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Bloc-Notes de la semaine du 4 au 10 mai 2015

- Les politiques s’en mêlent – Soutien ? - Les intellectuels s’emmêlent-


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Devinez de quoi parle le bloc notes ? De la réforme du Collège et des Programmes, bien sûr. Cette semaine a été marquée par l’irruption du débat politique. A droite comme à gauche tout le monde s’en mêle. Y compris le président de la République. Même si on peut s’interroger sur l’effet de son soutien. Le concours continue : qui ne s’est pas encore exprimé sur les réformes ? Le bloc notes revient aussi sur les arrivages de la semaine...

Les politiques s’en mêlent
La polémique sur la réforme du collège continue de plus belle et elle prend un tour de plus en plus politique. En adressant directement à l’Elysée une lettre cosignée par plus de 150 parlementaires, le député UMP Bruno Le Maire a voulu marquer une étape de plus dans la contestation. Pour les élus de droite, son adoption serait “un naufrage pour notre Nation ”, dénonçant le fait qu’ avec cette réforme, le gouvernement “ abandonne l’excellence républicaine et choisit le nivellement par le bas ”. Dans sa longue interview au Figarol’ancien président et futur candidat, Nicolas Sarkozy évoque aussi le sujet et parle de “pédagogie” “Voici qu’on nous ressert le pédagogisme, c’est-à-dire le contraire de ce qu’il convient de faire.[...] La seule chose qui compte, pour les auteurs de cette réforme, c’est que l’enfant « ne s’ennuie pas ». Dans la République ce qui devrait compter, c’est que l’enfant apprenne. Et pour apprendre, il faut faire des efforts. L’enfant doit sentir que c’est au bout de l’effort qu’il trouvera l’épanouissement et le bonheur ; comprendre que dans la vie, on ne fait pas toujours que ce qui vous intéresse. Il n’y a pas de plaisir sans effort. Et cette espèce de « chasse à l’ennui », comme si l’école ne devait pas être aussi un lieu de contrainte, est une complaisance stupide. Une espèce de liberté sans limite qui affole les enfants, qui se trouvent perdus face à un monde dans lequel on ne donne ni repères, ni contraintes, ni règles. La République c’est l’exigence. Et c’est parce que l’on sera exigeant que l’on pourra tirer tout le monde vers le haut. Cette réforme, c’est le contraire de l’exigence, c’est le nivellement qui tirera tout le monde vers le bas.”Le débat a lieu aussi au Parlement. Un intéressant article sur le site de la chaine Public Sénat rend compte de ces échanges. Extrayons de ce long article l’argumentation de Françoise Cartron, vice-présidente PS du Sénat. “ Pour encourager l’excellence, il n’y a pas besoin de filières d’excellence” insiste-t-elle, “ elle doit se pratiquer dans toutes les classes ”. “Je suis contre la vision selon laquelle il faudrait mettre les excellents élèves entre eux, et les mauvais entre eux ”. Ce qu’il faut, ce sont “des classes hétérogènes où l’excellence est prônée pour les meilleurs et stimulante pour les autres ” explique la sénatrice socialiste. “Cette réforme s’appuie sur l’exigence de mixité sociale et la nécessité de donner à tous les élèves les moyens d’apprendre ” ajoute-t-elle. Mais la critique viendrait aussi des rangs même du PS. Ainsi sur France Inter , l’ancien ministre Jack Lang a déclaré que “ Ce n’est pas en décapitant le meilleur, les filières d’excellence, que l’on peut construire une école de l’égalité et de la démocratie ”. Rappelons qu’il était à l’initiative de la création des classes européennes lorsqu’il était ministre de l’Education.
François Hollande devant le Conseil économique social et environnemental (CESE) mercredi et dans un collège des Yvelines jeudi a pris la défense de la Ministre. Face à 300 jeunes rassemblés au CESE, il n’a pas hésité à répondre à ces attaques contre la réforme. “J’entends le concert des immobiles, ce sont souvent les plus bruyants, ceux qui, au nom de l’intérêt général supposé, défendent leurs intérêts particuliers ”a-t-il lancé, enchaînant : “eh bien non, c’est terminé”.
Il est revenu à la charge Jeudi mais a surtout profité de sa visite dans un collège des Mureaux (78) pour présenter en détail son plan numérique pour l’École dont il avait annoncé les grandes lignes le 2 septembre 2014, jour de la rentrée des classes. Ce plan prévoit 1 milliard d’euros investis sur trois ans pour financer le plan « e-education » ; 15 millions d’euros en direction des créateurs de contenus et de ressources pédagogiques. « Pour chaque euro dépensé par les collectivités au collège, l’Etat investira également un euro », a-t-il précisé, en faisant référence à l’équipement. Mais c’est sur le volet formation que l’exécutif a voulu insister : le chef de l’Etat a annoncé la mise en œuvre, sans en chiffrer le coût, d’un « programme exceptionnel de formation des enseignants sur les années 2016-2017-2018 » – en s’engageant, comme pour l’équipement des collégiens, au-delà du quinquennat....
Comme le titre Le Monde  : “Le numérique pour oublier la réforme du collège” ? Pas sûr que ça suffise.

Soutien ?
Le soutien de François Hollande à la réforme et à Najat Vallaud Belkacem est à double tranchant. Certes, la ministre a du avoir le sentiment d’être bien seule ces dernières semaines, mais je ne suis pas sûr que l’arrivée du président dans le débat soit une bonne chose pour la réforme...
D’abord parce qu’il politise encore plus le débat. Osons le dire : dans le refus de la réforme, chez les enseignants, il y a une composante politique non négligeable. Le fait que cette réforme vienne d’un PS critiqué et en perte de vitesse ajoute à la critique et aux motifs de contestation. Toute réforme quelle qu’elle soit est lue avec la grille de lecture d’une contestation générale de la politique gouvernementale d’austérité. La réforme du collège ne souffre pas d’une exception en la matière même si les moyens sont préservés. Pour un certain nombre d’enseignants, la faute originelle de cette réforme est d’être initiée par un gouvernement socialiste...
L’autre motif d’inquiétude est que le soutien affiché peut masquer le début de concessions risquant de dénaturer les réformes et l’esprit même de la refondation. Un exemple nous en est fourni par les propos du président sur les programmes d’histoire jeudi dernier tels qu’ils nous sont rapportés par Le Café Pédagogique . D’après le site d’information François Hollande a dit être " attentif aux programmes d’histoire", et aurait rappelé que l’enseignement de l’histoire doit rappeler "les heures glorieuses de notre passé" et affirmé que "l’histoire doit être enseignée par la chronologie". Pour y veiller, "des personnalités seront associées aux programmes" pour avoir "le récit national". Toujours selon le Café Pédagogique, le nom de Pierre Nora circule déjà pour accompagner le travail du Conseil supérieur des programmes. La ministre devrait recevoir dans les jours qui viennent des historiens pour alimenter cette commission de contrôle.
Si l’on veut tuer l’esprit de la refondation, il ne faut pas s’y prendre autrement ! Le conseil supérieur des programmes (CSP) a été voulu par Vincent Peillon et a été voté dans la loi de refondation en juillet 2013. L’enjeu était d’en finir, comme ce fut le cas avec les programmes du primaire de 2008 et les nombreuses interventions de Nicolas Sarkozy, avec l’intrusion du politique et de tous les emballements médiatiques dans la fabrication des programmes. Le CSP est une instance indépendante, en créant cette grosse commission François Hollande met la ministre dans le tracas jusqu’au cou... Et ce lâchage, s’il est avéré, n’augure rien de bon...

Les intellectuels s’emmêlent
Le concours continue...
Qui ne s’est pas encore exprimé sur la réforme du collège et les programmes ? Cette semaine c’est au tour de Pierre Nora dans le JDD.fr , Alain Bentolila dans Marianne . Mais les intellectuels “pseudo experts” qui se mêlent de l’École, s’emmêlent quand on compare leurs avis. Ainsi Alain Bentollila qualifie de « catastrophe » l’abandon de l’approche chronologique de l’histoire alors que Pierre Nora qui souligne « une bonne inspiration, le retour à la chronologie »... Et ce sont pourtant deux éminents intellectuels. Pourquoi des propos aussi grossièrement contradictoires ? Et on pourrait multiplier les exemples...
Toujours dans les interventions intempestives, il faut citer aussi la “lettre ouverte au président de la République et aux « Attila » de l’éducation ” de Jean D’Ormesson dans Le Figaro . Celui-ci y fait preuve d’un machisme ordinaire masqué derrière la référence littéraire lorsqu’il écrit “Cette réforme, la ministre la défend avec sa grâce et son sourire habituels et avec une sûreté d’elle et une hauteur mutine dignes d’une meilleure cause. Peut-être vous souvenez-vous, Monsieur le Président, de Jennifer Jones dans La Folle Ingénue ? En hommage sans doute au cher et grand Lubitsch, Mme Najat Vallaud-Belkacem semble aspirer à jouer le rôle d’une Dédaigneuse Ingénue. ”.
Après le Nutella, Attila... Les Huns et les autres...
Le concours continue. On attend l’avis de Philippe Bouvard, Patrick Sébastien ou Nabilla...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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