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Bloc-Notes de la semaine du 4 au 10 avril 2016

- Droite et École - Brevet - Lecture - Jeunesse-


Un long passage du bloc notes de cette semaine est consacré au programme de Nicolas Sarkozy et des “Républicains” pour l’École. Et cela nous rappelle qu’il y a quand même des différences entre la gauche et la droite...
On évoque aussi le nouveau Brevet ainsi que les recommandations du CNESCO pour l’apprentissage de la lecture. Et on finit avec une réflexion sur la jeunesse et une belle citation...

La droite et l’école
L’école de la République et rien d’autre” c’est le titre de l’interview que Nicolas Sarkozy a donnée dans Le Figaro (accès limité) mardi 5 avril et dont on peut l’intégralité sur sa page Facebook . Cet entretien venait en préambule d’une journée du parti “Les Républicains” le mercredi 6 avril (synthèse lisible sur le site) consacrée à l’enseignement.
Loin du discours relativement modéré d’Alain Juppé, l’interview de l’ancien président, tout comme la synthèse de la journée dessinent une réforme qui a toutes les caractéristiques d’un retour en arrière et reprennent un discours conservateur bien connu (et entendu à droite... comme à gauche).
Florilège sans commentaires de quelques déclarations extraites de l’interview de Sarkozy (NS) ou de la synthèse de la journée (LR)...
L’école que chacun rêve de voir sanctuarisée a été transformée imperceptiblement en un lieu d’expérimentation sociale dont les parents et les enfants sont en réalité les cobayes. ” (NS)
Remettons l’école a l’endroit pour en faire un lieu où chacun est à sa juste place : les élèves apprennent, les maitres enseignent, les parents s’impliquent et les chefs d’établissement dirigent.” ( LR)
Les IUFM ne fonctionnaient pas, les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) guère mieux. La liste des dysfonctionnements est longue, que ce soient les problèmes de recrutement des formateurs, des enseignements déconnectés avec les réalités de terrain mais aussi la qualité très inégale du recrutement des élèves-professeurs. Il faut donc renouer avec une formation initiale exigeante et efficace des enseignants Pour de meilleurs résultats des élèves, il est temps de mettre en place une formation des enseignants plus efficiente, et en lien avec la réalité du terrain. C’est précisément l’objet d’initiatives privées telles que l’École professorale de Paris qui propose de former des enseignants avec l’ambition affichée de l’excellence. ” (LR)
Tout ce qui peut rappeler ce qu’a été la France se retrouve désormais noyé dans un verbiage insensé. En Histoire, les grandes figures qui structurent la mémoire nationale ont été soigneusement gommées et un universalisme éthéré est venu remplacer le récit national. ” (NS)
L’immense majorité des enseignants a été heurtée par la réforme des collèges tant sur le fond que dans la forme et lui oppose désormais une résistance passive. Les Républicains reviendront sur cette réforme, tout comme celle sur les rythmes scolaires. L’école des Républicains, c’est l’école de la République et rien d’autre, où la laïcité s’applique jusque sur les bancs de l’université publique. ” ( NS)
Les programmes doivent être élaborés par l’Inspection générale, dont c’est la mission, sous l’autorité du ministère, mais il faut peut-être en confier l’approbation finale à l’Institut de France et donc aux académies” (NS)
À l’école, il faut rescolariser l’école primaire. À l’entrée en 6e un élève doit « savoir lire » et non « maîtriser des compétences langagières ». L’école primaire est avant tout le lieu de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, de la grammaire, de l’orthographe, et du calcul. […] Aucun enfant ne peut quitter le CP s’il ne sait pas lire. Les causes de l’échec sont connues et imputables à la réduction constantes des heures consacrées à l’apprentissage systématique de la langue, à la généralisation de méthodes nocives, et à l’absence de prise en charge pédagogique précoce de la difficulté scolaire, (c’est-à-dire dès le début du CP, au profit d’une approche médicale). ” (LR)
Le temps de présence des enseignants sera augmenté de 25 % (pourcentage incluant globalement les cours, mais aussi l’aide aux devoirs et les études surveillées) en contrepartie d’une rémunération accrue. ” (LR)
L’école de la République n’appartient ni aux pédagogues, ni aux sociologues, ni aux idéologues dont la réforme du collège marque l’aberrant triomphe, elle est un bien commun qu’il convient de rendre, au plus vite, à la nation. ” (NS)
Nicolas Sarkozy a aussi proposé le retour du service militaire... mais pour les décrocheurs . “À partir de l’âge de 18 ans, toute personne qui n’aura pas son bac, qui ne sera pas en apprentissage, pas en formation, pas en stage” se verra proposer un « service militaire adapté pour “réapprendre les règles de la vie en commun  ”.
Najat Vallaud-Belkacem a critiqué dans des termes très vifs mercredi sur France 2 l’interview de Nicolas Sarkozy disant avoir rarement vu une tribune avec autant d’énormités par lignes. Les “décodeurs”du journal Le Monde recensent eux aussi dans un article très complet les “propositions floues” et les contre-vérités sur l’Éducation.
À l’heure où se prépare un colloque de bilan de la refondation de l’École et où l’interrogation sur la priorité à la jeunesse de François Hollande rentre en collision avec la contestation de la “Loi travail” et l’expression d’une inquiétude et d’un malaise, la lecture du projet de la droite sur l’éducation permet de se poser légitimement la question : “la droite et la gauche c’est vraiment pareil ?

Brevet
Dans le Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale du 6 avril a été publié le nouveau Diplôme national du brevet (DNB), qui est plus communément appelé le brevet des collèges. Et sa nouvelle formule entrera en vigueur dès l’année scolaire 2016/2017. Juste après la mise en place de la réforme du collège . C’est dans Les Échos qu’on va trouver la présentation la plus complète (même s’il y a des imprécisions).

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Comme avec le précédent, il y aura toujours une part de contrôle continu mais désormais celui ci se basera sur le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture qui comporte cinq « domaines ». 

La maîtrise de chaque point du socle commun évalué - qui représente 400 points au total - pourra être considérée « insuffisante » (10 points), « fragile » (25 points), « satisfaisante » (40 points) ou « très bonne » (50). Peuvent s’ajouter 10 à 20 points pour les candidats ayant atteint ou dépassé les objectifs dans un « enseignement de complément » (latin, grec, langue régionale ou découverte professionnelle). C’est lors du dernier conseil de classe de troisième que sera faite la synthèse de ces résultats de la cinquième à la troisième.
 En épreuve finale Les candidats auront trois épreuves, dont deux écrits et un oral. La première épreuve, d’une durée de cinq heures (3h matin/ 2h après midi) , porte sur les programmes de français (3 heures), d’histoire-géographie et d’enseignement moral et civique (2 heures). La deuxième, de trois heures, sera consacrée aux mathématiques (2 heures), à la physique-chimie et aux sciences et vie de la terre et technologie (1 heure). Ces deux là se déroulant dans une même demi-journée avec une pause de 15 minutes. 
Enfin il y aura une épreuve orale d’une durée de 15 minutes. Cela prendra la forme d’une soutenance du travail fait dans les nouveaux Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) ou sur un des parcours éducatifs (citoyen, avenir, éducation artistique et culturelle), qui peut être présentée individuellement ou par groupe de deux ou trois. Chacune de ces trois épreuves sera évaluée sur 100 points. 
Pour obtenir son brevet, les collégiens devront alors cumuler 350 points sur les 700 possibles. Il obtiendra la mention « assez bien » avec 420 points et « bien » avec 490 points. Pour atteindre « très bien », il faudra avoir 560 points. Et l’autre nouveauté sera également l’organisation d’une cérémonie républicaine de remise des diplômes aux élèves.
Avec cette nouvelle formule du brevet, on peut voir la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. On peut se réjouir de la place donnée à l’évaluation de projets interdisciplinaires permettant de mieux évaluer de nouvelles compétences. On peut aussi déplorer qu’on succombe encore à un défaut bien français et très présent dans l’éducation nationale : l’empilement... Les bons vieux examens par discipline (ce qui est pris au sérieux) sont maintenus, histoire que tout puisse continuer comme avant. Mais on rajoute une sorte de Livret personnel de compétences à faire remplir par le Conseil de classe, qui y mettra, on s’en doute, beaucoup de bonne volonté...
A voir à l’usage...

Lecture
Cette semaine sont également parues sur le site du CNESCO (Conseil National d’Évaluation du système scolaire) les recommandations concernant l’apprentissage de la lecture formulées par un jury d’acteurs et d’usagers de l’école à l’issue d’une “conférence de consensus” organisée en mars à Lyon. Un article assez complet du Parisien évoque ainsi les “47 recomandations pour améliorer l’apprentissage de la lecture”. La ligne directrice est que l’apprentissage de la lecture doit être entamé rapidement en CP avec des exercices répétés et variés ainsi qu’avec un effort sur le vocabulaire. Mais l’enseignement doit se poursuivre si besoin jusqu’au collège. Mais avant même le CP, dès la maternelle, à partir de jeux, il faut notamment analyser des mots à l’oral, les décomposer, développer la compréhension orale et le vocabulaire. En d’autres termes tout ne se joue pas qu’en CP, l’apprentissage de la lecture s’il est crucial dans cette classe est aussi l’affaire de toute la scolarité. Comme le résume Michel Lussault le président de l’Institut Français de l’Éducation qui co-organisait cette conférence de consensus : “plus on lit, mieux on lit ”.
Comme on l’a vu plus haut, Nicolas Sarkozy a proposé la prise en charge des élèves en difficulté dans un « CP plus ». "A quoi sert-il de faire passer dans la classe supérieure un élève qui ne maîtrise pas la lecture ?, affirme le président des Républicains dans Le Figaro Michel Lussault qui est aussi président du conseil supérieur des programmes (CSP) répond à cette objection. “Si l’on n’est pas capable de comprendre les énoncés en histoire, en géographie, en physique, en mathématiques, alors il y aura au bout du compte un problème” reconnaît-il. Mais contrairement à ceux qui pensent que “rien n’est plus possible” après le CP, il estime “qu’on peut, en gardant les élèves dans les circuits normaux de scolarisation, les accompagner continûment dans cette maîtrise, s’il le faut jusqu’au collège inclus”.
Cette conférence de consensus confrontant les avis de nombreux chercheurs et praticiens montre aussi que le débat sur les méthodes globale ou alphabétique qu’on peut encore voir dans certains journaux ne renvoient qu’aux fantasmes de ceux qui écrivent ces articles...

Jeunesse dans la rue
Après les nouvelles manifestations de mardi 5 avril, trois ministres – éducation nationale, travail et jeunesse – ont reçu mercredi les principales organisations de jeunes : celles des étudiants (UNEF et FAGE), et celles des lycéens, comme le Syndicat général des lycéens (SGLl, l’Union nationale lycéenne (UNL) et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL). Le principe d’une aide à l’accès au premier emploi pour les anciens étudiants boursiers a été acté et annoncé par le premier ministre.
On le voit, le gouvernement et l’Élysée sont préoccupés par la persistance des manifestations de jeunes pour reprendre le titre un article du journal Le Monde qui ajoute : “qu’après quatre ans de calme sur ce front-là, à l’exception de la colère qu’avait suscitée chez les étudiants et lycéens l’expulsion vers le Kosovo de Leonarda Dibrani, en octobre 2013, cette grogne contredit fâcheusement le thème de la « priorité à la jeunesse », dont M. Hollande avait fait le cœur de sa campagne en 2012. ”.
C’est ce que dit aussi assez bien un éditorial de Cécile Cornudet dans Les Échos : “ Les politiques savent depuis Jacques Chirac qu’il leur est impossible de dire aux jeunes qu’on ne les comprend pas. A l’inverse, ils sont en train de réaliser que les mettre au « coeur du quinquennat » comme l’a fait François Hollande est une intuition payante sur le plan électoral mais lourde à porter une fois en fonction. Tout simplement parce que cela crée des attentes”.
Rappelons aussi encore une fois que le risque d’explosion sociale peut prendre différentes formes. Il y a bien sûr les manifestations relativement organisées et “politiques” des lycéens. Mais la violence qui s’exprime dans ou en marge de ces mouvements est aussi à prendre en compte. Ce n’est pas parce que la situation présente dans un certains nombre d’endroits tient plus de l’émeute et de l’anomie que de la revendication organisée qu’elle n’a pas de signification sociale et politique. Il faut la lire pour ce qu’elle est aussi c’est-à-dire l’expression d’une désespérance et d’un "ennui" (pour reprendre le terme utilisé dans un célèbre éditorial avant 68) qui peut être le prémisse d’une explosion sociale .
Terminons donc notre revue de presse par cette citation : “Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.” (François Mitterrand / Discours à l’Assemblée nationale - 8 Mai 1968)

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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