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Bloc -Notes de la semaine du 9 au 14 septembre

Le niveau monte (en CP) - Ultralibéral et réactionnaire, rigide et mou – Séance de rattrapage – Moi, Albert Jacquard, ministre de l’éducation -

Le bloc-notes de fin de semaine revient sur quelques informations évoquées les jours précédents. C’est le cas de l’annonce de cette hausse inédite du niveau en Maternelle qui oblige le Ministre à réagir. La convention “éducation” de l’UMP suscite, elle aussi quelques commentaires. Ne reculant devant aucun sacrifice, la revue de presse propose également une séance de rattrapage en signalant quelques articles remarquables parus avant la reprise. Et on finit avec un hommage à Albert Jacquard et un texte où il parle d’éducation.

En CP, le niveau monte
Vincent Peillon réagit dans une interview au journal Le Monde à l’enquête de la DEPP qui constate que le niveau des élèves entrés en CP a fortement progressé entre 1997 et 2011. Comme le souligne , Marie-Caroline Missir, dans l’Express s’il faut se réjouir de tels résultats pour un système éducatif plutôt habitué à la baisse du niveau, cela peut être aussi utilisé sur un plan politique comme un argument pour justifier la politique menée par la droite durant les années précédentes. Cette étude, se demande la journaliste, peut-elle remettre en cause les projets du ministre, qui entend réformer les programmes de la maternelle au lycée ?
Le Ministre lui répond indirectement : “Il y a toujours eu, dans l’histoire de la maternelle, une tension entre deux logiques, qui sont aussi deux excès à éviter. Le premier est de rentrer, dès la grande section, dans les apprentissages plutôt que de les préparer – une tendance à la " primarisation " sur laquelle le rapport des inspections générales de l’éducation nationale divulgué en mai 2012 a attiré l’attention. Le second est de ne pas considérer la maternelle comme une école à part entière, de la réduire à un espace dédié au jeu, sans lien avec la préparation des apprentissages ; une garderie améliorée. Si l’école maternelle a vu ses résultats progresser, un déséquilibre s’est instauré au profit de la première logique ces toutes dernières années. Il faut donc restituer à cette école son équilibre, car elle seule est adaptée aux besoins des jeunes enfants, sans renoncer aux apprentissages indispensables pour donner plus de chances de réussir à ceux qui en ont à priori moins. C’est ce point d’équilibre qu’il faut atteindre et maintenir”. Et le ministre ajoute une annonce “Pour y parvenir, la maternelle va être réorganisée en un cycle unique - celui des "apprentissages premiers", liant petite, moyenne et grande sections -, effectif dès la rentrée 2014.”.
Il y a du travail pour le futur Conseil Supérieur des Programmes (qui devrait être connu dans une quinzaine de jours).

Ultralibéral et réactionnaire, rigide et mou
Pour Lionel Jeanjeau dans la revue de presse du vendredi 13 septembre , la convention UMP sur l’éducation a eu une “faible couverture médiatique”. C’est tant mieux. Mais il faut cependant signaler quelques billets qui reviennent à leur manière sur ces propositions.
Dans son blog, sur Médiapart, l’historien de l’éducation, Claude Lelièvre qualifie ces propositions de “radicalisation ultralibérale et réactionnaire ”, qui, de surcroît, nie plus de cinquante ans d’histoire. Avec le « chèque éducation », on est dans la droite ligne de la proposition de l’ultra-libéral Alain Madelin énoncée dès 1984 (et qui avait été toujours refusée jusqu’ici par ceux qui se présentent comme des héritiers du ’’gaullisme’’). Notre ami rappelle aussi que c’est le général de Gaulle qui institua la carte scolaire et initia ce qui allait devenir le collège unique …
Le très productif Claude Lelièvre continue ses piques contre la droite avec un autre billet publié cette fois-ci dans L’Express. Et dans ce texte, il constate que si la droite a reproché à Vincent Peillon de n’avoir pas abordé la question du statut des enseignants avec la loi sur la refondation, cette même droite s’est bien gardée d’aborder ce sujet lorsqu’elle était au pouvoir. Et on notera d’ailleurs que le ministre a inscrit ce sujet à son agenda de l’année. Bon courage…
A propos du programme de la droite pour l’École, je voudrais signaler un texte de Mara Goyet sur son blog hébergé par Le Monde . Beaucoup de “pédagogues” ont une prévention de départ à l’égard de Mara Goyet. Mais il semble qu’il y ait eu du chemin parcouru depuis le détestable “Collège de France”. Dans ce billet intitulé “Rigide et mou”, elle s’en prend, elle aussi, aux propositions de l’UMP : “L’examen d’entrée en 6ème ? Géniale idée qui sent bon la guillotine précoce, le tri, la décharge municipale. Comment osent-ils nous faire ce coup-là à l’UMP ? Un fantasme sénile, une solution débile : quand on se retrouvera avec des enfants de 14 ans en CM2, on sera bien avancé. Quand on aura des élèves en pagaille qui finiront dans des voies de garage, on aura tout gagné. Je reviens toujours à cette distinction de Péguy  : il faut être ferme et souple, pas rigide et mou.”. Et elle poursuit avec beaucoup d’ironie et d’humour : “L’avantage des propositions rigides et molles c’est qu’elles peuvent être multipliées à l’infini. Copie mal présentée, main coupée. Tout élève qui, désormais, bavardera sera privé de récréation pour deux mois et nettoiera les toilettes avec sa brosse à dents. Tout élève qui oubliera son cahier trois fois, devra, encadré par deux ours, débiter un arbre, confectionner de la pâte à papier et en faire un cahier afin de comprendre l’importance du matériel scolaire. Tout élève qui n’aura pas deux mille mots de vocabulaire en grande section restera en maternelle à vie, assis sur une chaise minuscule, encadré par deux peluches. Tout élève qui fera preuve d’insolence participera, seul, à une opération à terre en Syrie. Tout parent qui sera dépassé par ses enfants paiera deux fois plus d’impôts et devra participer à un stage de rééducation parentale encadré par l’armée. Toute fille en mini-short sera dans l’obligation de porter une burqa pendant deux jours puis sera exclue de l’établissement pour port de signe religieux. Toute note en dessous de la moyenne sera punie d’une exclusion de cours de huit jours. Tout le monde aura les pleins pouvoirs (profs, surveillants, chefs d’établissements) mais certains auront plus les pleins pouvoirs que d’autres. On peut continuer longtemps comme ça... « La raideur permet tout, ne signale rien » écrivait Péguy
Si l’on veut se faire encore plus mal avec la droite et l’école, on peut aussi aller lire le dossier que le magazine Valeurs actuelles consacre à l’école. Brrr…
Pour finir sur ce point, osons un petit avis personnel. Ce genre de propositions de la Droite est utile pour se rappeler que même si certains peuvent être déçus par la politique éducative actuelle (trop vite ? pas assez vite ?...) , il est difficile de dire qu’avec la politique de la droite ce serait "bonnet blanc et blanc bonnet"....
Il ne faut pas avoir la mémoire courte…

Séance de rattrapage
La revue de presse a repris son rythme quotidien depuis une semaine. Mais il n’est peut-être pas inutile de revenir sur quelques textes et informations parues avant cette reprise et d’offrir à nos lecteurs une séance de rattrapage.
Si la rentrée scolaire est souvent propice à la prolifération de marronniers, elle permet aussi l’expression d’analyses intéressantes sur l’état du système éducatif. C’est le cas avec deux textes de François Dubet. Une interview dans Le Monde et surtout une autre dans le Nouvel Obs où le sociologue appuie là où ça fait mal.
Toujours sur la rentrée, on pourra aussi lire ou relire l’interview donnée par Philippe Meirieu à La Croix sur la refondation de l’École. On peut aussi aller lire dans le JDD.fr, la tribune de Laurent Bigorgne directeur de l’Institut Montaigne. Pour l’un comme pour l’autre mais avec des points différents, le système éducatif n’a pas encore fait les réformes nécessaires.
La grande affaire des prochains mois, va être la question des programmes scolaires. La loi prévoit la mise en place d’un Conseil Supérieur des programmes. On l’a déjà lu dans la revue de presse, le ministre annonce une refonte des contenus d’enseignement à partir de 2015. Un article de Maryline Baumard dans le Monde paru le 5 septembre mettait en perspective cette question. Signalons par ailleurs que ce sera aussi le thème du prochain dossier des Cahiers Pédagogiques qui paraît la semaine prochaine. Toujours sur cette question des contenus d’enseignement, je signale une excellente synthèse sur le travail par compétences rédigée par Olivier Rey (de l’Institut Français de l’Éducation) sur son blog. Ayant pour titre “Les compétences clés dans l’enseignement obligatoire en Europe : fantasmes et réalités pédagogiques ”, ce long texte remarquable tient toutes les promesses du titre. Il déconstruit les fantasmes et donne à voir la réalité et la fécondité de cette pédagogie.

Albert Jacquard
Albert Jacquard nous a quitté le 11 septembre 2013. Sa disparition a suscité de très nombreuses réactions. Outre les hommages officiels et notamment celui de Vincent Peillon , signalons notamment le très beau texte de Philippe Meirieu : L’homme qui savait pleurer
Ce grand humaniste a aussi souvent parlé ou écrit sur l’éducation. Dans une tribune parue dans l’Humanité le 22 Mars 1999, il s’imaginait en ministre de l’éducation : Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète… et suivaient neuf articles dont voici une petite sélection…
Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.
Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : " Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. "
Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. […]
Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.
Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.
Et parce qu’il n’y a pas de raison de ne pas le faire ( !), finissons avec le préambule de ce texte : “L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller.

Message technique et excuses
La revue de presse est lisible sur le site des Cahiers Pédagogiques mais elle est aussi envoyée sous forme de newsletter à ceux qui s’y abonnent. Même si elle semble appréciée, je doute que ceux qui l’ont reçue, ces derniers jours, en six exemplaires ou plus encore aient vraiment été ravis ! Nous présentons nos excuses à nos lecteurs pour cette difficulté technique que nous essayons de résoudre.
La revue de presse continue et tous ses rédacteurs vous souhaitent une bonne rentrée et une bonne année (scolaire).

Philippe Watrelot