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Bloc-Notes de la semaine du 27 mars au 2 avril 2017

- Innovations- Discipline – Élections - Butinages -


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Un bloc notes un peu particulier car il est équipé du tout-à-l’égo... Je suis impliqué en effet à divers titres dans trois rubriques sur quatre... Désolé pour ce télescopage.
On y parle innovation avec la remise de deux rapports sur ce thème, dont un que j’ai en grande partie rédigé. On évoque aussi les questions de discipline avec les contributions du conseil scientifique de la FCPE sur ce thème. On parle élections et comparaison des programmes. Et on finit par quelques lectures divers où on évoque une classe de CP, les SES et les inégalités sociales...

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Innovation
Mercredi 29 mars se tenait la septième journée de l’innovation organisée par le Ministère de l’Éducation Nationale. Cette semaine a aussi été l’occasion de dévoiler deux rapports portant sur ce thème.
François Taddéi a rendu son rapport le 28 mars à l’occasion d’un colloque international sur le thème de la Recherche-Développement (R&D) dans l’éducation. Pour rédiger son rapport, François Taddei, accompagné de deux inspecteurs généraux, Catherine Becchetti-Bizot et Guillaume Houzel, est parti à la rencontre des acteurs du secteur éducatif, en France mais aussi à l’étranger. Le rapport présente dix propositions. “Toutes visent à construire une R&D permettant d’améliorer la qualité et l’efficacité du système éducatif, résume le biologiste. Il ne s’agit pas d’inventer LA pratique pédagogique ultime mais de créer tout un écosystème pour que les acteurs puissent s’approprier les pratiques inspirantes.
Le rapport du Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (Cniré), que j’ai eu l’honneur de présider pendant cinq mois, a été présenté le lendemain lors de la journée de l’innovation. Toutefois, les principales idées de ces deux rapports complémentaires étaient connues depuis une semaine lors d’un Facebook Live du 22 mars avec la Ministre de l’Éducation. On peut télécharger le rapport complet sur le site du Ministère ainsi qu’une synthèse de quelques pages. . Vous pourrez lire aussi un article dans The Conversation qui reprend le même thème mais en s’interrogeant surtout sur les pièges de l’innovation. Que dit ce rapport ? Comme il est délicat pour moi de résumer un travail dont je suis en grande partie responsable, je laisse Luc Cédelle dans La Lettre de l’éducation n°914 le faire : “Une originalité de ce texte, intitulé « Pour une école plus juste et plus efficace », est de prendre en compte la réticence de nombreux enseignante face à « l’injonction à l’innovation », perçue comme une menace pour l’identité professionnelle. Se démarquant de la façon dont l’enseignant innovant est souvent présenté en opposition à ses collègues, le Cniré met en avant « la dimension collective et institutionnelle qui permet aux projets de se développer, de se diffuser et de survivre à leurs initiateurs ». L’établissement est donc le lieu « le plus adéquat » pour cultiver des « compétences collectives » et faire en sorte que l’innovation soit « débattue » et « partagée ». Partisan d’un système « plus ferme sur les finalités et plus souple sur les procédures », le conseil privilégie « les changements à bas bruit » qui « s’appuient sur l’existant et les pratiques réelles plutôt que sur un modèle idéal et culpabilisant ». Il relie l’innovation à la notion de « développement professionnel » et préconise de mettre fin à l’insuffisance de la formation continue. Il se conclut par une dizaine de propositions, principalement axées sur les modalités d’échanges au sein des équipes et de « fabrication des compétences collectives ».
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Discipline
La FCPE, une des deux grandes fédérations de parents d’élèves, a réactivé, il y a un an, son conseil scientifique pour accompagner la réflexion de ses adhérents. Une des missions de ce conseil (dont je fais partie), présidé par Laurent Mucchielli, est de produire des notes destinées à alimenter le débat public. Les deux premières ont déjà été publiées et elles ont eu un certain écho.
La première note est signée Benjamin Moignard. Ce maître de conférence à l’Université Paris Est Créteil et Co-directeur de l’Observatoire Universitaire International Education et Prévention (OUIEP) s’est penché sur l’exclusion scolaire et a passé au crible 76 établissements de la région situés en zone prioritaire notamment en Seine-Saint-Denis. Selon le chercheur, ce qui devait être une sanction exceptionnelle est devenue dans certains établissements une pratique quasi-quotidienne. Le ministère de l’Education nationale n’a pas de chiffre officiel. L’exclusion temporaire, il est vrai, peut être décidée par le chef d’établissement, seul, sans conseil de discipline. Mais le chercheur, lui, a fait le calcul : "Sept à 20% des élèves, selon les établissements, sont concernés." et il ajoute “Ce sont chaque jour les effectifs d’un collège entier d’élèves qui sont temporairement exclus certains mois.”. Dans les trois quarts des cas (74%), cette sanction – la plus grave avant l’exclusion définitive – punit en réalité "des formes d’insolence relativement mineures, des retards ou des absences, alors que les formes les plus dures, en particulier les violences physiques à l’égard des adultes ou des élèves, sont finalement minoritaires (11%)". Des travaux ont déjà démontré l’inefficacité, voire les conséquences négatives que peut générer cette mesure. C’est d’ailleurs ce dont fait état Benjamin Moignard dans son analyse, en expliquant qu’éloigner le collégien de son établissement de façon parfois répétée peut “aggraver le décrochage scolaire chez les élèves les plus fragiles”. Bien sûr, il faut comprendre ce qui pousse à cette pratique : “Il est bien évident qu’éloigner l’élève est moins coûteux en matière d’organisation que de l’accueillir en heures de colle mais le recours excessif à cette méthode traduit aussi l’exaspération du corps enseignant”. L’enquête soulève également la question des difficultés que rencontrent les profs qui ne parviennent plus toujours à trouver les réponses adaptées aux comportements perturbateurs successifs. Comment en effet marquer le coup et faire réagir le collégien si les sanctions qui se veulent "lourdes" deviennent monnaie courante ? “On ne peut pas se satisfaire de cette forme de déscolarisation instituée”, conclut Benjamin Moignard.
La deuxième note de ce conseil scientifique de la FCPE est signée Denis Meuret et a aussi à voir avec les questions de discipline. Le professeur (émérite) en sciences de l’éducation de l’Iredu (Univ. Bourgogne-Franche Comté) s’est appuyé sur les questions de contexte qui accompagnent les enquêtes PISA pour produire une analyse sur la discipline dans les classes françaises. Comme le précise le chercheur dans une interview à France Info : “e questionnaire Pisa ne demande pas aux élèves de 15 ans des pays développés si la discipline règne dans leur classe. Il leur pose des questions très concrètes. Y a-t-il du bruit dans la salle ? Le professeur doit-il attendre longtemps avant que les élèves se calment pour débuter le cours ? Grâce à ce questionnaire, Pisa 2015 a calculé un index de "climat de discipline" selon la fréquence de la situation évoquée. S’il y a du bruit à chaque cours, l’indice sera bas. S’il n’y en a jamais ou presque jamais, il sera haut. Les pays asiatiques ont de très bons indices de discipline. Les pays anglo-saxons aussi, alors qu’ils ne sont pas les plus répressifs dans les classes. L’indice français a chuté à partir de l’an 2000. Et il se trouve que, depuis 2012, la France est le pays où ce climat de discipline est le plus dégradé au sein de l’OCDE. ” La note a donné lieu à de nombreux articles : dans La Croix , VSD , Europe1 ou Le Parisien . Dans L’Express on demande également son avis à Eirick Prairat, philosophe de l’éducation et professeur à l’université de Lorraine, il estime que “pendant longtemps l’Éducation nationale a eu du mal à s’emparer de ces questions de discipline et n’en parlait que rarement dans les instituts de formation des maîtres”. Est-ce que ces problèmes de discipline expliqueraient les résultats médiocres des jeunes français qui sont cette année à la 27ème place du classement Pisa ? Denis Meuret indique qu’il est certain qu’"un bon climat de discipline a un impact positif sur les possibilités d’apprendre, même si, c’est loin d’être le seul facteur qui influence l’apprentissage". Pour preuve : certains pays dans lesquels les élèves réussissent bien à Pisa ont un indice de discipline qui n’est pas très bon, comme la Finlande. À l’inverse, d’autres pays où la discipline est très stricte ont, eux, un score moyen Pisa très faible.
Selon la dernière étude Pisa, seulement 41% des parents français ont discuté avec l’enseignant de problème de comportement de l’enfant de leur propre initiative alors qu’un espace doit être prévu dans chaque établissement pour les accueillir.
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Élections
On ne peut échapper à l’inévitable rubrique sur les élections. Même s’il y a moins à dire que les semaines précédentes.
Peu de choses à se mettre sous la dent cette semaine du côté des candidats, hormis une interview de Emmanuel Macron dans L’Étudiant . Il y revient essentiellement sur ses propositions d’un bac simplifié avec seulement quatre matières obligatoires et un contrôle continu pour les autres matières. Il évoque aussi ses projets pour le supérieur.
On trouve aussi une analyse des projets très conservateurs de François Fillon pour l’enseignement de l’histoire sur le site Les Jours . Pour l’auteur de l’article “le fond idéologique de la vieille droite catholique, est toujours là ”.
On peut verser dans cette rubrique “élections” une analyse parue dans le n° spécial “Audit de la France” des Echos le 28 mars. Pour l’École, c’est la journaliste spécialisée Marie Christine Corbier qui fait le constat d’une École qui a fait des réformes mais avec des enseignants désabusés. Et elle pointe ce qui est, selon elle, le problème majeur : un "management catastrophique". Une question peu abordée par les candidats.
On a surtout droit cette semaine à des comparatifs. Dans La Croix on compare les positions des candidats sur la question des rythmes scolaires. Dans L’Obs c’est la question de l’autonomie des établissements qui donne lieu à une comparaison.
Le magazine Le Point offre sous forme d’une petite vidéo un comparatif assez complet qui accompagne un texte d’analyse.
Le Point (qui ne nous avait pas habitué à cela) nous offre aussi un article nuancé sur les “fondamentaux” qu’on nous met à toutes les sauces dans les programmes des candidats et tous les discours sur l’École. Louise Cunéo nous rappelle que la France est déjà le pays qui consacre le plus de temps en primaire à la lecture, l’expression écrite et la littérature, soit 37 % du temps d’instruction obligatoire contre 22 % en moyenne dans les pays membres de l’OCDE, selon l’étude « Regards sur l’éducation ». Des données qui indiquent qu’en matière d’apprentissages des fondamentaux, ne s’agit pas d’en faire plus, mais de le faire mieux.
Pour continuer les comparaisons, TFI a lancé une série cette semaine au sein de son journal sur “L’école des candidats". Les séquences assez bien faites détaillent les principales mesures de chacun des principaux candidats. François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Melenchon, Benoit Hamon , font tous l’objet d’une séquence vidéo qui résume les points principaux de leurs programmes.
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Butinages
On pourra lire cette semaine le troisième épisode d’un reportage de Christel Brigaudeau dans Le Parisien sur une classe de Cours Préparatoire. Elle y montre les apprentissages en train de se faire, mais aussi les inégalités qui apparaissent. On pourra relire le deuxième épisode paru en décembre 2016 et le premier épisode à la rentrée en septembre 2016 . Un suivi au long cours qui est peu fréquent dans la presse.

Le sociologue Pierre Merle a été auditionné récemment par la commission mixte CSP/CNEE sur l’enseignement des SES (dont je fais partie). Il a repris un des points forts de son intervention sous la forme d’une tribune qui vient d’être publiée dans Le Monde.. Pour lui “L’enseignement de l’économie ne doit pas être au service d’intérêts particuliers” et il considère que l’avis récent de l’Académie des sciences morales et politiques préconise une vision réductrice de l’économie à la sphère domestique et de l’entreprise. On trouve aussi un long texte de Pierre Merle qui reprend ses idées sur le site Démocratisation scolaire

On terminera avec une interview de Louis Maurin de l’Observatoire des Inégalités dans Slate.fr . C’est un entretien qui donne à réfléchir et qui va au delà du seul thème de l’éducation pour questionner la manière dont notre société (et notamment les classes moyennes) a du mal à voir les inégalités. On y évoque quand même l’école avec notamment cette réflexion qui conclura notre bloc-notes : “Un système éducatif ne vise pas uniquement à produire l’excellence, il forme tout le monde. Il faut renverser notre mode de fonctionnement. L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant « s’ennuie » à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres « surdoués ». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée…

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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