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Bloc-Notes de la semaine du 27 juin au 3 juillet 2016

- Orientation- École du XXIe siècle - CLIC – une année s’en va..- une autre vient... -


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Dernier bloc-notes de l’année (scolaire). On y évoquera les sujets de la semaine, et il y a de quoi dire entre un rapport sur l’orientation, une série d’articles sur l’école du XXIe siècle et le congrès de la classe inversée. Mais on en profitera aussi pour faire un petit retour sur l’année (scolaire) écoulée et sur ce qui nous attend à la rentrée. Mais d’ici là..., vacances !

Orientation
Le rapport de la semaine c’est un rapport publié le 29 juin par une commission du Sénat pilotée par Jacques-Bernard Magner (PS-Puy-de-Dôme) et dont le rapporteur est Guy-Dominique Kennel (LR-Bas-Rhin) qui fait le point sur le système d’orientation scolaire. Ce texte adopté à l’unanimité met en avant le manque de transparence des procédures et les hypocrisies de l’institution et fait une vingtaine de propositions pour une orientation « plus juste, plus efficace, plus transparente et mieux choisie »
Ce rapport a fait l’objet de quelques comptes-rendus. Un dans Le Figaro et un autre lisible dans le journal Le Monde . Et il ne faut pas oublier évidemment la revue de presse du jeudi 30 juin proposée par Bernard Desclaux.
Le rapport préconise de donner davantage de lisibilité et de cohérence à l’organisation des acteurs de l’orientation, notamment par le transfert du réseau Information Jeunesse et des CIO aux régions. La mission d’information propose que dans les établissements, l’orientation devienne « l’affaire de tous ». Les professeurs seraient formés au conseil en orientation et découvriraient le monde professionnel au travers d’un stage d’une durée d’un mois dans les premières années de leur carrière. Les conseillers d’orientation-psychologues eux, recentreraient leurs missions sur le suivi psychologique des élèves en difficulté. Le rapport salue aussi la création d’un « parcours avenir » au collège : il s’agit d’un ensemble de connaissances, de compétences, d’activités de découverte professionnelle (visites d’entreprise, mini-entreprises, rencontre avec des professionnels), dont le but est d’aider les élèves à mûrir leur projet. Mais les sénateurs déplorent que ce parcours ne dispose pas d’horaire dédié. Pour le rendre effectif, ils proposent de lui allouer une heure par semaine. Les sénateurs souhaitent également une revalorisation de l’orientation en voie professionnelle. Au lycée, un « droit à l’erreur » serait rendu possible par le développement de stages passerelles, de stages de remise à niveau pendant l’été et de « parcours montants » pour passer d’une voie à une autre sans perdre une année. On notera aussi que le rapport souhaite plus de transparence et de lisibilité des procédures d’affectation AFFELNET et Admission post bac.

École du XXI eme siècle ?
Cette semaine Le Monde proposait un gros dossier intitulé “Quelle école pour le XXIe siècle ?” (titre de l’article d’ouverture d’Emmanuel Davidenkoff). En fait l’angle retenu pour ce dossier est celui de la capacité d’innovation du système éducatif et l’article d’Emmanuel Davidenkoff tente de répondre à cette question en se plaçant dans une dynamique prospective et internationale. Véronique Soulé dans un autre article, L’éducation nationale, entre innovation et conformisme montre le paradoxe au sein d’une éducation nationale qui encourage officiellemen et de manière un peu incantatoire, l’innovation mais qui reste marquée par un pilotage extrêmement dirigiste. Dans ce dossier on trouve aussi un portrait de Nadine Coussy-Clavaud une des fondatrices du collège Clisthène de Bordeaux et un reportage sur l’école des Bosquets dans le Val d’OIse . On pourra lire également une interview de Andréas Schleicher, le père du classement PISA de l’OCDE . Il revient d’abord sur la notion de compétences et sur la pédagogie : “Il ne s’agit pas d’ajouter de nouvelles matières, mais de changer les méthodes. Il faut enseigner moins de choses, mais le faire mieux ; donner aux élèves l’opportunité de prendre des risques et d’accepter leurs erreurs. En maths, par exemple, ce n’est pas la peine de connaître toutes les formules. Il s’agit d’apprendre à penser comme un scientifique. ”. Il préconise aussi une nouvelle forme de gouvernance : “ Le système français isole les professeurs. C’est une organisation industrielle, avec un ministère qui écrit les programmes et des enseignants qui obéissent. Il faut leur faire davantage confiance, leur donner plus de responsabilités. Les chercheurs dont les publications sont les plus citées sont promus. Il faudrait faire de même à l’école. Inciter les enseignants à mettre leurs cours sur une plate-forme numérique. Et promouvoir ceux dont les cours sont les plus partagés. Chaque enseignant devrait être un entrepreneur social, à même de construire le futur.
En bref un dossier intéressant et qui donne à réfléchir. Mais en France, on s’intéresse moins à ce qui est dit qu’à qui le dit. “D’où tu parles ?” disait une formule, bien désuète aujourd’hui, mais dont la logique est toujours à l’œuvre. Dans le petit microcosme constitué par les enseignants qui réagissent sur Twitter, le seul fait que les propos viennent de l’OCDE suffit à les disqualifier. La meilleure illustration de cette position nous est donnée par un billet de blog de Jean-Yves Mas sur Médiapart  : “"L’école du XXIe siècle " ... au service du capital ”. Ce texte qui prétend combattre les poncifs accumule de nombreux amalgames en s’acharnant sur les compétences” et en étant dans une sorte de déni des dysfonctionnements du système éducatif.
Autre sujet de polémique : ce dossier a été réalisé en partenariat avec la fondation Ashoka , une fondation d’"entrepreneurs sociaux" qui organisait une soirée mercredi au Grand Rex à Paris pour “Redessiner l’éducation” . Là aussi les critiques n’ont pas manqué pour dénoncer la collusion du Monde avec ce qui est qualifiée d’officine de la “marchandisation et de la privatisation rampante de l’École”. Ce qui est un peu réducteur pour définir une galaxie extrêmement complexe qui est celle des “entrepreneurs sociaux” (qui sont plus entrepreneurs que sociaux me semble t-il) où l’enjeu pour l’instant semble être surtout de se situer dans une logique complémentaire aux marges de l’école et en soutien des initiatives et des projets innovants.
Mais effectivement, cela dessine une tendance de l’évolution du système éducatif qu’on voit poindre aussi dans d’autres pays où les “fondations” (financées par des entreprises privées) prennent une part plus ou moins importante de l’action éducative et où la frontière entre le secteur “associatif” et le privé est de plus en plus difficile à tracer.
L’École du XXIème siècle peut être aussi ultra-libérale... C’est l’annonce récente du renforcement du contrôle des écoles hors-contrat qui a mis le projecteur sur ce phénomène qui se développe. Un article de Libération montre les contradiction de certains députés LR qui ont été amenés à signer, dans le Figaro de ce mercredi, une tribune condamnant fermement une réforme qu’ils avaient pourtant eux-mêmes réclamée, deux mois plus tôt, dans un texte défendu par Eric Ciotti. Les députés s’insurgent : “Les écoles privées hors contrat ne doivent pas être soumises à autorisation !”. On retrouve aussi le même discours chez la philosophe Bérénice Levet qui donne un long entretien au Figaro où elle fait la promotion de ces écoles hors-contrat qui sont, selon elle, une réponse à la “faillite de l’ Éducation Nationale”. On peut lire aussi dans le Café Pédagogique un compte rendu très intéressant sur la rencontre entre le SNALC et la Fondation pour l’École (que F. Jarraud qualifie de “Tea Party” à la française). Ce qui est intéressant c’est surtout la description du projet et l’analyse des enjeux de cette fondation qui promeut une approche ultra-libérale de l’éducation couplée à une vision traditionnelle de la pédagogie
Le problème, c’est que dans cette contestation du contrôle renforcé du hors contrat, on trouve aussi des structures qui proposent, quant à elles, des pédagogies plus innovantes et qui s’inscrivent dans la tradition de l’éducation nouvelle. Ce qui complique le jeu et la lecture de cette mouvance.
Ces tendances que nous évoquons nous montrent plusieurs choses. Tout d’abord que le modèle du service public d’éducation “à la française” marqué par un poids important de l’État et un contrôle centralisé des personnels et des contenus n’est pas la seule offre qui existe dans le monde. On peut penser que cela ne nous concerne pas directement mais les collusions entre la droite et ce type d’organisation nous montrent que les risques sont réels et pas si éloignés que ça.
Ensuite, on peut se demander comment réagir. Tous ces phénomènes distincts mais convergents prospèrent sur les difficultés d’évolution du service public de l’Éducation et ses limites. Il faut évidemment s’en inquiéter mais le meilleur moyen de défendre le service public d’éducation n’est pas le repli frileux et conservateur mais de prendre en compte cette interpellation et l’ardente obligation de lutter contre les inégalités pour le faire évoluer de l’intérieur.

CLIC
Cette fin de semaine (du 1er au 3 juillet) se tenait CLIC2016, le congrès de la classe inversée organisé par l’association Inversons la classe (en partenariat avec les Cahiers Pédagogiques). Même si la couverture médiatique n’a pas été aussi importante que cela, elle a comme trop souvent, déclenché des réactions vives et immédiates sur les réseaux sociaux et sur Twitter en particulier.
Certains se sont agacés du bruit médiatique accordé à cet évènement et opposent à ce qu’ils qualifient de fausse innovation la “pédagogie ordinaire" qui serait méprisée et niée par ce genre d’événement et ceux qui s’engagent dans cette réflexion. 
C’est à mon avis une fausse polémique ou en tout cas un débat bien mal posé...
Ceux que je connais qui pratiquent la classe inversée sont des personnes modestes et qui sont en situation de recherche. Pas des détenteurs d’une vérité et d’une solution miracle comme aimeraient le faire croire leurs contempteurs. 

Ce qui est détestable dans les débats sur l’école c’est la multiplication des procès d’intention et la propension à l’hyper-susceptibilité... 
Je me répète, je ne vois nul mépris d’une supposée “pédagogie ordinaire" chez ceux qui se lancent dans cette expérimentation. 

On semble déplorer aussi la couverture médiatique et institutionnelle de l’évènement et l’injonction implicite à innover qui en découle. Il est vrai que d’une certaine manière la présence de la Dgesco Florence Robine en ouverture de ce congrès suffit, dans la logique d’exacerbation du “camp contre camp" qui caractérise la période actuelle, à décrédibiliser cet évènement aux yeux de ceux qui raisonnent ainsi... 

On peut aussi se demander si les raisons de cet engouement ne sont pas aussi à chercher dans le fait qu’on trouve dans ce congrès rassemblées des personnes qui apportent la preuve que l’esprit de recherche et d’expérimentation est bien présent dans la grosse machine qu’est l’Éducation Nationale alors que ce n’est pas l’image (à tort selon moi) qu’elle donne dans les médias.
Car, finalement, s’il y a un vrai débat ce serait peut-être celui qui oppose l’enthousiasme et l’expérimentation au cynisme et à la déploration. Si le CLIC cristallise les critiques c’est peut-être, à son corps défendant, parce qu’il sert de révélateur de cette situation de malaise qui traverse le corps enseignant. Le dénigrement de collègues, les procès d’intention, toutes les attaques (dont certaines insultantes) sur la "pédagogie", tout cela me semble excessif et immérité. Faire apprendre et réussir les élèves, lutter contre les inégalités, devrait être notre objectif à tous et ce qui nous rassemble.

une année s’en va
Cette polémique évoquée plus haut est d’une certaine manière à l’image de toute l’année scolaire qui vient de s’écouler. On en ressort avec le sentiment que les positions se sont cristallisées et les ressentiments se sont exacerbés avec beaucoup d’agressivité notamment autour de la réforme du collège. Du moins dans les discours (et ces fameux réseaux sociaux !). Reste à savoir si dans les établissements, ces postures tiennent toujours ou si on parvient malgré tout à un travail collaboratif.
La revalorisation des salaires des enseignants a été la grande annonce de cette année pré-électorale. Alors qu’on apprend la disparition de Michel Rocard, il faut se souvenir que c’est lorsqu’il était premier ministre et que Lionel Jospin était ministre de l’éducation qu’a eu lieu la précédente revalorisation. Mais il faut aussi se souvenir qu’on avait raté alors une occasion historique de faire vraiment évoluer les statuts et le métier enseignant... Saura t-on éviter ce piège cette fois ci ?
Le climat de défiance à l’égard du gouvernement d’une bonne partie de la gauche et qui se combine avec un sentiment toujours très fort de lassitude impatiente et de déclassement des enseignants font penser que cette revalorisation et les efforts menés dans le domaine de l’éducation ne seront pas forcément déterminants dans les votes futurs. Et il est vrai aussi que les effets des réformes et des dépenses publiques (les fameux 60.000 postes) tardent à se faire sentir. On l’a suffisamment répété : le temps de l’éducation n’est pas celui du politique.
Si l’année a été marquée par la suite des tensions et des conflits autour de la réforme du collège, on en a vu d’autres arriver. Enseignement de l’arabe, dictée, laïcité, réforme de l’orthographe , contrôle des écoles hors-contrat,... les sujets de polémiques plus ou moins fabriqués n’ont pas manqué. Najat Vallaud-Belkacem semble avoir remplacé Christiane Taubira comme cible préférée des attaques de la droite.

Une année arrive

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La prévision est un art difficile surtout quand elle s’applique à l’avenir” disait JM Keynes. On ne s’y risquera pas. Mais on peut d’ores et déjà constater des tendances qui risquent de se poursuivre durant l’année prochaine qui, je ne vous apprends rien, sera marquée par l’élection présidentielle.
Les thèmes conjoints de l’École et de la jeunesse avaient été au cœur de la campagne de 2012. Au minimum, l’année qui vient sera l’occasion de faire le bilan des promesses et de la politique menée dans ce domaine. Le gouvernement a t-il été “fidèle aux postes” ? , et plus globalement quel bilan peut-on faire de la refondation ? et est-ce que ça va mieux ?. Ces questions seront mises à l’agenda politique. Mais on peut penser que la question de l’École fera aussi partie de la campagne de 2017. La question de la gouvernance du système et de sa finalité est posée par de nombreux candidats. On a vu en particulier le (presque) candidat Sarkozy fustiger le “pédagogisme” et promettre des réductions de postes et le salaire au mérite. Il y a de quoi s’inquiéter en écoutant certaines déclarations et prises de position.
Du côté gouvernemental, même si on a présenté les assises de la refondation comme un “bilan d’étape”, on peut craindre que l’année qui vient soit surtout une année de consolidation et de promotion des réalisations plutôt qu’un moment de nouvelles réformes de fond. On évitera d’aborder de nouveaux sujets qui fâchent. Même si tous les chantiers n’ont pas été ouverts ou achevés : lycée, évaluation, métier enseignant, gouvernance...
Ce qui m’inquiète le plus, comme je disais plus haut, c’est la nature du débat au sein du monde enseignant. Les positions semblent figées et exacerbées. Et la violence des propos est dangeureuse. Le dénigrement des collègues constitue une sorte de limite qui a été franchie. On voit aussi que la réforme sur le collège et d’autres mesures ont fait resurgir des débats et des positionnements qui, malgré les dénégations de certains, montrent le conservatisme et l’élitisme qui sont toujours à l’œuvre. Saurons nous dépasser collectivement ces tensions dans nos établissements et dans le débat public ? C’est un des enjeux de l’année qui vient...
Mais en attendant... Bonnes vacances !

et Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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