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Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 septembre 2015

- Semaine cruciale - Université - Formation -


Le bloc notes qui a plutôt pour habitude de revenir sur les jours qui viennent de s’écouler commence d’abord par évoquer la semaine prochaine et qui s’annonce cruciale. On va en effet voir se télescoper deux évènements : la grève contre le collège 2016 et la publication des nouveaux programmes. La semaine écoulée a été marquée par la publication de plusieurs rapports ou notes qui suscitent du débat. On s’attardera sur le rapport « Pour une société apprenante » qui trace des perspectives pour l’Université et comporte des propositions choc. Et on reviendra aussi sur la note Terra Nova à propos de la formation dans l’Éducation Nationale. Même s’il est difficile d’être à la fois acteur et commentateur…

Semaine cruciale
Sans vouloir jouer les “Philippulus le prophète” , la semaine qui vient est cruciale. On risque, en tout cas, d’y parler beaucoup d’éducation. Plusieurs évènements vont se télescoper. En premier lieu, le jeudi 17 septembre aura lieu la grève des opposants à la réforme du collège . Ceux-ci espèrent évidemment, construire un nouveau rapport de forces après la grève du 11 juin qui avait peu mobilisé. Il est prévu aussi une journée de manifestation nationale en octobre. Marie-Caroline Missir dans L’Express évoque un sondage confidentiel commandé cet été par le Service d’Information générale du gouvernement (le « SIG » chargé d’observer l’humeur des Français et d’appuyer la communication ministérielle), qui montrerait que les trois quart des Français auraient une opinion défavorable de la réforme du collège. Selon la journaliste “Les sondés ont ainsi repris à leur compte l’argumentaire déployé par les opposants à la réforme, qui a plus « imprimé » que celui du ministère. L’échec est bien dans une bataille de communication qui a joué en faveur des anti-réforme. ”.
Mais la bataille est-elle perdue ? Plusieurs articles (dans L’Express ou le Café Pédagogique ) décrivent la “contre-attaque” et la “mobilisation générale” (pourquoi un tel vocabulaire guerrier chez les journalistes ?). Ce dispositif est exposé dans un document remis aux recteurs lors de leur réunion de rentrée, en Sorbonne, le 24 août dernier. «  Il s’agit à la fois de diffuser les fondamentaux de la réforme (sens et opérationnalisation), de constituer un réseau de cadres et de formateurs à même d’assurer le déploiement en académie, de faire l’état des besoins en terme d’accompagnement et de production de ressources. » dit ce document. La directrice générale de l’enseignement scolaire, Florence Robine, se déplacera dans toutes les académies pour expliciter auprès des cadres et des formateurs eux-mêmes les enjeux de cette réforme. Dans chaque académie, un «  groupe d’appui  » sera constitué avec des chefs d’établissement et des profs ayant participé aux groupes de travail qui ont préfiguré la réforme. Mais l’essentiel de ce dispositif réside dans un plan important de formation quedétaille un article du Café Pédagogique en citant le dossier de presse du ministère : " chaque enseignant bénéficiera de huit journées de formation organisées selon une logique de proximité de façon à réduire les temps de déplacement et à renforcer la cohérence de l’action au niveau local... Les regroupements pourront se dérouler dans le cadre des bassins de formation, des districts, des réseaux d’établissements ou au sein des EPLE" et plus loin il est précisé “Pour répondre à cette exigence, les équipes au sein d’un établissement seront formées par vagues successives
Le Café Pédagogique aime créer la polémique et pose la question d’une formation se situant la "zone grise" des obligations de service en dehors des heures de cours. Interrogé par le Café pédagogique, le ministère précise que "la formation doit s’effectuer dans le temps de travail défini par les 1607 heures annuelles. L’objectif est bien d’éviter de toucher aux heures de cours même si des contraintes organisationnelles peuvent conduire à des absences ponctuelles. La formation n’est donc pas en plus des 1607 heures et ne donnent donc pas lieu à rémunération pendant les 36 semaines de cours. Par contre les formations durant les congés pour des volontaires donnera lieu à rémunération". On voit donc un nouveau front s’ouvrir, procédurier celui-là : peut-on contraindre les enseignants à se former alors que les obligations de service malgré les négociations récentes sont encore ambigües sur ce point ?
La sortie par le haut de cette situation qui rajoute des motifs de conflits passe donc par un travail de conviction et d’explication et se situe au niveau des établissements et de la capacité des personnels de direction et des équipes à construire ensemble des formations s’appuyant sur les expériences de terrain et la réflexion collective. Pas simple...
L’autre évènement qui va marquer la semaine prochaine, c’est la publication des nouveaux programmes. Dans Le Monde on apprend que le Conseil supérieur des programmes (CSP) prévoit de rendre sa copie “la semaine du 17 septembre”. Et l’article ajoute “Au risque de revivre un « télescopage » avec la réforme du collège qui avait déjà enflammé les débats – et brouillé les esprits – au printemps : c’est aussi le 17 septembre qu’une intersyndicale a appelé à la grève.”. Toujours d’aprèsLe Monde, un “double niveau de lecture” devrait rendre ces programmes plus simples à s’approprier par le grand public, avec un récapitulatif, discipline par discipline, des compétences travaillées par les élèves. Une écriture “ claire, sans jargon” promet-on. On annonce donc des “inflexions” mais le risque d’une dénaturation du projet initial, et notamment en Histoire, n’est pas à exclure.
Décidemment le collège 2016 occupe déjà tous les esprits dans cette rentrée 2015.

Université
La semaine a été marquée par la publication de plusieurs rapports ou notes qui suscitent du débat.
C’est d’abord le rapport « Pour une société apprenante » rendu mardi 8 septembre au président de la République, par le comité pour la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur (StraNES). Comme le résume un article du Monde, il s’agit d’une stratégie à dix ans pour remodeler l’université qui est proposée par les rédacteurs, les universitaires Bertrand Monthubert et Sophie Béjean. La StraNES propose ainsi d’accroître le niveau général de qualification des Français en se fixant à un horizon de 10 ans un objectif de 60% d’une classe d’âge diplômée de l’Enseignement supérieur. Pour servir cette ambition, la StraNES place la lutte contre les inégalités sociales dans l’accès aux diplômes, la Formation tout au long de la vie (FTLV) et la transition digitale au cœur de ses propositions. Le document formule 40 propositions rassemblées autour de 5 axes stratégiques. Dès cet automne, le rapport devrait être débattu au Parlement tandis que les premières mesures destinées à sa mise en œuvre seront prises par Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon.
Ces quarante propositions balayent tous les sujets. Parmi d’autres points, on y aborde la question du numérique. On peut y lire ceci : Cela fait maintenant plusieurs décennies qu’on autorise les calculatrices dans les examens ; l’étape suivante est d’autoriser – comme au Danemark par exemple – les ordinateurs avec accès total à Internet. Cette étape est inéluctable, anticipons-la afin de permettre le déploiement d’une formation adaptée au monde qui nous entoure ” . Plus concrètement, cela signifie que les professeurs seraient amenés dans les examens, à faire jouer “la capacité [de leurs étudiants] à savoir trouver l’information pertinente, à la comprendre pour la réinvestir dans une production personnelle ou collective ”.
Si cette proposition risque de faire parler non seulement à l’université mais aussi dans les lycées, il en est une autre qui est potentiellement la source non seulement de vifs débats mais même de mobilisations lycéennes et étudiantes. En effet, le rapport fait la proposition de ne plus accorder un accès automatique à l’université pour les bacheliers professionnels et technologiques. Précisément il suggère de “ permettre l’accès de droit aux licences générales aux bacheliers titulaires d’un baccalauréat général ”. Pour les filières professionnelles et technologiques, “un examen du dossier des bacheliers ” est prévu. “Il débouchera sur un avis favorable, réservé ou défavorable.” Dans tous les cas, poursuit le rapport, “une place dans une des filières publiques de l’enseignement supérieur sera proposée à l’issue d’un conseil d’orientation postsecondaire, en proposant si nécessaire le passage par une passerelle et/ou un parcours adapté ”. Il s’agit donc d’une gestion des flux et la mise en place d’une politique d’orientation en actant le fait qu’une bonne partie (mais pas toute) de l’échec en licence provient des étudiants issus des bacs pro ou techno.
Mais cette proposition revient alors sur un des fondements du système français pour qui le baccalauréat est depuis sa création, le premier grade universitaire. Ce qui fait qu’il n’y a pas formellement de sélection à l’entrée. Or, qu’on le veuille ou non les Bacs Techno et Pro sont des diplômes de l’enseignement supérieur au même titre que le Bac Général. La meilleure preuve c’est que ces bacs sont bien comptabilisés pour le calcul annuel du taux de réussite au bac. Cette proposition signifie donc que tous les bacs n’ont pas la même “valeur faciale” et n’ouvrent pas le mêmes portes.
On pourra dire qu’il ne s’agit ici que de mettre fin à l’hypocrisie d’un système qui conduit un grand nombre de bacheliers à l’échec et dénoncé par les enseignants du supérieur qui enseignent au niveau licence. Mais il faut alors rappeler que l’hypocrisie va plus loin car les titulaires des bacs techno et pro n’ont pas tous accès aux BTS qui leur sont en principe réservés à cause des bacheliers généraux qui prennent les places et du mode de sélection de ces formations. Le débat est aussi pédagogique pourront également dire certains. Car comme dans le 2d degré, le niveau insuffisant des étudiants est aussi un problème pédagogique et pas une fatalité qu’on règlerait par une mesure de gestion des flux. Et les universités, même si certaines commencent à le faire, devraient vraiment s’y atteler. Et si la pédagogie n’était plus un gros mot à l’université ?
Quoi qu’il en soit, on voit bien ce que cette proposition a potentiellement de quoi mettre dans la rue des milliers de lycéens et d’étudiants. Et selon une citation attribuée à un conseiller ministériel il y a une trentaine d’années “les lycéens c’est comme le dentifrice, c’est plus facile de les faire sortir que de les faire rentrer...

Formation
L’autre rapport qui a fait un peu de bruit cette semaine, est une note de la fondation Terra Nova sur “Le recrutement et la formation des personnels de l’Education nationale. En parler est un peu compliqué puisque j’en suis un des co-auteurs. Dans une interview, j’explique les raisons pour lesquelles je me suis engagé à titre personnel dans cette réflexion et je précise quelques convictions. J’y redis aussi ce que j’ai déjà exprimé à plusieurs reprises dans ce bloc notes. Dans notre beau pays qui aime les débats binaires et clivants, “on est coincés entre deux chaises. D’un côté, la critique systématique et le refus de toute modification du système, de l’autre, la “pensée magique” et un discours qui consiste à assurer que finalement tout ira bien si on le dit. ” Or, pour faire bouger les choses, “ il faut absolument sortir de l’incantation et des discours performatifs et entendre les critiques et les suggestions d’amélioration.”. Si la note est présentée comme une “critique sévère” de la formation, elle se veut avant tout une critique constructive.
On trouvera plusieurs résumés des propositions de ce groupe de travail. Dans ÉducPros, ou bien encore La Croix ou sur le site d’information Touteduc . La note dans son intégralité est téléchargeable sur le site de la fondation. La proposition souvent mise en avant est celle de modifier la place du concours en plaçant l’admissibilité en fin de M1 et l’admission en fin de M2 avec des épreuves en situation professionnelle. On insiste aussi sur la nécessité de donner un statut plus stable et autonome aux ESPÉ. Mais d’autres propositions méritent l’attention et devraient susciter le débat. . En particulier la note de Terra Nova défend l’instauration d’un droit et d’une obligation de se former pour les enseignants. Arguant qu’il s’agit d’ "une nécessité qui ne peut être laissée au seul volontariat des individus", le groupe des rédacteurs évoque une double obligation : pour l’Etat à travers l’attribution à chaque enseignant d’un crédit de formation rechargeable ; pour les enseignants, "par exemple sous la forme d’une à trois semaines de formation chacune des trois premières années d’exercice puis par période de trois ans". Et "pour éviter la désorganisation de l’enseignement", la formation continue pourrait se faire "d’une part en dehors du temps de service devant les élèves et de l’autre en mettant en place des dispositifs de remplacement organisés localement pour les formations de courte durée et par les services académiques pour les stages longs". On voit que cette proposition rentre en résonance avec la possible polémique évoquée plus haut à propos des formations pour le collège 2016. Mais elle réaffirme surtout ce qui devrait être une évidence : “enseigner est un métier qui s’apprend... tout le temps !

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot