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Bloc-Notes de la semaine du 5 au 11 décembre 2016

- Tour de Pisa – Pisa et politiques – Pisa-Choc ou déni ?- Recette – Fillon / Le Pen – Lectures -


Pisa c’est pas de la tarte... Pour le chroniqueur, ça augure toujours d’un bloc notes où on frôle l’indigestion. Comme on peut s’en douter c’est cette enquête qui sera le thème central de ce retour sur la semaine éducative : on y abordera les résultats, les analyses, les enjeux politiques et les critiques méthodologiques. Mais on rajoutera un peu de sauce piquante avec les propos des hommes et femmes politiques de droite et d’extrême droite. Avant de finir en dessert avec quelques conseils de lecture et une auto-promotion assumée pour faire passer ce bloc-notes roboratif.

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Tour de PISA
Cette semaine, on risquait l’indigestion de PISA...
La communication de l’OCDE est très efficace et faite pour créer le suspense. C’est seulement mardi 6 décembre à 11h que le rapport de PISA 2015 a été révélé. Cela s’est fait en présence de la Ministre de l’Éducation Nationale ce qui était une grande première. Les articles de présentation des résultats et de commentaires ont été très nombreux durant la semaine. Reste à savoir si l’impact de cette enquête sera durable, ou pas...
Au fait, qu’est-ce que c’est que cette enquête ? 72 pays sont analysés dans cette étude de référence que l’OCDE dévoile tous les trois ans. 540.000 jeunes de 15 ans ont été testés à travers le monde, lors d’un examen de deux heures. L’enquête s’est concentrée en 2015 sur les connaissances en sciences comme il y a neuf ans. Six mille Français, de 15 à 16 ans, ont planché sur des question portant sur trois domaines : la culture scientifique, les mathématiques et la compréhension de l’écrit. Mais à quoi ressemblent ces tests ? A 80%, ce sont les mêmes que ceux de la précédente édition. Les résultats peuvent ainsi être comparés d’une enquête à l’autre. Du coup, pour éviter que les élèves s’entraînent et faussent les notes, la plupart des exercices sont tenus secrets. Seuls quelques exemples sont rendus publics.
Le palmarès, avec cette année Singapour en vedette, n’est pas le plus intéressant dans le rapport PISA. Il faut rappeler que les différences entre les places tiennent à quelques points d’indices et sont, au final, peu significatifs. C’est pourtant cette comparaison des “performances” qui est souvent mise en avant dans la présentation qui est faite du rapport par la presse généraliste. Pour ce qui est du classement, en sciences, la France est 27ème cette année, juste dans la moyenne. En compréhension de l’écrit, la France est 19ème et 26ème en mathématiques. On peut dire que c’est “moins pire” que dans le PISA précédent. Ni progression, ni régression par rapport à 2013, Avec un score de 495 points en sciences, la France se situe légèrement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (493), derrière l’Allemagne ou la Belgique (au-dessus de 500 points) et devant l’Italie (481). Une performance stable depuis 2006.
Ce qui est plus intéressant, au delà des comparaisons, c’est ce qui est dit sur la situation de la France. Dans le petit résumé fourni par l’OCDE , on peut lire la phrase suivante qui résume l’essentiel de ce qu’il faut retenir : “Dans tous les pays et économies participant à l’enquête PISA 2015, les élèves de 15 ans les plus défavorisés (quartile inférieur de l’indice du milieu socio-économique) sont moins susceptibles de réussir à l’école que leurs camarades plus favorisés (quartile supérieur de l’indice du milieu socio-économique). La différence de résultats entre ces deux groupes d’élèves est particulièrement marquée en France, où la relation entre performance et milieu socio-économique des élèves est l’une des plus fortes parmi les pays et économies participant à l’enquête PISA 2015. En d’autres termes, plus on vient d’un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir à l’évaluation PISA 2015 ”.
Ces résultats doivent être accueillis avec gravité puisque les performances des élèves français de 15 ans sont moyennes et le poids du déterminisme social est inacceptable a souligné la Ministre lors de la remise du rapport. “La France est le pays du grand écart, résume Najat Vallaud-Belkacem .Avec une école qui est efficace pour une majorité de ses élèves, mais qui ne parvient pas à faire réussir 20 à 30% d’enfants”. En 2015 comme en 2006, 8% de nos élèves se positionnent parmi les plus performants de l’étude Pisa. Et 22% parmi ceux en difficulté.
On note aussi dans cette synthèse que 22 % des élèves ont redoublé au moins une fois avant l’âge de 15 ans, soit le double de la moyenne des pays de l’OCDE, (mais ce chiffre est en train de diminuer avec les modifications des règles). L’OCDE remarque également que “les évaluations internes ou les auto-évaluations sur la qualité de l’enseignement au sein des établissements sont moins courantes en France ” qu’ailleurs. En d’autres termes on évalue pas assez les enseignants et on ne leur propose pas assez de formation continue. On sait aussi que l’enquête PISA développe également des “questionnaires de contexte” qui nous permettent d’apprendre des choses sur les élèves issus de l’immigration, le plaisir d’apprendre ou bien encore sur l’absentéisme. Chacun pourra découvrir ces informations dans cette synthèse proposée par l’OCDE .
On pourra surtout compléter par l’excellente analyse de Marie Duru-Bellat dans The Conversation publiée dans le 8 décembre. À la suite des analystes de l’OCDE, elle commence par constater que la baisse des performances moyennes observée entre 2000 et 2003 semble bel et bien enrayée, puisque depuis 2006 c’est la stabilité qui domine. Mais, nous restons l’un des pays (avec notamment la Belgique francophone) où les écarts de performance entre élèves sont les plus marqués. Selon elle, une raison importante est l’existence, dans notre pays, du redoublement. Et elle précise : “nous continuons à faire redoubler les élèves en difficultés, plus souvent de milieu social défavorisé, ce qui tire le niveau moyen vers le bas. Les inégalités entre les élèves dépendent aussi de l’importance de la ségrégation sociale et scolaire entre les établissements et en la matière, notre situation s’est dégradée avec notamment la tendance à encourager le libre choix de l’école. On observe en effet que dans les systèmes les moins inégalitaires, le choix de l’école est régulé, la décentralisation est encadrée et la part du privé est faible.”. Et elle conclut par un constat : “les pays dont les élèves sont les meilleurs sont aussi ceux qui réduisent le plus les inégalités.
Dans la masse des commentaires et résumés, on retiendra surtout quelques articles qui proposent une synthèse assez complète. C’est le cas de Marie-Christine Corbier dans Les Échos , Denis Peiron dans La Croix ou Mattea Battaglia et Aurélie Collas dans Le Monde .
On peut signaler aussi le travail du journal Libération avec Sonya Faure et Marie Piquemal. Elles aussi offrent un résumé assez complet des résultats mais posent aussi une série de questions. Et avec en premier lieu, une interrogation inévitable : Est-ce un problème de moyens ? Si l’on s’en tient à la part du budget national consacré à l’Education, la réponse est non. La France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE, avec environ 5 % de son PIB dédié à l’éducation. “A partir d’un certain niveau d’investissement, la question financière n’a plus d’incidence sur les performances des élèves, explique Gabriela Ramos, de l’OCDE. Ce qui joue ensuite, c’est la façon dont l’argent est utilisé, les choix qui sont faits.”. La France se distingue avant tout par un grand déséquilibre entre l’argent donné au premier degré et celui octroyé au second. Nous dépensons 15% de moins pour notre école primaire que des pays comparables au notre.
Les autres questions posées sont elles aussi pertinentes : “Nos profs sont-ils mal formés ?” ; “Faut-il revoir nos méthodes d’enseignement ? ” ; “A-t-on délaissé les fondamentaux ? ” ; “ Le système éducatif est-il trop centralisé ? ”. Et toutes ces interrogations posent la question des politiques éducatives menées jusqu’à maintenant, de leur continuité et de leur efficacité...
Mais avant d’aller plus loin sur ce thème des politiques et pour clore sur les résultats, qu’on me permette un petit coup de gueule sur le traitement médiatique de cette enquête. Voir titrer dans certains journaux (pas tous) : “les élèves français toujours médiocres” et autres titres de la même pâte (à Pisa...) est profondément agaçant. Encore une fois il faut rappeler que ce ne sont pas les élèves qu’on évalue mais le système…
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PISA et Politiques
Mardi dernier, la présence de la ministre de l’Éducation Nationale au siège de l’OCDE lors de la présentation de l’enquête était une grande première. Elle s’est vue remettre à cette occasion un petit livret intitulé PISA 2015 : les défis du système éducatif français et les bonnes pratiques internationales. Ce qui est également inédit.
Ce qui donne le titre suivant dans Le Parisien L’OCDE met en garde la droite française” . Christel Brigaudeau note que “l’organisation internationale s’est livrée à un plaidoyer pas du tout subliminal en faveur de la politique de Najat Vallaud-Belkacem, invitée — une première pour un ministre de l’Education nationale — à commenter les résultats de Pisa 2015 à la tribune en même temps que les experts de l’OCDE.” Et elle remarque que même si la formation continue des enseignants, quasi-inexistante, reste un point noir du système français, l’OCDE voit d’un bon œil les politiques engagées par la gauche depuis 2012. “Nous avons un message : il faut vraiment continuer dans cette politique là, et ne pas revenir en arrière, car cela fait perdre du temps, et la France a déjà perdu beaucoup de temps” résume Eric Charbonnier, l’expert français de l’OCDE sur les questions d’éducation. Selon lui, “il y a eu une prise de conscience de ce gouvernement qu’il faut agir sur les inégalités, et qu’on peut associer la qualité et l’équité sociale” dans le système scolaire, insiste le spécialiste, appelant à “de la patience” pour juger sur pièces. Au passage, on peut noter qu’étant donné le climat actuel dans l’éducation nationale, il n’est pas sûr que ce genre de titre et cette information soient vraiment une bonne chose pour la cause de l’école. Mais nous y reviendrons.
Que dit cette brochure. remise à la ministre ? Elle recense les “bonnes pratiques” dont la France pourrait s’inspirer et pointe quatre défis à relever pour notre système éducatif :
- Rendre le système éducatif plus équitable en France et soutenir les élèves et les établissements défavorisés
- Lutter contre l’échec scolaire dés le plus jeune âge
- Améliorer la qualité de l’enseignement et de la transmission du savoir dans le primaire et le secondaire, et revaloriser le métier d’enseignant
- Rehausser la qualité et la valorisation des filières professionnelles au lycée
. Pour ceux qui s’intéressent à l’innovation et au changement du système éducatif ce petit livret de 28 pages est à lire en détail. On pourra aussi le compléter par une enquête dans Libération qui revient sur quelques exemples étrangers.
Signalons brièvement, qu’à la suite de cette approche comparatiste, plusieurs journaux se lancent avec plus ou moins de bonheur dans des analyses sur ce qui se fait ailleurs. C’est ainsi qu’on a droit à plusieurs articles sur la méthode de Singapour pour l’enseignement des mathématiques qui sentent un peu le coup médiatique et éditorial... On a l’impression qu’on va nous en resservir à toutes les sauces de cette méthode de Singapour...
Quand on lit ces résultats on peut être tenté par un raccourci facile. Est-ce à dire que les efforts entrepris ces dernières années pour réduire les inégalités scolaires (relance de la scolarisation précoce dans les zones défavorisées, refonte de l’éducation prioritaire, dispositif « plus de maîtres que de classes » déployé dans les écoles qui concentrent le plus de difficultés, etc.) ont été vains ? C’est ce que laisse entendre la députée Annie Genevard, déléguée générale pour l’éducation chez Les Républicains. “La France conserve son triste titre de championne des inégalités sociales à l’école ! Échec de la politique de @najatvb ”, écrit-elle sur Twitter. La remarque montre surtout que les difficultés de calcul ne concernent pas seulement les élèves de 15 ans. Car la soustraction est pourtant facile à faire comme nous le relevions déjà dans notre bloc-notes de la semaine dernière . Les enfants qui sont évalués par le PISA 2015 sont donc nés en 2000 et ils ont fait l’essentiel de leur scolarité à partir de 2005 (Loi Fillon) et principalement sous une politique de “droite”. Si on veut vraiment évaluer les effets de la politique actuelle, il faudrait attendre le PISA 2021...
Le temps de l’éducation est un temps long. Il supporte mal les raccourcis médiatiques et les commentaires politiques rapides
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Pisa Choc ou déni ?
J’espère que l’accumulation de ces évaluations va permettre une prise de conscience dans la société, estime Jean-Paul Delahaye, ancien directeur de l’enseignement scolaire dans Libération . Et que cela nous permettra d’agir, au-delà de nos clivages politiques.”.
Ces enquêtes tendent un miroir assez cruel à ceux qui se bercent de l’illusion que notre système fonctionne rajoute Régis Malet, professeur en sciences de l’éducation à Bordeaux toujours dans Libération
La France reste la championne des inégalités, nous l’avons vu c’est quand même l’information principale de cette enquête, mais cela va t-il engendrer un “Pisa-Choc” comme cela a été le cas dans d’autres pays ? Rien n’est moins sûr. Après les quelques jours de commentaires, on se rend compte que le soufflé médiatique retombe vite. Sans que cela n’engendre une réelle prise de conscience dans l’opinion. Comment expliquer cela ?
Cela fait sept ans que je suis journaliste éducation et sept ans que j’écris que la France est championne des inégalités socio-scolaires. écrit Louise Tourret sur Slate.fr […] La France est-elle condamnée à reproduire ses échecs en matière d’éducation ? […]On a les débats qu’on mérite, l’école qu’on mérite. Aucun enfant qui entre en maternelle, en CP, n’est responsable ni de l’inanité de nos débats sur l’école, ni du manque de volonté collective à changer les choses. Et cette volonté, ce n’est pas seulement celle ou non des ministres de l’Éducation, c’est celle de toute une société. Pour l’instant, tout se passe en France comme si on avait développé l’art de dire tout et son contraire sur l’école, entre pessimisme et mélange de solutions qui ne fonctionnent pas à force d’être juxtaposées, mollement mises en place et appliquées avec difficulté.
 Pour changer l’école, et rendre notre système éducatif plus efficace et plus juste, il faudrait établir un consensus social et politique. Avec pour objectif de vouloir vraiment faire réussir davantage d’enfants, mais aussi de trouver les moyens d’y parvenir au sein même de notre belle école. Je ne le vois pas venir pour l’instant. J’aimerais, à l’instar de beaucoup d’observateurs politiques, me planter lourdement.”. Claude Lelièvre, historien de l’éducation, dans le JDD.fr confirme cette accoutumance aux inégalités : "Notre système éducatif s’est construit par le haut. Ce n’est pas un hasard si la France est le pays des classements, des concours et des grandes écoles. Chez nous, ceux qui s’intègrent dans et par l’école continuent à bien s’en sortir. C’est pour cela que, passé l’émotion du moment, les résultats de Pisa n’entraînent pas des mesures drastiques”. Une analyse assez voisine chez François Dubet dans Les Échos  : Depuis que Napoléon, dans un pays ayant éliminé ses élites naturelles issues de l’héritage du sang et de la noblesse avec la Révolution, a construit un lycée dédié à « préparer les élites scolaires qui allaient sauver le pays ». L’école continue aujourd’hui à produire des élites de manière précoce. Et il montre que cette pédagogie adaptée aux élites est ancrée depuis longtemps dans notre système scolaire. “Dans les pays qui réussissent le mieux, on va fixer aux élèves un objectif accessible, comme de courir le 100 mètres en 13 secondes, afin que chacun y parvienne, et on soutiendra celui qui va plus vite que les autres, relève François Dubet. En France, on leur demandera de ­courir le 100 mètres en 10 secondes, on aidera ceux qui n’y arrivent pas, mais ils ne courront pas plus vite pour autant...
Une autre difficulté tient aussi aux postures politiques, en particulier dans l’opinion enseignante. Nous évoquions plus haut le soutien de l’OCDE à la politique menée par le gouvernement actuel, et en effet, il n’est pas certain que ce soit un atout pour faire accepter cette politique chez certains enseignants. En France, on se préoccupe plus de "Qui" parle (et d’"") que de ce qui est dit. Que ce soit l’OCDE, considéré à tort ou à raison comme le bras armé du libéralisme, qui dise qu’il faut aller vers plus d’interdisciplinarité et de pédagogie différenciée ne peut que conforter certains dans leurs refus des réformes . Alors qu’on est censé former nos élèves à l’esprit critique et de se méfier du complotisme, nous réagissons nous mêmes de manière très mécanique à des signaux envers lesquels nous sommes incapables de prendre du recul. « OCDE = libéralisme = mal absolu » c’est rapide et confortable et ça empêche un peu de réfléchir. Sans tomber dans la naïveté, on peut faire l’hypothèse qu’au sein de l’OCDE comme de toute organisation, il y a des tensions et des logiques qui s’affrontent et se télescopent. De fait, si ce que dit l’OCDE et ses représentants était formulé par Bourdieu (et je peux fournir des textes assez voisins de l’icône de la gauche radicale) , ça passerait beaucoup mieux !
Au risque d’agacer (encore plus !) certains enseignants, on peut redire que la critique (nécessaire et légitime, nous y reviendrons) de Pisa ne doit pas faire oublier que ce constat n’est pas isolé. Et il ne faudrait pas tomber dans le déni en se réfugiant dans une posture gauchiste et un maximalisme qui masqueraient au final un conservatisme pédagogique et un refus de prendre à bras le corps une réflexion sur les finalités de l’école...
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Recette de PISA
Pour clore avec le sujet de PISA, il est quand même nécessaire de revenir sur sa méthodologie et les critiques qui lui sont adressées. Ces critiques sont légitimes comme pour toute démarche d’enquête.
Le Monde consacre un long article à cette question. “Les résultats de PISA sont-ils valides ? La réponse est oui, y assure Georges Felouzis, sociologue à l’université de Genève. Je ne connais pas d’autres enquêtes de cette échelle dont la méthodologie est aussi robuste.”. On peut relever un avis assez voisin chez Charles Hadji dans The Conversation. Pour lui, malgré quelques biais et marges d’erreurs, cela “n’enlève rien à la richesse des données recueillies, ni à l’intérêt de la périodicité régulière du recueil d’informations, qui rend possible le constat d’évolutions. ”.
Ce n’est pas le même avis pour les chercheurs Bertrand Daunay et Daniel Bart interrogés par L’Humanité . Pour eux, il s’agit d’un “discours qui se veut de vérité, mais qui est orienté”. Et ils critiquent surtout la manière dont cette enquête est présentée et interprétée : “cela produit des propos de « bon sens », qui tendent plus à la culpabilisation des personnes, notamment les enseignants et les parents, qu’à la mise en cause des orientations promues par l’OCDE…
Dans ce chapitre de la critique de la méthodologie et de l’usage de Pisa, il faut aussi signaler la position de la Suisse. Alors que les résultats suscitent des débats dans le monde entier nous dit Le Monde, en Suisse, pourtant bien classée, la réaction est tout autre. Elle se “révolte contre PISA” nous dit le journal suisse Le Temps et conteste la validité des résultats de cette évaluation internationale des élèves
Nous sommes confrontés à un très sérieux problème de qualité dont les conséquences sont difficilement mesurables, écrit le président de la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique, dans une lettre envoyée au secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria. La nouvelle manière de mener l’enquête en 2015, après cinq éditions organisées depuis 2000, fait l’objet d’un feu nourri de critiques, le conseiller d’Etat juge impossible de comparer les résultats avec ceux des études précédentes, tant la méthodologie a changé entre les éditions. Dans un communiqué, le Syndicat des enseignants romands partage ces réserves, jugeant le travail de l’OCDE peu professionnel.
Affaire à suivre.
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Fillon-Le Pen
Il n’y a pas eu que la livraison de Pisa à se mettre sous la dent durant cette semaine riche en actualités éducatives. Ce sont aussi les déclarations et propositions de deux responsables politiques de la droite libérale (Fillon-Longuet) et une de la droite extrême (Le Pen) qui ont suscité de nombreux commentaires.
Dans Les Échos, Marie-Christine Corbier s’appuie sur les déclaration de proches du candidat pour préciser ses propositions éducatives. Dans l’école de François Fillon, la maîtrise des fondamentaux commencerait par une scolarité obligatoire dès 5 ans. Le programme de grande section de maternelle serait de nouveau revu - il a été modifié en 2015. L’acquisition des connaissances de base serait vérifiée par « des tests », “au moins un par an jusqu’à 15 ans” Les élèves en difficulté seraient “aidés par un soutien de l’enseignant à travers son temps de présence dans l’établis­sement, et éventuellement en dehors des heures de classe” Les écoles (primaires) deviendraient des établissements publics, avec des élus à leur conseil d’administration, et le directeur aurait autorité hiérarchique sur les professeurs des écoles. Le collège doit être repensé selon le porte-parole de François Fillon. Les classes bilangues, qui « ont porté leurs fruits », seraient relancées pour « étendre l’excellence ». Durant les deux premières années de collège, l’élève verrait, par ailleurs, son nombre d’enseignants réduit à cinq, un seul professeur devant enseigner plusieurs disciplines. François Fillon entend aussi « mettre le paquet », selon son porte-parole, sur la formation - initiale et continue - des enseignants et les méthodes d’apprentissage, pour “ les mettre au contact des meilleures pratiques pédagogiques, comme les expérimentations de la fondation Agir pour l’école, financées notamment par l’Institut Montaigne. Le programme de François Fillon pour l’éducation passe aussi par “une certaine autonomie des établissements dans la mise en œuvre de la politique éducative” Les chefs d’établissement du second degré auraient “le choix de leurs personnels, dont les enseignants”. Et bien d’autres choses encore que je vous laisse découvrir dans cet article.
Le sénateur Gérard Longuet, lui aussi très proche de François Fillon, a publié cette semaine un rapport sénatorial qui prévoit d’inclure dans le temps de travail des enseignants les deux heures supplémentaires que font en moyenne les enseignants dans un nouveau cadre annualisé. Le temps de travail des agrégés serait aligné sur celui des certifiés, faisant passer leur temps hebdomadaire de 15 à 20 heures. Dans le Café Pédagogique, François Jarraud retient de ce rapport la violence et la détermination des Républicains pressés de passer à l’action... On peut aussi le voir comme un ballon d’essai ou plutôt une diversion en jouant sur les oppositions (et les rancœurs) entre les catégories comme Sarkozy en avait joué en 2012 en proposant d’aligner les obligations de service des personnels du second degré sur .... celles du 1er degré ! Le risque est aussi que ce type de projet prenne la forme d’une défense du statu quod alors qu’on a besoin de contre-propositions et non d’un repli et d’une position strictement défensive. Najat Vallaud Belkacem a réagi à cette proposition en déclarant que cette proposition “révèle la méconnaissance profonde” du travail des enseignants. Selon elle, il faut mieux reconnaître le travail des enseignants, pas les faire travailler plus.
Toujours à propos de François Fillon, Olivier Caremelle dans une tribune pour Le Monde rappelle aussi le bilan de l’ancien premier ministre durant le quinquennat Sarkozy. Et il avertit : “N’ayons pas la mémoire courte !
Pendant ce temps, Marine le Pen a déclaré que si elle était élue ce serait “la fin de la récréation” pour les élèves étrangers. “Je considère que la solidarité nationale doit s’exprimer à l’égard des Français”, a affirmé la présidente du Front National. Puis elle a précisé : “Je n’ai rien contre les étrangers, mais je leur dis : Si vous venez dans notre pays, ne vous attendez pas à ce que vous soyez pris en charge, à être soignés, que vos enfants soient éduqués gratuitement, maintenant c’est terminé, c’est la fin de la récréation !”. Non, le Front National n’a pas changé, et la droite non plus…
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Lectures
Les traditionnels conseils de lecture de fin de bloc-notes sont cette semaine marqués par le copinage et l’auto-promotion assumée...

L’ami Pierre Mathiot, est aujourd’hui délégué ministériel aux parcours d’excellence et professeur des universités à Sciences Po Lille. Alors directeur de cet établissement, il avait créé le programme PEI, une préparation aux concours des Instituts d’études politiques destinée aux élèves de condition modeste. Il donne une interview au journal Le Monde où il prône le renforcement de l’accompagnement des jeunes les plus fragiles vers l’enseignement supérieur.

Et comme il n’y a pas de raison de se priver de le faire, je signale pour terminer le dernier numéro des Dossiers d’Alternatives Économiques intitulé “Réinventer l’école, un tour de France des initiatives ”. On y trouve des contributions intéressantes : Fabien Truong, François Dubet, Marie Duru-Bellat, Françoise Lantheaume, François Taddéi, Luc Ria, Michel Quéré, Marianne de Brunhoff, Jean-Marc Monteil, Philippe Meirieu, Claude Lelièvre... Il y a aussi plusieurs reportages qui recensent de nombreuses initatives. Et puis, la rédaction d’Alternatives économiques a également organisé une rencontre avec la Ministre auquel j’ai eu l’honneur de participer. On peut se procurer tout le numéro sur la boutique mais l’entretien lui même est en accès libre sur AlterEcoPlus . On y parle d’innovation, de conduite du changement dans l’école, des inégalités...
Pour terminer ce volumineux bloc-notes, j’en retiens ce qui est quasiment la conclusion apportée par la Ministre : “ je suis catastrophée par l’état actuel du débat sur l’éducation. Il révèle de la part de certains tribuniciens une véritable détestation des enseignants et une indifférence complète au sort de ceux qu’ils voient d’abord comme de « mauvais élèves ». L’histoire de l’école n’est malheureusement, comme l’histoire des guerres, racontée que par les vainqueurs, jamais par ceux qui y ont souffert. Je suis indignée, par exemple, par le hold-up sémantique sur des termes comme le mérite. Comme si le mérite était un inné. Comme si le milieu dans lequel on se construit et dans lequel on est accompagné n’avait pas d’influence sur notre capacité de travail et, même, sur notre goût de l’effort. Tout cela s’apprend, et c’est à l’école de l’enseigner, mais encore faut-il lui en donner les moyens. En réalité, ce que les discours réactionnaires qui ont actuellement le vent en poupe combattent, c’est l’égalité.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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