leviers existent. Pour obtenir l’adhésion des enseignants il faudrait vraiment faire évoluer le “management” et aller vers un système plus responsabilisant et moins infantilisant. Plus clair sur les finalités et plus souple sur les procédures.

Un dernier mot sur le bilan de l’année écoulée. Pour moi, elle est marquée aussi par la reprise de la revue de presse sous la forme d’un projet collectif et d’une écriture plurielle. Une évolution qui se situe dans l’esprit des Cahiers Pédagogiques depuis leur création.
Je souhaite à tous les lecteurs de cette revue de presse une bonne année 2014. Une année combative et constructive et de mobilisation autour de la lutte contre les inégalités et l’échec scolaire Une année où nous ne cesserons pas d’exercer notre lecture critique et pédagogique de l’actualité éducative et de nous mobiliser pour la nécessaire évolution vers une École plus juste et plus efficace

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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