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Bloc-Notes de la semaine du 6 au 12 avril 2015

- Collège - Calendrier - Accompagnement - Calculatrices -


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Le bloc notes de la semaine revient sur les sujets de la semaine dernière : la réforme du Collège et le calendrier scolaire. Ils font partie des points traités par le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) qui s’est tenue vendredi 10 avril.
Pour compléter, le tour d’horizon, on évoquera aussi un sondage sur l’accompagnement scolaire et la question des calculatrices au bac.

Collège
Le projet de réforme du collège était un des quarante-deux points à l’ordre du jour du conseil supérieur de l’éducation interminable du vendredi 10 avril. Heureusement le collège était un des premiers points traités. Après une discussion somme toute assez courte, le projet a été adopté avec 52 voix pour (dont UNSA, CFDT, FCPE, UNL, UNEF, Ligue de l’enseignement,..), 25 contre (SNALC, FSU, FO, CGT, Sud) et 1 abstention (PEEP). La ministre s’en est félicité dans un “point presse” dès le vote effectué. Sur le site du ministère, on trouvera une présentation très complète du projet qui doit se mettre en place à la rentrée 2016. On y présente des exemples d’emplois du temps et on y annonce notamment un plan de formation conséquent ainsi que 4000 créations de postes pour cette réforme.
Cela veut-il dire que cela clôt l’épisode “collège” dans l’actualité éducative ? Loin de là. Rappelons qu’une grève est toujours à l’agenda de plusieurs syndicats le 13 mai prochain. Et si on en juge par les réactions très vives à mon bloc-notes de la semaine dernière, les esprits sont très échauffés ! Avec des anathèmes et des attaques personnelles qui sont excessives. On aurait envie de rappeler aux protagonistes de ces querelles amplifiées par les réseaux sociaux et l’escalade verbale qui en découle, qu’il faudrait peut-être distinguer les motifs de conflit. “Ennemi”, “adversaire”, “concurrent”... ne sont pas synonymes et ne devraient pas être confondus dans une rhétorique excessive et indigne. Et on devrait réserver le premier à des causes qui en valent la peine.
"Si on se préoccupe trop de l’achèvement des choses, on n’entreprendrai jamais rien." Cette citation de François 1er peut convenir à un grand nombre de situations dans une société française marquée par l’accumulation des préalables. J’ai souvent écrit qu’en France nous n’avons pas une culture du “work in progress” avec une force d’inertie importante . Et cela se double d’ailleurs d’une forme de prophétie auto-réalisatrice pessimiste. Si l’on croit que ça ne va pas marcher ou que ça ne va rien changer, il y a plus de chances que ce soit cela qui se produise... L’enjeu pour la suite de cette réforme va donc être de déjouer ces prédictions et ces freinages. Et de proposer des pistes pour avancer.
A quelles conditions ? D’abord s’appuyer sur l’existant et les expériences déjà menées. Le journal de France 2 a présenté vendredi 10 avril un reportage sur le collège Clisthène de Bordeaux. Je ne sais pas si l’expression “le collège qui a inspiré la réforme” (utilisée en titre) est la meilleure car elle risque de faire passer nos amis de Clisthène pour des modèles et des donneurs de leçons qui auraient trouvé LA solution. Or, ce sont avant tout des collègues qui cherchent... et qui expérimentent DES solutions, les évaluent (avec l’aide de chercheurs qui jouent le rôle d’“amis critiques”) Ce sont des enseignants dont le travail montre simplement qu’il y a plusieurs manières de faire qui sont possibles...
Il ne faudrait pas que cet esprit de recherche que la grande majorité des enseignants a en partage soit annihilé par des positions de principe et des postures qui relèvent plus, pour l’essentiel, du politique que du pédagogique.
S’appuyer sur l’existant, sur les recherches en cours, pour améliorer plus que pour opposer, c’est donc possible. C’est ce qu’on retrouve sur le site des Cahiers Pédagogiques où une page compile des textes de réflexion et des récits de pratiques. Mais ce n’est pas exclusif. Par exemple, le SNES a porté toute une réflexion très intéressante sur les “objets riches” qui seraient porteurs d’interdisciplinarité. Pourquoi cela serait-il incompatible avec le travail sur les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) ? Pourquoi ces travaux ne nourriraient-ils pas aussi la préparation de la rentrée 2016 ?
Il y a évidemment d’autres conditions pour que ça marche. Pour Éric Charbonnier, expert auprès de l’OCDE interviewé par Le Figaro La vraie question, c’est la formation des enseignants”. Et on a envie de rajouter que cette formation continue doit être surtout une formation “sur site”, dans les établissements, au plus près des besoins et des spécificités propres au collège.
On en vient alors à la question de l’autonomie des établissements qui apparait comme un épouvantail pour certains. En tant qu’observateur et acteur engagé, j’ai toujours du mal à comprendre comment on concilie un discours qui ne cesse de dire qu’il faut faire confiance aux enseignants et à leur expertise et en même temps rejeter l’"autonomie" (le terme est polysémique mais je n’en ai pas d’autres). Qu’est-ce à dire ? On ne se fait pas confiance à nous mêmes ? A notre capacité d’organisation collective ? Pourquoi, là encore dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice pessimiste, penser que la marge de manoeuvre conduirait inévitablement à la “foire d’empoigne
Cet appel à se saisir des leviers qui nous sont offerts, on le retrouve dans l’adresse des militants du CRAP-Cahiers Pédagogiques à leurs collègues enseignants : “Bref, on nous propose de nous emparer davantage de marges de manœuvre, d’inventer de nouveaux dispositifs, de chercher ensemble à donner plus de sens aux apprentissages proposés aux élèves, d’abandonner la rigidité d’un fonctionnement trop bureaucratique au profit d’une organisation plus collective, plus mobilisatrice de tous les acteurs, plus stimulante. A nous de travailler avec les chefs d’établissement et le conseil pédagogique, pour être à la hauteur de ces nouveaux défis en termes de mise en œuvre. A l’institution d’organiser une vraie formation-accompagnement et des formes de mutualisation des pratiques. A nous de demander aux inspecteurs d’être des impulseurs, dans la confiance et la patience, car ces changements doivent s’inscrire dans la durée. A nous d’expliquer aux parents et aux élèves tout ce qu’ils auront à gagner à cette réforme qui, même si elle aurait pu être plus ambitieuse encore, va dans le sens d’une école plus juste et plus efficace.

Calendrier (et EMC)
On pourra consulter le storify” du déroulement du CSE pour faire comme si on y était. Après le collège, il y a eu d’autres points à l’ordre du jour et en particulier un autre gros morceau : le calendrier scolaire.
On a déjà dit beaucoup de choses sur ce calendrier dans notre bloc-notes de la semaine dernière. Durant le CSE il a été affirmé que "Le calendrier scolaire c’est celui des élèves, pas celui des enseignants" mais c’est aussi et surtout celui du tourisme et en particulier des stations de ski pour qui les vacances de printemps ont été avancées.
L’arrêté a fait l’objet d’un vote négatif avec 48 voix contre et 14 voix pour et 8 abstentions. A noter qu’un amendement proposant une pré-rentrée des enseignants en septembre a été lui aussi rejeté.
Ce qu’il faut surtout retenir c’est que malgré le vote négatif du CSE (qui n’est que consultatif), le ministère a indiqué que l’arrêté sur les vacances scolaires s’appliquerait. En d’autres termes, dans ce cas précis, on ne tiendra pas compte de l’avis du CSE. Même si, il a été aussi voté la création d’une commission spécialisée de réflexion sur le calendrier scolaire.
Le CSE a aussi examiné les programmes de l’enseignement morale et civique . L’EMC sera mise en place pour tous les élèves à la rentrée 2015. À la place de l’Education Civique au Collège et de l’ECJS au lycée.Le site VousNousIls nous rappelle les grandes lignes de ce programme. Le projet de programmes d’enseignement moral et civique pour les cycles 2, 3 et 4 prévoit de mettre l’accent sur la transmission des valeurs et des normes de la Constitution et de la Déclaration des droits de l’homme, à travers quatre “cultures” : la sensibilité (soi et les autres), la règle et le droit (“des principes pour vivre avec les autres”), le jugement (“penser par soi-même et avec les autres”) et l’engagement (“agir individuellement et collectivement”). De son côté, le projet de programme d’EMC pour le lycée propose une progression pédagogique offrant à chaque niveau une logique directrice : “la personne et l’Etat de droit” et “égalité et discrimination” en classe de seconde ; “exercer sa citoyenneté dans la République française et l’Union européenne” et “les enjeux moraux et civiques de la société de l’information” en première ; “pluralisme des croyances et laïcité” et “biologie, éthique, société et environnement” en terminale. Au lycée, quatre types de compétences sont évalués : “identifier les valeurs éthiques et les principes civiques en jeu”, “mobiliser les connaissances exigibles”, “développer l’expression personnelle, l’argumentation et le sens critique”, et “s’impliquer dans le travail en équipe.”
Le CSE a aussi débattu de la formation et du recrutement des formateurs académiques

Accompagnement
Deux-tiers des actifs de 18 à 35 ans ont connu des difficultés pendant leur scolarité, mais seuls 20% ont bénéficié d’un accompagnement scolaire, selon un sondage Opinionway publié vendredi pour l’association ZUPdeCO qui organise du soutien scolaire bénévole.
Évidemment, un sondage est toujours à prendre avec précaution mais les informations qu’il donne nourrissent les débats en cours et notamment celui sur le collège. En effet, il montre que les difficultés ont été importantes pour 25% des sondés actuellement en emploi ou recherche d’emploi. Elles sont allées crescendo au fur et à mesure de leur scolarité : 21% les évoquent en primaire, puis le double au collège (40%) et 47% au lycée. Conséquences de ces difficultés, un redoublement pour 46%, une réorientation pour 24%, la mise en place d’un accompagnement scolaire pour seulement 20% (hors accompagnement des parents), un changement d’établissement pour 14% et une sortie du système scolaire pour 13%.

Calculatrices
Et la palme du titre le plus nul revient à La Croix avec “Baccalauréat, l’éducation nationale s’adapte aux nouvelles technologies”. Parce qu’à la lecture, on se dit que c’est même tout l’inverse qui est en train de se produire. En effet on apprend que pour empêcher les candidats au baccalauréat de tricher à l’aide de leur calculatrice, seuls des modèles précis de calculatrices seront autorisés à partir de 2018.
Incroyable ! en 2015, L’éducation nationale découvre qu’il est possible de rentrer ses cours dans une calculatrice graphique... En 2018, les lycéens qui auraient programmé des antisèches dans leur calculatrice ne pourront plus les consulter. Ils auront le choix entre deux types de machines : une calculatrice classique, plate et non programmable, ou une programmable disposant d’un « mode examen ». Une fois ce mode activé, il devient impossible d’accéder à la mémoire interne de l’appareil. Un signal lumineux clignote sur la tranche haute de la calculatrice, signifiant ainsi au surveillant que le candidat n’est pas en train de regarder une formule ou un théorème enregistré. Le « mode examen » bloque également la transmission de données à distance par wi-fi et Bluetooth. Cette note du ministère met un terme au flou juridique qui existait jusqu’alors. En effet, la circulaire de 1999 qui autorise l’utilisation des calculatrices au baccalauréat n’interdisait pas explicitement au candidat de consulter pendant l’examen des formules enregistrées.
Certains dénoncent cette mesure parce qu’elle interdira la revente des calculatrices et accroitrait les inégalités. Elle constituera aussi une aubaine pour les fabricants . Et puis surtout on se lance dans une sorte de “course à l’armement” avec très vite l’apparition de moyens de contourner ce dispositif.
Et si on en profitait pour réfléchir surtout à de nouvelles modalités d’examen ? Des situations où un recueil de formules serait fourni et où on évaluerait surtout la capacité du candidat à les utiliser plus qu’à les mémoriser. Pendant ce temps là, depuis 2010, au Danemark , des lycéens passent le bac avec accès à Internet. Les examens "sont faits pour tester les compétences. Les étudiants doivent utiliser la théorie et les méthodes ’...] plutôt que les répéter", expliquait alors le conseiller auprès du ministère de l’Education, chargé de la mise en œuvre et du suivi de l’usage d’internet lors des examens.
En quelque sorte un pari sur l’intelligence... Et si on faisait le même pari ?

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot