Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 décembre 2015


JPEG - 26.3 ko

Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 décembre 2015

- Élections – Laïcité - Postes - APB - Bracelets


Le bloc notes de la semaine écoulée évoque les élections du 1er tour de dimanche 6 décembre et la manière dont elles interpellent l’École et les éducateurs. Mais il y a eu bien d’autres sujets dans l’actualité éducative. Il y a eu en effet la journée de la laïcité le mercredi 9 décembre pour célébrer, 110 ans après, la loi de 1905.
Et puis il y a plusieurs annonces ministérielles qui méritent notre attention. A commencer par les annonces de créations de postes pour la rentrée prochaine et aussi la réforme du système APB qui concerne tous les élèves de Terminale. Pour clore cette revue, on s’intéressera à un système de bracelets de couleur dans des collèges privés de Tours qui a provoqué quelques débats

Élections
Le premier tour a suscité évidemment de nombreux commentaires dans la presse. Parmi ceux-ci plusieurs ont pu interpeller les enseignants.
En particulier, un sondage publié dès le lundi matin montrait que les jeunes entre 18 et 30 ans avaient voté à 34 % pour le Front national au premier tour. Mais chez les 18-30 ans, 64 % des inscrits ne sont pas allés voter. C’est 14 points de plus que la moyenne nationale et c’est peut-être le chiffre le plus important des deux en attendant les résultats des études sur le second tour. Une autre étude Ipsos/Sopra Steria sur la sociologie des électeurs montre l’attractivité du Front national chez les jeunes. C’est le premier parti choisi par ceux qui veulent s’engager en politique dans cette tranche d’âge...
Pour Laurence De Cock dans un très bon texte publié sur le blog Aggiornamento lundi dernier, tous ces chiffres doivent nous interroger sur les conditions actuelles de sensibilisation et de socialisation politiques de la jeunesse de ce pays. Pour elle “Une éducation au politique passe d’abord et avant tout par l’épreuve au quotidien des pratiques anti autoritaires et de justice dans les classes. Elle ne peut se contenter de la foi dans les vertus performatives d’un récit nationalo-républicain qui fabrique de l’illégitimité pour une partie des élèves.”.
On a eu aussi une succession de communiqués des associations et mouvements du monde de l’éducation nationale. Tous s’inquiètent des conséquences des élections. On retrouve ces inquiétudes dans unarticle du journal Le Monde qui détaille les conséquences pour les lycées d’un changement de présidence de Région. Sachant qu’environ 5 % du budget de l’éducation des régions sont consacrés aux actions éducatives, sur lesquels la marge de manœuvre des nouveaux élus pourrait s’exercer...

Laïcité
La semaine a aussi été marquée par la première journée de la laïcité le mercredi 9 décembre, 110 ans après l’adoption de la loi de 1905. Cette journée avait été décidée après les attentats de janvier et annoncée par la ministre lors de son grand discours sur les valeurs de la République le 22 janvier 2015 . Une journée qui prend un sens encore plus fort en ce triste mois de décembre. Rappelons aussi que depuis la rentrée 2013, la charte de la laïcité doit être affichée dans tous les établissements scolaires.
Cette journée de la laïcité a donné lieu à plusieurs articles, interviews d’experts et enquêtes sur ce sujet. Un sondage Ifop commandé par le Comité national d’action laïque (Cnal) (et réalisé avant les attentats) peut inquiéter. Plus de huit personnes interrogées sur dix (81%) jugent que la laïcité est « en danger » et sont favorables à l’interdiction du port du foulard islamique pour les mères accompagnatrices de sorties scolaires, 64% jugeraient utile de « proposer des menus diversifiés dans les cantines publiques, sans céder aux revendications communautaires ».. Seuls 48% des sondés jugent le texte de 1905 « équitable » (l’ont-ils lu ? le sondage ne le dit pas) tandis que 38% l’estiment dépassé. Ils sont 59% à le trouver « utile ».
Parmi ces sondés, 43% justifient leur réponse en affirmant qu’« il y a de plus en plus de personnes qui portent des signes religieux ostensibles » et 34% « parce que certains veulent que l’Etat subventionne la construction de mosquées » (deux réponses possibles).
La laïcité à l’École mérite d’être réaffirmée et surtout expliquée. Car elle semble être interprétée de différentes manières. Et ce qui rajoute à la difficulté, nous rappelle Le Monde c’est que les règles sont à géométrie variable entre l’École et l’Université. Comme le souligne un article du Figaro, le brutal retour de cette question à la une de l’actualité a laissé certains adultes, enseignants et parents bien démunis. « Un des raccourcis qui est souvent fait, c’est que la laïcité française n’accepte pas les différences », note une déléguée FCPE. Les adultes ont alors du mal à défendre ce principe qu’ils comprennent mal, ou qui leur semble léser certaines personnes.
Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, interviewé par Le Monde donne des éléments de réflexion qui permettent, me semble t-il d’éviter les pièges. “Après les attentats de janvier, les enseignants se sont retrouvés en difficulté face à des élèves qui s’étaient construit une mauvaise image de la laïcité, qu’ils voyaient comme un concept s’opposant à la religion. Dans les débats politico-médiatiques, on en a parlé comme d’un catalogue d’interdits, on en a fait le synonyme de la neutralité religieuse, ce qui n’est pas le cas. […] Jusqu’ici, la laïcité était abordée de manière moins formelle, en cours d’histoire en abordant les lois édictées par Jules Ferry, ou en cours d’instruction civique. Depuis la rentrée, elle est abordée dans le cadre des heures d’enseignement moral et civique, ajoutées par le gouvernement aux programmes scolaires. Celles-ci abordent la laïcité en mettant l’accent sur sa définition fondamentale : la liberté de croire ou de ne pas croire. C’est important d’insister sur cette définition car les terroristes cherchent justement à attaquer cette liberté de conscience. Aujourd’hui, les querelles sur les menus de substitution à la cantine, sous couvert de laïcité, sont contre-productifs. C’est une forme de laïcité rabougrie qui dresse les Français les uns contre les autres. La laïcité est avant tout un combat rassembleur pour la liberté et l’égalité de chacun, quelle que soit sa croyance. Ce recentrage sur les fondamentaux est selon moi la seule manière de faire en sorte que ce concept soit audible pour les élèves.”. Pour clore sur ce chapitre, allons demander aux élèves ce qu’ils en pensent. Caroline Beyer dans Le Figaro nous raconte la visite de Najat Vallaud Belkacem au collège Matisse, dans le 20e arrondissement parisien. « C’est quoi la laïcité ? » demande la ministre. « Aller à l’école sans avoir honte de sa religion », « ne pas faire de discrimination entre les personnes pour leur religion, leur culture », lui expliquent les élèves...

Postes
L’autre gros morceau de la semaine ce sont les annonces pour la rentrée scolaire 2016. Celle ci sera marquée par la création de 6.639 postes de personnel éducatifs, surtout dans le primaire, la hausse démographique dans le secondaire et l’accompagnement de la réforme du collège, a annoncé mercredi .le ministère dans un communiqué. L’école primaire bénéficiera de 3.835 postes supplémentaires pour 533 élèves de moins, précise le texte (soit 58% des moyens attribués). Cela devrait permettre de rattraper le retard pris dans l’accueil des tout petits et « le plus de maîtres que de classes » Le secondaire, quant à lui, disposera de 2.804 nouveaux postes sur les 4.000 prévus en deux ans pour mettre en place la réforme du collège Encore faudrait-il que cela soit bien repéré par des dotations clairement identifiées pour dissiper enfin complètement les accusations d’une réforme à l’économie. Il faudra aussi tenir compte du “baby boom” de l’an 2000 et de l’arrivée de classes d’âge nombreuses en lycée.
Quelles seront les académies les mieux loties ? . Le volet le plus important de créations de postes revient à l’académie de Créteil qui cumule les difficultés et qui franchit le seuil symbolique des 1000 postes (650 dans le primaire, 465 dans le secondaire) et à celle de Versailles (500 dans le primaire, 370 dans le secondaire). En revanche, les académies de Caen, de la Martinique et de la Guadeloupe auront à faire face à des suppressions de postes.
Il faut noter que depuis l’année dernière l’attribution des postes tient compte outre le nombre d’élèves d’un critère social pour « renforcer l’accompagnement des élèves les plus fragiles scolairement et socialement », rappelle le ministère, mais aussi d’un critère territorial « pour mieux prendre en compte les besoins de la ruralité ». C’est maintenant dans les rectorats que va se traiter la répartition de ces moyens. En espérant que ce seront les mêmes critères sociaux et territoriaux qui prévaudront.
Début de polémique ? Selon Le Monde , la répartition des 6 639 créations de postes pour la rentrée 2016 a été annoncée par communiqué un peu plus tôt que d’habitude (comité technique ministériel prévu le 17 décembre). Pour certains syndicats, l’avancée de l’agenda aurait des visées électoralistes et serait dictée par les élections régionales. On annonce les postes tardivement, tout le monde proteste. On les annonce plus tôt, on râle aussi... Et franchement, qui peut penser sérieusement que quelqu’un va changer subitement son vote et voter pour la gauche à cause de cette annonce ?

APB
Autre information importante de la semaine écoulée : la réforme du système APB. Cela concerne tous les lycéens actuellement en Terminale. APB (pour “Admission Post-Bac”) est le dispositif qui permet d’affecter les lauréats du bac dans l’enseignement supérieur en fonction de leurs vœux. Un système qui a montré ses limites.
Les changements annoncés par la ministre dans une interview au Parisien et sur le site du Ministère visent à désengorger les filières dites « sous tensions » qui conduisent des étudiants à se retrouver sans affectation en début d’année, ou dans des voies qu’ils n’ont pas choisies, par manque de place. Pour faire mieux coïncider l’offre et la demande, il sera désormais demandé aux candidats de choisir dans leurs vœux au moins un cursus « non sélectif » et pas surchargé. Le ministère promet aussi de mieux informer les jeunes sur les filières méconnues mais porteuses. Par ailleurs, ceux qui se destinent à des voies surchargées devront opter non plus pour une fac, mais pour une matière (par exemple psycho), et classer ensuite, à l’intérieur de ce vœu, les lieux qui dispensent cette formation dans son académie par ordre de préférence. Les jeunes des académies de Créteil, Paris et Versailles, eux, seront susceptibles de se voir proposer une place dans toute l’Ile-de-France. Va y avoir du (tran)sport...

Bracelets
C’est la radio Europe1 qui a révélé cette “affaire” qui a déclenché le buzz et du débat dans le petit monde de l’éducation.
Les collèges privés “Christ-Roi" et Ste Jeanne d’Arc” à Tours ont décidé d’instaurer un système de bracelets de couleur pour distinguer les élèves disciplinés et ceux qui le sont moins. Les couleurs différentes donnent donc des droits différents dans l’établissement selon le degré de responsabilité. Un bracelet jaune donne droit de se faire prêter une clé par un adulte, un vert ouvre l’accès à une salle pendant la pause déjeuner. Un bracelet rouge en revanche interdit de se présenter comme délégué de classe.
Toujours sur Europe1 cette information a même eu les honneurs de “la morale de l’info” la chronique de Raphael Enthoven sur cette radio. Le philosophe donne son avis sur ce qu’il considère comme un dévoiement de la motivation où on enferme les enfants dans le regard d’autrui. “A quoi sert-il de lutter contre le port de signes religieux à l’École, si c’est pour leur substituer le port de signes vertueux ?” demande t-il.
A mon humble avis, il s’agit en effet d’une perversion ou en tout cas d’une mauvaise lecture du principe des “ceintures” développé par Fernand Oury (et qui d’ailleurs ne s’appliquent pas qu’au comportement mais à toute forme d’apprentissage). Dans le système des ceintures de comportement, il y a en effet des “droits” différents selon la ceinture obtenue (le droit d’aller lire un livre quand on a fini, le droit de sortir, etc.). Mais cela ne se traduit pas par un signe ostensible (et qui risque d’être stigmatisant). Il s’agit d’un contrat passé entre l’enseignant et l’élève et la motivation sur laquelle on joue est celle de sa propre amélioration personnelle (comme un défi à soi même). Elle ne repose pas sur le contrôle social et le regard des autres...
Alors qu’un article du Parisien titre sur “le retour des bons points à l’École ” en confondant ensuite la forme surannée des “bons points” avec le développement de pratiques visant à encourager et valoriser, cela nous montre que si la question de la motivation est au cœur de l’acte d’apprentissage, il peut y en avoir des mésusages. Plutôt qu’une motivation “extrinsèque” fondée sur des récompenses ou le regard des autres, il faut viser plutôt une motivation “intrinsèque” où celui qui apprend trouve sa motivation dans une volonté de progresser avec l’aide bienveillante de l’adulte.
La bienveillance est une nécessité et ne peut se réduire aux caricatures faites par quelques adversaires de la pédagogie et aux dévoiements de ceux qui lisent trop vite...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot